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Bulletin Quotidien Europe N° 10700
Sommaire Publication complète Par article 38 / 38
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 973

*** MAXIME LEFEBVRE: L'Union européenne peut-elle devenir une grande puissance ? La Documentation Française (29 quai Voltaire, F-75344 Paris Cedex 07. Tél.: (33-1) 40157010 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection « Réflexe Europe / Débats ». 2012, 177 p., 9 €. ISBN 978-2-11-008897-0.

Résolument pédagogique, la collection Réflexe Europe a pour objectifs de « remettre en perspective les controverses » qui émaillent l'histoire de la construction européenne et de « de permettre aux lecteurs de mieux cerner les enjeux et les défis actuels de l'Union européenne ». Cette noble - et très utile - ambition nous vaut, cette fois, un ouvrage qui fait le point sur le positionnement de l'Union et de ses États membres sur l'échiquier du monde. Ainsi que l'explique fort justement Elisabeth Guigou dans sa préface, le diplomate et enseignant (Sciences Po et École nationale d'administration) Maxime Lefebvre y « décortique avec maîtrise conceptuelle, précision des connaissances et rigueur de style et d'analyse l'affirmation progressive et constante de l'Union européenne sur la scène internationale, jusqu'à prétendre aux attributs de la puissance ». L'éloge de l'actuelle présidente de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale est mérité, d'autant qu'une mise en page dynamique et truffée d'encadrés expliquant l'un ou l'autre point spécifique ajoute à la compréhension du propos.

Dans une première partie, l'auteur plante le décor historique qui, au fil des siècles, a expliqué « le rejet fondateur de la politique de puissance » et, aujourd'hui, la mise en place chaotique d'une Politique étrangère et de défense commune « sans unité politique ». La deuxième partie le voit passer en revue les « défis à relever », des divisions à surmonter (rôle des « petits » pays, rôle des « grands »…) à l'obligation pour l'Union de « peser sur le cours de la mondialisation » en passant par la nécessité, du moins aux yeux de certaines de ses capitales, qu'elle puisse « conquérir son autonomie stratégique ». Maxime Lefebvre analyse ensuite les formes les plus originales de la puissance européenne actuelle, depuis sa politique commerciale jusqu'aux formes de coercition que sont les sanctions, sans compter la « puissance par la norme » qui est son arme de persuasion massive et la timide affirmation progressive d'une capacité diplomatico-militaire des crises internationales. Enfin, dans la dernière partie, il situe l'Union européenne sur la scène géopolitique, observant tout à tour son « réel pouvoir d'attraction sur ses voisins » grâce à son efficace politique d'élargissement (mais « il faudra bien un jour fixer des frontières définitives » à l'Union…) et, dans une bien moins grande mesure, à sa politique de voisinage, l'état d'une relation transatlantique « toujours déséquilibrée » et la nature diverse de ses coopérations avec des puissances telles que la Russie, la Chine, l'Inde et les autres partenaires stratégiques.

De la sorte, Maxime Lefebvre compose un tableau très complet des forces et des faiblesses de l'Union dans l'arène internationale. Comme l'explique encore Elisabeth Guigou, il s'intéresse en réalité, dans ces pages érudites, aux « limites de la capacité d'intervention de l'État national classique, westphalien, sur la scène internationale » et apporte des éléments de réponse à la question de savoir si l'Union européenne « est capable de reconquérir la marge d'action perdue par chacun des États nationaux ». Là se trouve la (petite) faiblesse du travail car, parfois, le diplomate français donne l'impression d'y supplanter le professeur. Par exemple, l'auteur semble se satisfaire du caractère intergouvernemental qui bride l'Union européenne sur la scène de la grande politique internationale, arguant que « la constitution d'un super-État européen aurait nécessité de répondre à des questions bien plus embarrassantes » que celles posées par l'actuel patchwork européen: « à quoi pourrait ressembler une Europe fédérale sur la scène internationale ? Quelles en seraient les limites ? Qui voudrait en être et qui préférerait rester en dehors ? Devrait-elle trancher à la majorité des questions aussi fondamentales que la participation à des guerres extérieures ? » Ces questions sont-elles autant de gros mots ? Sans doute certains le pensent-ils toujours à Paris, notamment dans les milieux politico-diplomatiques qui considèrent que la démocratie européenne « ne fonctionne pas et ne peut pas fonctionner comme une démocratie nationale, en raison du cloisonnement des espaces politiques nationaux ». Faut-il s'en émouvoir ? Non, seulement regretter que des œillères héritées d'un passé certes glorieux puissent toujours fausser la perception du réel et conduire à affirmer que, Berlin, Paris et… Londres étant, « depuis des siècles, le cœur de la puissance économique et militaire de l'Europe », c'est « là que doit se cristalliser une volonté commune » européenne, ce qui est autant une injure à l'intelligence qu'au réalisme politique.

