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Bulletin Quotidien Europe N° 10757
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) russie

Européens et Russes campent sur leurs positions

Bruxelles, 21/12/2012 (Agence Europe) - Énergie, commerce, visas et droits de l'homme: le sommet de Bruxelles n'a permis d'aplanir aucune des nombreuses divergences entre Bruxelles et Moscou.

Je t'aime, moi non plus. « Mon ami de longue date Barroso a répondu de manière très émotionnelle puisqu'il sait qu'il n'a pas raison ». C'est sur ces propos, le sourire aux lèvres, que le président russe Vladimir Poutine a conclu la conférence de presse donnée à l'issue du 30ème sommet UE/Russie, après un vif échange, mais cordial, sur tous les sujets qui fâchent, en particulier celui de l'accès au marché intérieur de l'énergie pour le fleuron de l'économie russe, détenu à 50 % par l'État, le gazier Gazprom.

Cet ultime sommet bilatéral pour l'UE en 2012 promettait des étincelles, tant les divergences sont profondes entre l'UE et la Russie sur tous les dossiers. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy et son homologue à la tête de la Commission, José Manuel Barroso, ont fait part de leurs désaccords en toute franchise à leur hôte russe qui, à l'issue d'une conférence de presse où il s'est montré inflexible, n'a toutefois pas manqué de passer chaleureusement un bras autour d'un chef de l'exécutif européen hilare !

Dialogue de sourds sur l'énergie et le commerce. Les relations énergétiques bilatérales, dominées par un approvisionnement russe pétrolier et gazier acheté à bon prix par l'Europe, « témoignent de l'intégration profonde » entre l'UE et la Russie, dont « l'objectif commun est la diversification », a estimé M. Poutine, qui a plaidé auprès de ses hôtes vendredi pour une exemption à l'égard des règles du 3ème paquet législatif de l'UE pour la libéralisation du marché intérieur de l'énergie, en faveur des projets de gazoducs transnationaux pilotés par Gazprom et destinés à garantir un approvisionnement fiable au marché européen, Nord Stream en mer Baltique et South Stream en mer Noire. Et le président russe a de nouveau dénoncé des règles qu'il considère comme « une confiscation des investissements russes ». « Nous avons discuté du 3ème paquet. Nous jugeons inacceptable d'appliquer ses règles aux contrats (de long terme, NDLR) passés avant », a insisté M. Poutine, souhaitant néanmoins des « solutions mutuellement acceptables ». « Notre système n'est pas discriminatoire », a renchéri M. Barroso, jurant que le régime européen « est tout à fait compatible avec l'accord global » entre l'UE et la Russie. « Il permet davantage de libéralisation. Cela ne restreint pas les compagnies russes mais au contraire augmente leurs opportunités », a insisté le président de la Commission. Les tensions entre Bruxelles et Moscou se sont ravivées depuis qu'en septembre, la Commission a lancé une enquête contre Gazprom pour entrave à la concurrence et manipulation des prix dans plusieurs pays d'Europe centrale et orientale.

Vendredi, la partie européenne a, de son côté, pointé du doigt les mesures commerciales restrictives de la Russie non-conformes à ses engagements à l'OMC, incluant le décret sur les frais de recyclage pour les voitures importées, l'interdiction d'importer des animaux vivants en provenance de l'UE, la décision de revoir à la hausse le niveau des droits de douane sur des centaines de produits importés ainsi que le maintien de coûts procéduraux élevés pour exporter du bois à des droits de douane moins élevés prévus pour un accord bilatéral préalable à l'OMC. Et quand, pour se défendre, elle ne s'en prend pas à la législation européenne, à ses yeux discriminatoire, sur le marché intérieur de l'énergie, la partie russe dénonce des mesures antidumping et des restrictions de l'UE visant ses produits chimiques notamment.

Divergences persistantes sur les visas, les droits de l'homme et la Syrie. Soulignés par le chef de l'État russe et les dirigeants européens, les maigres progrès de façade des négociations pour un nouvel accord de partenariat et de coopération destiné à remplacer l'accord de 1997, et du partenariat de modernisation de l'économie russe, ne masquent pas les divergences politiques, tant sur les visas que sur les droits de l'homme.

Européens et Russes n'ont aussi toujours pas résolu la question des visas et de la mobilité. Moscou veut des avancées sur un régime de visas pour tous, auquel plusieurs États membres sont encore opposés, et menace de réintroduire des visas pour le personnel navigant si l'absence de progrès perdure. « Chaque année les touristes russes dépensent plus de 18 milliards d'euros dans les magasins européens. La persistance de ce système de visa freine le développement de nos relations commerciales. Il ne s'agit que d'une question de volonté politique de nos collègues européens. La balle est dans leur camp. Ils voient bien toutes les mesures que nous avons prises en matière de réadmission et de protection de nos frontières », a insisté M. Poutine. M. Barroso a de nouveau défendu une approche graduée pour l'exemption de visa.

Sur les droits de l'homme, si M. Van Rompuy a souligné l'importance de la société civile en Russie, M. Poutine s'est inquiété des violations des droits de la population russophone dans certains États membres.

Enfin, en matière de politique étrangère, où M. Poutine, s'est dit prêt à approfondir sa coopération, les opinions continuent de diverger sur le dossier syrien. Européens et Russes sont d'accord sur la nécessité de faire arrêter les combats et de soutenir les efforts de l'envoyé spécial Lakhdar Brahimi. (EH/CG)

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