Bruxelles, 10/01/2013 (Agence Europe) - 2013 sera une année encore difficile sur le plan économique dans la mesure où la stabilisation, voire l'amélioration, observée dans la sphère financière ne s'est pas encore traduite sur le plan économique, a estimé, jeudi 10 janvier, le président de la BCE, Mario Draghi. Il a loué les progrès réalisés par les pays de la zone euro dans les domaines budgétaire et des réformes structurelles, tout en leur demandant de poursuivre leurs efforts pour gagner en compétitivité.
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de maintenir inchangés les principaux taux directeurs de l'Institut monétaire. Une décision « unanime », « ce qui implique qu'il n'y a pas eu de demande relative à une baisse des taux d'intérêt », a déclaré M. Draghi.
L'ancien directeur de la Banca d'Italia a énuméré certains facteurs positifs sur les marchés financiers permettant d'observer que « la fragmentation » du système financier dans l'Eurozone est « graduellement » en train de s'atténuer: - les rendements sur les dettes souveraines et la valeur des 'CDS souverains' ont baissé « substantiellement » ; - les marchés boursiers repartent à la hausse et la volatilité est à la baisse ; - les capitaux affluent de nouveau dans la zone euro ; - les dépôts dans les banques à la périphérie de la zone ont crû ; - la taille du bilan de la BCE, « un phénomène que vous (les journalistes) identifiez comme une faiblesse », continue de diminuer.
Cette embellie n'a toutefois « pas trouvé le chemin de l'économie réelle », a concédé M. Draghi. À ses yeux, cette situation ne justifie aucune modification de la politique monétaire ; 2013 sera donc une année difficile après une baisse du PIB de l'Eurozone observée aux 2ème et 3ème trimestres 2012, respectivement de 0,2 % et 0,1 %. Outre le ralentissement de la croissance sur le plan international, la demande intérieure demeurera faible en raison notamment des coupes dans les dépenses publiques et privées, de telle sorte que M. Draghi ne s'attend à un début de reprise que « plus tard en 2013 ». Une telle situation, combinée aux « signes significatifs » de fragmentation qui demeurent, ne permettent pas de dire que l'Eurozone est à un tournant en matière économique qui justifierait de réfléchir à un processus de sortie des mesures non conventionnelles, notamment en termes de liquidité bancaire, prises par la BCE pour affronter la crise.
Priorité n°1: l'ajustement structurel. Le président de la BCE a réitéré sans relâche le message de l'institution européenne selon lequel le retour de la confiance des investisseurs envers la zone euro proviendra surtout de la capacité des États membres à maintenir leurs efforts « cruciaux » en matière de consolidation budgétaire, celle-ci devant être « équilibrée » entre réduction des dépenses et hausse d'impôts. Surtout, les réformes structurelles doivent se poursuivre, l'année 2012 ayant commencé à porter se fruits. « La seule chose qui compte, c'est l'ajustement structurel », a martelé M. Draghi, convaincu qu'en l'absence d'une telle démarche, certes douloureuse sur le plan social, les pays en difficulté ne regagneront pas en compétitivité. Et de saluer au passage les progrès réalisés par les Dix-sept en matière de gouvernance de la zone euro.
À partir de quand le chômage, dont le niveau a encore battu des records en Europe (EUROPE n°10759), deviendra un problème pour la politique monétaire ? « Notre mandat n'est pas que la zone euro parvienne à un taux d'emploi de 100 % » mais de lutter contre l'inflation, a observé M. Draghi, contrairement à la FED américaine dont la mission est plus large que celle de la BCE. Il a noté l'existence de marchés du travail duals en Europe: les jeunes sont bien plus touchés par le chômage que les travailleurs plus âgés, la mobilité des chômeurs vers les bassins d'embauche est faible. Toujours est-il, « la politique monétaire ne peut pas faire grand-chose dans ce domaine », a estimé le président de la BCE, convaincu que « garantir la stabilité des prix assoit les bases à long terme pour la croissance et la création d'emploi ». (MB)