Michel Theys

*** MAURICE VAÏSSE, PIERRE MELANDRI, FREDERIC BOZO (sous la dir. de): La France et l'Otan. André Versaille éditeur (Centre Dansaert, 7 rue d'Alost, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2133705 - fax: 2133642 - Courriel: information@andreversailleediteur.com - Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). 2012, 660 p., 59,90 €. ISBN 978-2-87495-132-9.

L'histoire des relations entre la France et l'Otan été pour le moins compliquée et tumultueuse, de la création de l'Alliance atlantique en 19849 au retour de la France dans l'Otan en 2008-2009 en passant par son retrait de l'organisation militaire intégrée décidé en 1966. C'est précisément pour marquer le 30ème anniversaire de cette décision prise par le général de Gaulle qu'avait été réuni, en février 1996 à l'École militaire à Paris, un colloque dont cet ouvrage rend fidèlement compte. Tous les aspects de la question des rapports de la France avec l'Otan s'y trouvent abordés par d'éminents spécialistes académiques, historiens pour la plupart. A titre d'exemple, dans la première partie consacrée au « temps de la IVe République », l'amiral Marcel Duval revient sur « la crise de la CED » qu'il a personnellement vécue depuis le Pentagone, au sein de la délégation française au Nato Standing Group qui était à l'époque l'instance stratégique suprême de l'Otan. Les différentes phases ayant préparé le retrait de la France, les conséquences de celui-ci et les relations nouées entre l'Alliance et Paris depuis 1969 font l'objet des autres parties. La période comprise entre 1996, année du colloque, et 2011, qui a notamment vu le retour de la France dans les structures du commandement intégré en avril 2009, est couverte, en fin de volume, par une orientation bibliographique qui prend aussi en compte les transformations subies par l'Alliance depuis 1996.

(MT)

*** QUENTIN MICHEL (sous la dir. de): Sensitive Trade. The Perspective of European States. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Non-Prolifération", n° 5. 2011, 212 p., 32,50 €. ISBN 978-90-5201-775-4.

Professeur d'études européennes à la Faculté de droit et de science politique de l'Université de Liège, Quentin Michel a coordonné ce livre qui rend compte des travaux consacrés par de jeunes chercheurs aux dispositifs législatifs et réglementaires qui ont été mis en place dans l'Union européenne afin de contrôler le commerce des armes et autres matériels à double usage, civil et potentiellement militaire (ou terroriste), et d'engager à cette fin la responsabilité des industriels concernés. Afin de vérifier que les États membres tiennent pratiquement leurs engagements, les auteurs décrivent la manière dont le régime de contrôle s'applique dans chacun des pays passés en revue, à savoir Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, France, Italie, Pologne, Portugal, République tchèque, Slovénie, Suède et Royaume-Uni, mais aussi Croatie.

(PBo)

*** PHILIPPE G. NELL: Suisse - Communauté européenne. Au cœur des négociations sur l'Espace économique européen. Éditions Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris. Tél.: (33-1) 45781292 - fax: 53950201 - Internet: http://www.economica.fr ) et Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne). Collection "Cahiers rouges". 2012, 414 p., 33 €. ISBN 978-2-7178-6425-0.

