Bruxelles, 10/01/2013 (Agence Europe) - « Il ne faut pas donner l'impression à l'opinion publique que le pire est derrière nous. Il l'est, mais les devoirs restent difficiles », a déclaré Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, lors de son dernier dialogue avec la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, jeudi 10 janvier. M. Juncker quittera en effet la fonction qu'il exerce depuis 2005 lors de la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro, le 21 janvier. Cependant, « le temps n'est pas à la nostalgie, le temps est à l'action », a-t-il souligné. Et, si 2012 a été l'année « des décisions qui vont loin » pour l'Eurozone, M. Juncker reconnaît « que les années devant nous seront difficiles ». Le Luxembourgeois a rappelé les avancées récentes en particulier le sauvetage des banques espagnoles, la viabilité de la dette grecque, le mécanisme de supervision bancaire mais également le Mécanisme européen de stabilité (MES), opérationnel depuis octobre 2012. Sur le MES, « nous devons veiller à ce qu'il puisse remplir ses fonctions, y compris la recapitalisation directe des banques », qui permettrait aux Européens de secourir des institutions financières sans plomber la dette publique des pays accueillant leur siège. Il faudrait par ailleurs assurer « une certaine rétroactivité à ce mécanisme, sinon il perd de son sens », a précisé M. Juncker, alors que l'Eurogroupe doit encore trancher sur la question des actifs bancaires hérités du passé.
Pas d'accord sur le sauvetage de Chypre en janvier. Les défis qui se présentent restent toutefois nombreux. Le plan de sauvetage chypriote n'est toujours pas bouclé. « La viabilité de la dette chypriote est un vrai problème, je ne pense pas que nous serons en position d'y apporter une solution le 21 janvier », a constaté M. Juncker. Autre défi pour l'Eurozone, le chômage qui a dépassé 11 % en novembre 2012 (EUROPE n°10759). Regrettant que la crise affecte principalement les plus faibles, le président de l'Eurogroupe a plaidé pour qu'un système de compensation soit mis en place en faveur des pays qui font des efforts, comme le Portugal. « Je préconise qu'on ne donne pas l'impression que l'Europe est là pour punir mais pour orienter », a-t-il considéré.
Le Président de l'Eurogroupe s'est par ailleurs défendu de « la médiocrité » des résultats de certaines réunions des Dix-sept, malgré les longues heures de discussions. Il l'explique par la nécessité d'écouter l'opinion de tous les membres réunis autour de la table. « L'euro est notre monnaie. Tout le monde a le droit, le devoir et le pouvoir de s'exprimer. » Cela concerne également les pays hors zone euro. « Il ne faut pas ériger de nouveaux murs », a-t-il d'ailleurs répondu au député Wolf Klinz (ADLE, allemand) qui l'interrogeait sur le fossé possible entre pays dans et hors zone euro. Et d'ajouter: « Nous sous-estimons constamment la complexité de l'Europe. » C'est pour cela qu'à ses yeux la présidence de l'Eurogroupe devrait être un « travail à temps plein », même si cette opinion ne fait pas l'unanimité. Il y a donc peu de chance que son successeur, probablement originaire « du Benelux », exerce ses nouvelles fonctions à temps plein. (EL)