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Bulletin Quotidien Europe N° 10833
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

Pour M. Kourkoulas, ce qui compte maintenant, c'est l'avenir

Bruxelles, 23/04/2013 (Agence Europe) - Trois ans après son appel au secours, la Grèce ne serait plus très loin du bout du tunnel, avec un retour à la croissance promis pour 2014. Tous les éléments semblent réunis pour permettre au pays de regarder vers l'avenir, a constaté Dimitris Kourkoulas, secrétaire d'État grec aux Affaires étrangères, dimanche 21 avril dans un entretien accordé à EUROPE. Le tourisme se redresse, les banques grecques plus robustes contribueront à la relance de l'économie et un 'Grexit' semble enfin écarté. (EL/CG)

Agence Europe (AE): Athènes s'efforce de parvenir à un excédent budgétaire primaire en 2013 en vue d'obtenir une nouvelle restructuration de la dette. Ce scénario est-il plausible ?

Dimitris Kourkoulas (D.K.): Oui, mais il est trop tôt pour parler des modalités d'une restructuration éventuelle. C'est un débat qui s'ouvrira plus tard, peut-être vers la fin de l'année. Je pense qu'il faut d'abord que la Grèce continue à faire ce qu'elle a à faire et obtienne des résultats.

AE: Que pensez-vous du débat austérité versus croissance qui divise l'Europe ?

D.K.: C'est un grand débat. Que nos partenaires de la 'troïka' aient sous-estimé les effets du programme grec sur la croissance est-il dû au fait que la Grèce a retardé les réformes structurelles ou que les spécificités de l'économie grecque n'ont pas été prises en compte ? Il n'y a pas de réponse claire. C'est vrai, l'économie grecque a été très longtemps très introvertie et basée sur la consommation intérieure avec une part d'exportations très basse. Ces aspects ont contribué à ce que l'austérité a eu un effet vraiment très important sur la croissance. Mais, ce qui compte désormais, c'est l'avenir. Tout le monde est d'accord sur le fait qu'il n'est pas question de réduire davantage les retraites, les salaires ni d'augmenter les taxes. C'est la position du gouvernement et, si j'ai bien compris, la 'troïka' l'accepte aussi. La solution passe par l'augmentation des exportations, le tourisme, les privatisations et les investissements. Et le gouvernement est déterminé à continuer à faire des progrès en matière de mesures structurelles qui donnent, à terme, des résultats.

AE: Après 6 années de récession, Athènes espère un retour à la croissance en 2014. Quelles sont les clés de la reprise ?

D.K.: Un élément très important, peut-être le plus important, concerne la liquidité disponible pour l'économie réelle à travers le système bancaire. Nous espérons qu'avec la recapitalisation des banques, qui est en cours, la situation qui a pesé de façon très négative sur l'économie réelle va changer. Un autre élément, c'est la fin du débat, qui a duré trop longtemps, sur la sortie de la Grèce de la zone euro et qui a tué toute initiative d'investissement étranger ou grec. Personne n'investit dans une économie s'il ne sait pas quelle en sera la monnaie dans les mois à venir. Que ce débat soit clos contribuera à améliorer les perspectives.

AE: Quels éléments ont permis à la Grèce d'écarter une fois pour toutes ce scénario ?

D.K.: D'abord, la détermination du peuple grec. Mais aussi l'attitude de nos partenaires, comme l'Allemagne, qui ont confirmé que la sortie de la Grèce n'était pas une option. Ceux-ci ont pris les mesures nécessaires pour rendre la dette grecque viable. De temps à autre, certains partenaires européens contribuent à la cacophonie en conseillant aux Grecs de sortir, comme récemment le président de République tchèque. Nous faisons confiance à nos économistes, nous n'avons pas besoin des conseils de la République tchèque.

AE: L'entité née de la fusion BNG/Eurobank serait-elle trop importante par rapport au PIB ?

D.K.: L'important pour nous, c'est d'éviter les surprises. Nos citoyens ont transféré vers la Grèce une grande partie des capitaux qui avaient pris la fuite pendant la période d'incertitude, je pense 19 milliards d'euros. Il ne faut pas faire ni dire quoi que ce soit qui pourrait renverser cette tendance. L'essentiel est de rassurer les citoyens grecs et européens et de leur dire que leurs économies sont entre de bonnes mains.

AE: Comment pensez-vous que le gouvernement grec doit utiliser le rapport qu'il a commandé, relatif aux réparations allemandes dues à Athènes après l'occupation nazie?

D.K.: Le gouvernement a pris la décision de demander au service juridique de l'État d'étudier ce dossier et de soumettre un rapport. Avant cela, on ne peut pas se prononcer. Cette question est en suspens mais nous sommes déterminés à préserver les meilleures relations avec nos partenaires, dont l'Allemagne.

AE: Selon M. Juncker, la participation du secteur privé grec à la restructuration de la dette grecque n'a pas eu que des effets positifs ?

D.K.: Le PSI, à ce moment-là, était nécessaire. Évidemment, il y a eu aussi des effets négatifs, mais cela était le résultat de décisions prises par des banques privées d'investir, ou pas, dans des instruments à haut risque. Ce n'est pas une décision politique qui a été prise par le gouvernement grec ou par n'importe quel gouvernement. Il y va de la responsabilité du management de certaines banques.

AE: Craignez-vous un effet de contagion de la crise chypriote ?

D.K.: Cet épisode n'a pas été positif pour notre économie. La façon et la rapidité avec lesquelles la Grèce et le système bancaire grec ont réagi pour écarter tout risque de contagion - en intégrant les filiales des banques chypriotes dans le système bancaire grec - ont été exemplaires et ont minimisé les coûts. Ce qui s'est passé à Chypre ne va pas contribuer à court terme à la croissance grecque car nos économies sont très liées. Mais je pense que nous avons montré que nous sommes capables de surmonter cette crise imprévue.

AE: Plusieurs eurodéputés chypriotes estiment que la solidarité, de mise pour la Grèce, ne s'est pas répétée face à la crise qui a touché leur pays. Y a-t-il eu une différence de traitement ?

D.K.: La situation de chaque pays est différente. On peut discuter longtemps sur la façon dont la crise chypriote a été gérée, d'abord par Chypre elle-même, puis par l'UE. La question du timing est aussi très importante. Tout retard multiplie la dureté des mesures prises. Nous avons toujours défendu les intérêts chypriotes et nous continuerons à le faire, tout en respectant l'indépendance de Chypre.

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