Bruxelles, 07/11/2012 (Agence Europe) - Après une courte récession en 2012, l'économie de l'Union européenne et de la zone euro repassera dans le vert en 2013, mais sera faible. En cause: le ralentissement de la croissance mondiale qui limite les exportations ainsi que les efforts de consolidation budgétaire et les réformes structurelles menés actuellement presque partout en Europe et qui handicapent la consommation intérieure. Qu'à cela ne tienne, la Commission européenne, qui a présenté mercredi 7 novembre ses prévisions économiques d'automne, invite les États membres à maintenir le cap de l'austérité, sans demander, à ce stade, à un pays spécifique de prendre de nouvelles mesures pour réduire son déficit. Elle rappelle qu'elle analysera les performances des États membres à la lumière de leur situation budgétaire tant structurelle que nominale, une façon de prendre en compte les effets de la crise. À noter que l'institution européenne propose de clore la procédure pour déficit excessif ouverte à l'encontre de Malte.
« L'économie européenne continue de traverser des eaux mouvementées. Cela va durer encore un certain temps », a déclaré le commissaire chargé de l'euro Olli Rehn. Les États membres doivent « continuer de combiner les politiques de gestion saine des finances publiques avec les réformes structurelles » en vue de stimuler la croissance économique et la création d'emplois, a-t-il ajouté. Selon lui, la réduction « graduelle » des déséquilibres macroéconomiques, le rééquilibrage des comptes courants et les gains progressifs de compétitivité dans les pays en difficulté constituent des signes encourageants qui justifient les politiques menées au sein de l'Eurozone. Les décisions prises pour affronter la crise de la dette souveraine (instauration du Mécanisme européen de stabilité, recapitalisation bancaire) contribueront aussi au rétablissement de la confiance et au retour des investisseurs.
D'après les prévisions d'automne de la Commission, la richesse produite aura diminué cette année de 0,3 % dans l'UE et de 0,4 % dans la zone euro. À l'avenir, les PIB de l'UE et de l'Eurozone croîtront de nouveau de façon modérée en 2013, respectivement de 0,4 % et de 0,1 %, puis de manière plus ferme en 2014, respectivement de 1,6 % et de 1,4 %. Contenue, l'inflation devrait repasser sous la barre des 2 % courant 2013 dans la zone euro (2,5 % en 2012, 1,8 % en 2013 et 1,6 % en 2014). La dette des Dix-sept devrait en revanche continuer à croître jusqu'à une moyenne de 94 % en 2013 avant de se stabiliser. Quant au chômage, il devrait atteindre son pic en 2013 - 10,9 % dans l'UE et 11,8 % dans la zone euro - avant de commencer à refluer à partir de 2014.
Disparités nationales. M. Rehn n'a pas caché les fortes disparités qui caractérisent la situation économique au sein de l'Eurozone. Les économies, allemande (croissance du PIB de 0,8 % en 2013 et de 2 % en 2014), française (0,4 %, 1,2 %) et néerlandaise (0,3 %, 1,4 %) prendront un nouvel élan sur cette période. Notant que les prévisions de croissance de la Commission étaient moins optimistes que celles des autorités françaises (0,8 % en 2013) en raison d'une différence d'appréciation relative à la demande externe, le commissaire a salué les mesures annoncées la veille destinées à stimuler la compétitivité des entreprises françaises, tout en demandant plus d'informations afin d'analyser leur impact sur les chiffres du déficit français.
La récession restera de mise en Italie (-2,3 % en 2012, -0,5 % en 2013) et en Espagne (-1,4 % les deux années), avant que le PIB de ces deux pays repasse dans le vert en 2014 (0,8 %). M. Rehn s'est inquiété du ralentissement de la trajectoire d'assainissement des finances publiques italiennes. Notamment, « la trajectoire plus lente de réduction de la dette est une source d'inquiétude, surtout si l'on tient compte en toile de fond des faibles perspectives de croissance de l'économie italienne », a-t-il indiqué. Concernant l'Espagne, le commissaire n'a pas caché que les prévisions de ses services relatives au déficit espagnol (6,4 % en 2014) étaient bien supérieures à la limite fixée de 3 %. « C'est la raison pour laquelle nous avons encouragé l'Espagne à présenter bientôt ou dans le courant de 2013 des mesures d'ajustement budgétaire », a-t-il indiqué. Il a promis de soulever de nouveau la question prochainement. Quant à l'opportunité pour Madrid de demander une aide financière globale de l'Eurozone, M. Rehn s'est borné à répéter que les instruments d'aide, tels qu'une « ligne de crédit préventive » du MES et le programme 'OMT' de rachat de dette de la BCE - étaient en place, la Commission se tenant prête à jouer son rôle d'accompagnement et de monitoring.
Concernant les pays sous programme, les prévisions diffèrent grandement. En Irlande, la croissance s'affermira (1,1 % en 2013 et 2,2 % en 2014). M. Rehn a reconnu que les prévisions de croissance pour l'Irlande de la Commission étaient inférieures à celles des autorités irlandaises. Le Portugal devrait émerger de la récession en 2014 (baisse de 2 % du PIB en 2012, de 1 % en 2013, croissance de 0,8 % en 2014). Même chose, mais de manière plus hypothétique, pour la Grèce (-6 %, -4,2 %, 0 %) (voir autre nouvelle).
Quant aux difficultés économiques slovènes, M. Rehn a exhorté Ljubljana à mettre en place des « outils juridiques » visant à assainir le système bancaire slovène. (MB)