Nicosie, 29/04/2013 (Agence Europe) - Les rues de Nicosie étaient calmes, lundi, à la veille du vote crucial du parlement national qui assurera les besoins en financement de l'île pour les trois prochaines années. C'est en effet en se montrant stoïques que les Chypriotes ont décidé de faire face à la crise qui les frappe de plein fouet. La réouverture des banques, le mois dernier, avait eu lieu sans ruée aux guichets et les chiffres publiés ce week-end par la BCE ont montré qu'il n'y a pas eu de fuites de capitaux significatives depuis l'accord de l'Eurogroupe.
Dix mois après avoir appelé ses partenaires européens à l'aide, Chypre se rapproche donc du versement des premières tranches d'aide de l'Eurozone et du FMI. La ponction impopulaire sur les dépôts non garantis de la Bank of Cyprus (BoC) a eu lieu ce week-end et le parlement national s'apprête à se prononcer sur l'accord de prêt ce mardi. « Je pense que le plan sera voté », prédit Kyriacos, tenancier de restaurant à Nicosie. « Quelle autre option avons-nous ? », ajoute-t-il. Si le premier accord de l'Eurogroupe, qui prévoyait une taxe sur l'ensemble des dépôts et du secteur bancaire, a été vigoureusement rejeté par le parlement national, il aurait peut-être été préférable, explique Michael Michael, professeur d'économie à l'Université de Nicosie. Le nouvel accord prévoit « l'effondrement des deux principales banques de l'île, qui représentent 60 à 70% de l'industrie », s'inquiète-t-il.
Si de nombreuses personnes interrogées reprennent à leur compte les propos du président chypriote, Nicos Anastasiades, qui a estimé que l'île a été utilisée comme cobaye dans un nouveau cadre de résolution des crises bancaires, ils n'en sont pas moins critiques envers eux-mêmes. Beaucoup regrettent l'attentisme du précédent gouvernement, qui a attendu juin 2012 pour appeler au secours, alors qu'en 2011 les problèmes étaient déjà évidents. Marianna, une fonctionnaire, évoque des économies de bouts de chandelle. Exclue des marchés des capitaux depuis deux ans, l'île s'était d'abord tournée vers la Russie pour un prêt fin 2011, avant de puiser dans les caisses des fonds de pension pour honorer le paiement des salaires de décembre 2012.
Avec des besoins en financement aussi élevés que la richesse annuelle de l'île, sa capacité à rembourser les fonds empruntés était sérieusement mise en doute. D'où la décision de prêter 10 des 17,5 milliards nécessaires à la remise à flot de l'économie. Pour combler l'écart, les dépôts supérieurs à 100 000 euros de la BoC ont été ponctionnés à 37,5% durant le week-end. Une marge de sécurité supplémentaire sera également convertie, dont l'envergure n'est pas encore connue. Malgré ce traitement de choc, un récent sondage publié par le quotidien Ekathimerini montre que 64% des Chypriotes sont contre un abandon de l'euro.
« Les gens n'ont pas encore réalisé ce qui leur arrive », explique Christina, étudiante à l'université de Nicosie, « pourtant la situation est dramatique ». Et le bilan risque de s'alourdir, prévient Leonidas Paschalides, directeur du Développement à la Chambre du Commerce. « Vers la fin de l'année, nous verrons combien d'entreprises auront fait faillite. » Premièrement du fait que l'économie chypriote repose sur de nombreuses PME qui ont « perdu des millions » dans l'accord et, ensuite, à cause des restrictions des capitaux, qui entravent leur fonctionnement. Pour M. Michael, les prévisions de récession mises sur pied par la 'troïka' sont également trop optimistes. « La récession sera supérieure à 10% cette année », selon ses estimations. Les déficits vont également se creuser, selon lui, ce qui aura pour conséquence plus d'austérité afin de rester dans les clous. « Ce sont les Chypriotes qui vont payer le prix fort » du plan de sauvetage, déplore-t-il.
« Le peuple chypriote va se relever », promet Demetris, chauffeur de taxi, qui explique que l'objectif est désormais d'aller de l'avant. « Les Chypriotes sont des travailleurs acharnés », pense également Marianna. L'île a par ailleurs encore de bonnes perspectives pour sortir la tête hors de l'eau. EUROPE y reviendra.
Un vote sur le fil. Si le parti socialiste EDEK et le parti communiste AKEL se sont déclarés contre le plan de sauvetage, la position que chacun allait adopter n'était pas encore très claire, lundi après-midi. EDEK, qui dispose de cinq sièges sur 56, devait se réunir pour trancher en fin d'après-midi. Le président du parti, également président du Parlement, étant contre, les députés pourraient ne pas adopter une position commune. AKEL, qui compte 19 voix, pourrait juste décider de s'abstenir. EUROPE a essayé de joindre son porte-parole, sans succès. Le seul député des Verts a pour sa part déjà annoncé son intention de voter contre le paquet. Quant à DIKO, qui représente huit députés, son porte-parole, Angelos Votsis, a expliqué qu'il voterait pour. Les partis DISY (du président) et DIKO représentent 28 députés, or la majorité requise est de 29 voix. La voix manquante devrait vraisemblablement venir d'un des deux députés du 'European Party', assurant ainsi la ratification de l'accord de prêt, en vue des premiers versements en mai. (EL)