Bruxelles, 22/03/2013 (Agence Europe) - Une réunion des ministres des Finances de la zone euro n'était pas exclue pour ce week-end, ou lundi 25 mars, pour mettre un point final à l'accord sur le plan de sauvetage chypriote après une semaine difficile pour l'île. Les Dix-sept se sont déjà entretenus jeudi soir par vidéoconférence, à l'issue de laquelle ils ont réaffirmé qu'ils étaient prêts à discuter avec Nicosie d'un projet de nouvelle proposition, qu'ils attendent aussi vite que possible. « Pas avant samedi soir », selon une source européenne, qui entrevoyait la possibilité d'un Eurogroupe, probablement physique, dimanche soir « avant la réouverture des marchés », ou lundi soir, avant la réouverture des banques chypriotes, mardi. Pour éviter un bank run, le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a appelé vendredi matin à une « adoption rapide » de lois sur la restriction aux mouvements de capitaux. La BCE avait annoncé, jeudi, qu'elle interromprait la fourniture de liquidités d'urgence à Nicosie (ELA) si un accord n'était pas trouvé avant mardi. Berlin a également montré des signes d'impatience vendredi. Selon les propos rapportés par des députés de la coalition gouvernementale, la chancelière allemande, Angela Merkel, aurait déclaré pendant une réunion qu'il ne fallait pas « abuser de la patience des partenaires de la zone euro ». Sur la table, la zone euro est prête à mettre dix milliards d'euros, mais pas plus, afin de garantir la viabilité de la dette chypriote.
Le plan 'B' de Chypre. Il était donc attendu de l'île une contribution de 5,8 milliards d'euros, en plus de ce que les privatisations allaient rapporter (environ 1,4 milliard). À Nicosie, on affirmait vendredi dans l'après-midi être à quelques heures du bouclage d'un plan. Selon une source chypriote, la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) aurait donné son feu vert à la combinaison de mesures que s'apprêtait à voter vendredi soir le parlement chypriote. Ce nouveau paquet comprend la résolution de la Popular Bank (Laiki), selon cette source chypriote. Laiki serait scindée en deux, et ses actifs sains et toxiques séparés. Les dépôts assurés (sous le seuil de 100 000 euros) ne subiraient aucune perte, alors que les dépôts non assurés se retrouveraient dans une 'bad bank' et seraient gelés jusqu'à ce que les actifs puissent être vendus, selon Bloomberg. Les pertes essuyées pour ces dépôts pourraient s'élever à 40%, cette mesure était par ailleurs préconisée par le FMI et la BCE. Selon cette source chypriote, cela permettrait de diminuer la contribution attendue de Nicosie de 5,8 à environ 3,6 milliards d'euros. Dans cette combinaison de mesures, une revenante. La taxe sur les dépôts qui avait provoqué l'indignation de la population chypriote et le rejet du parlement national. Seuls les dépôts au-dessus de 100 000 euros seraient taxés, à un taux qui devrait tourner autour de 10%. Enfin, la mise sur pied d'un fonds d'investissement serait également toujours d'actualité. Ce fonds serait alimenté notamment par le Fonds de pension et des obligations sur les ressources gazières. S'ajoute à cela la réduction du secteur bancaire, surdimensionné par rapport à la richesse de l'île.
Coup de pouce d'Athènes. La Grèce a également prévu d'offrir une bouffée d'oxygène à Nicosie. Le ministère grec des Finances a annoncé vendredi que la Grèce allait acquérir les filiales grecques des banques chypriotes. Le Premier ministre grec, Antonis Samaras et le président chypriote, Nicos Anastasiades se sont entretenus au téléphone le même jour. Cela permettra à ces filiales d'être recapitalisées par les banques grecques. Selon l'AFP, ce serait la Banque du Pirée qui serait sur le point d'absorber les filiales de Cyprus Bank et de Popular Bank (Laiki). Selon la même source chypriote, cela permettrait de lever un quart de milliard d'euros.
Moscou réserve sa réponse. La Russie n'a « pas fermé de porte » à sa participation au plan d'aide à Nicosie, a souligné le Premier ministre Russe, Dimitri Medvedev, vendredi matin à Moscou lors d'une conférence de presse conjointe avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. « Nous avons nos propres intérêts économiques en jeu », a-t-il expliqué, précisant que de nombreuses entreprises, privées ou publiques, avaient des comptes sur l'île et que son pays lui avait prêté 2,5 milliards d'euros en 2011. Mais, pour Moscou, il revient en première ligne à la zone euro et à Chypre de mettre sur pied un programme d'aide, avant d'envisager une aide russe. « Seulement dans le cas où un schéma définitif est en place, et pour des raisons évidentes, juridiques et économiques, seulement dans ce cas, alors la Russie rejoindra le processus », a-t-il indiqué, appelant par ailleurs à une solution rapide. De son côté, le président de la Commission européenne avait déclaré, la veille, qu'il était conscient des intérêts de la Russie dans cette affaire. Moscou était montée au créneau plus tôt dans la semaine en considérant qu'elle n'avait pas été consultée avant qu'un accord impliquant une mise à contribution des déposants soit scellé dans la nuit de vendredi à samedi (EUROPE n° 10808 et EUROPE n° 10809). Un scénario « complètement absurde », selon les termes utilisés par M. Medvedev jeudi. Selon M. Barroso, les contacts avec la Russie concernant Chypre ont pourtant été nombreux depuis un certain temps.
Moscou a également annoncé vendredi matin ne pas être intéressée par les propositions d'investissements dans les secteurs énergétique et bancaire chypriotes. Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, est donc rentré bredouille à Nicosie. De plus, selon cette source chypriote, la Russie n'envisagerait qu'une extension de la maturité du prêt de 2,5 milliards, sans réduire les taux d'intérêts.
De leur côté, les députés européens ont espéré une solution européenne. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, et les présidents des groupes politiques du PE (Joseph Daul pour le PPE, Hannes Swoboda pour le S&D, Guy Verhofstadt pour ADLE, Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit pour les Verts/ALE et Martin Callanan pour le CRE) ont appelé conjointement les Dix-sept à élaborer une solution « européenne, pas externe ». Ils ont également dénoncé le manque de transparence dans la proposition d'origine et le fait que de toutes parts, les ministres se soient déresponsabilisés de cette proposition. (EL)