Bruxelles, 23/04/2013 (Agence Europe) - La boîte de Pandore sur la révision des poids et dimensions des camions a été ouverte au Parlement européen par le commissaire européen aux Transports, Siim Kallas, mardi 23 avril. Les eurodéputés de la commission transport du PE ont fait part soit de leur aversion (du côté des socialistes et des verts), soit de leur sympathie (libéraux, conservateurs) à l'égard du trafic transfrontalier des méga-camions, prévu dans la révision présentée par la Commission le 15 avril dernier.
Présentant sa proposition, le commissaire européen a bien résumé les choses: « On peut diviser en deux cette proposition: l'amélioration sécuritaire et environnementale des camions (…) Et puis il y a cette question du franchissement des frontières par les méga-camions. » Or, c'est ce dernier aspect qui fait apparaître des divergences au sein de la commission transport. L'autre sur le besoin de camions verts et propres est soutenu par les eurodéputés.
Verts et socialistes sont clairement opposés à ce trafic transfrontalier. Saïd El Khadraoui (S&D, belge) a indiqué au commissaire que son groupe« n'est pas partisan de l'utilisation ou de l'augmentation de ce type de véhicules ». En effet, ces véhicules pourraient selon lui créer davantage de concurrence dans le secteur routier, et risquent de devenir une nouvelle norme en Europe, sans compter les problèmes de l'adaptation onéreuse des infrastructures et de l'insécurité routière.
Le groupe Verts/ALE invoque aussi un problème de compétitivité avec le rail. L'Autrichienne Eva Lichtenberger craint de surcroît qu'on veuille «faire accepter l'inacceptable (…) Cette proposition est parfaitement ambiguë, on veut faire passer les méga-camions, c'est visiblement la raison d'être de la proposition ».
Les libéraux y voient au contraire un véritable intérêt environnemental, les méga-camions étant en mesure de remplacer deux, voire trois camions ordinaires. À tel point que la députée Gesine Meissner (ADLE, allemande) les appelle « éco-combis ». Elle souhaiterait les utiliser dans le reste de l'Europe.
Même son de cloche du côté des conservateurs. Jacqueline Foster (CRE, britannique) se demande pourquoi limiter le trafic transfrontalier uniquement entre deux pays qui les autorisent.
Seul le groupe PPE n'aurait pas encore de position claire. Selon Mathieu Grosch (PPE, belge), le parti serait encore divisé. Les sensibilités nationales des membres du groupe pèsent sans nul doute dans le débat (les élus des pays nordiques sont favorables aux méga-camions). En attendant que les démocrates chrétiens arrêtent leur position, M. Grosch préconise de respecter le principe de subsidiarité sur la question.
Face à une commission transport manifestement divisée, le commissaire a formulé un avertissement: « C'est vous qui décidez du point de vue politique, mais j'espère que vous n'allez pas retarder la mise en œuvre de tous les autres éléments positifs » de la proposition.(MD)