Économiste actif au sein du Secrétariat d'Etat suisse à l'économie, Philippe G. Nell - qui enseigne aussi aux Universités de Fribourg et de Bâle - a participé à tout le processus et à la négociation qui ont conduit à l'Espace économique européen, du discours prononcé par Jacques Delors en janvier 1989 jusqu'à la signature de l'accord en mai 1992. Sur la base de souvenirs de toute première main et de sources personnelles, mais aussi d'entretiens et de recherches aux archives fédérales à Berne où il a eu accès à des documents non encore déclassifiés, il plonge le lecteur, dans ce 213ème Cahier rouge, dans le quotidien de ces négociations, offrant à rencontrer et côtoyer ses protagonistes principaux, notamment le commissaire Frans Andriessen qui signe la préface. De la sorte, il montre notamment, explique Patrick Piffaretti, que même certains responsables suisses considéraient alors l'adhésion à la Communauté comme une alternative possible à l'Espace économique européen... auquel 50,3% des Suisses ont finalement dit « non » le 6 décembre 1992. D'où ce vœu du directeur de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe: « Que ces pages enrichissent les réflexions de tous ceux dont la tâche ou l'intérêt les conduit à se pencher sur ces questions plus que jamais actuelles »…

(MT)

*** GRACIA MARÍN DURÁN, ELISA MORGERA: Environmental Integration in the EU's External Relations. Beyond Multilateral Dimensions. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Modern Studies in European Law". 2012, 320 p, 50 £. ISBN 978-1-84946-187-0.

Fruit d'un travail de thésards entamé à l'Institut universitaire européen de Florence et mené à bien à la faculté de droit de l'Université d'Édimbourg, cet ouvrage examine scientifiquement la manière dont les exigences de protection de l'environnement ont été intégrées dans les relations extérieures de l'Union. Plus précisément, ses auteurs s'intéressent à la manière dont l'article 11 du Traité sur le fonctionnement de l'Union s'est traduit en actes unilatéraux, bilatéraux et inter-régionaux, soit autant d'aspects qui ont été délaissés par le monde académique au profit de la dimension multilatérale de la politique environnementale de l'Union. De nature strictement juridique et ne cherchant en aucune manière à examiner l'impact de cette politique dans les pays tiers, l'étude débute par une analyse textuelle et contextuelle détaillée de l'article 11 et des fondements constitutionnels de la politique européenne de l'environnement. Les auteurs procèdent ensuite à une analyse méthodique de la façon dont le souci de protéger l'environnement s'est traduit de manière pratique. Une partie substantielle est ainsi consacrée à une comparaison des divers accords bilatéraux et inter-régionaux négociés par l'Union avec des pays et régions tiers, tant en Afrique qu'en Asie, Europe de l'Est ou Amérique latine. Les chercheurs s'intéressent encore aux instruments dont l'Union européenne s'est dotée unilatéralement en vue d'influer sur le comportement environnemental de ses partenaires extérieurs, qu'il s'agisse de son Système de préférences généralisées ou de son assistance technique et financière. D'autres outils « moins légalisés » sont aussi passés en revue et soupesés, le tout offrant in fine une bonne appréciation de la légitimité et de l'efficacité des actes posés par les Vingt-sept dans leurs relations avec le monde extérieur aux fins de protéger l'environnement.

(PBo)

*** ELLEN DESMET: Indigenous rights entwined with nature conservation. Intersentia (31 Groenstraat, B-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - fax: 6587121 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). Collection « International law series ». 2011, 721 p., 135 €, 128 £, 189 $. ISBN 978-94-000-0133-6

Cette thèse en droit défendue en 2009 à l'université catholique de Leuven (KUL) est devenue cet épais ouvrage qui aborde un nouveau paradigme, celui de la conservation de la nature liée au respect des droits des indigènes et des communautés locales. La chercheuse Ellen Desmet y marie le droit à l'anthropologie avec, en toile de fond, un travail de terrain approfondi au Pérou. Quelles conséquences ont les changements de politique dans le domaine international des droits de l'homme ? Comment le paradigme susmentionné a-t-il été interprété et appliqué à l'échelle nationale et locale ? Telles sont les questions qui servent de lignes rouges à cette étude qui cherche à analyser les interactions entre les initiatives prises afin de préserver la nature et les droits des populations indigènes et communautés locales dans une perspective d'anthropologie du droit et en ce qui concerne les droits humains.

La particularité de l'ouvrage est d'offrir un tour d'horizon complet du droit international en matière de droits de l'homme dans le contexte de la préservation de la nature. Dans son essai, Ellen Desmet fait une évaluation critique de la législation péruvienne relative à la préservation de la nature en centrant sa recherche, fondée sur une série d'entretiens et un travail de terrain ethnographique, sur la situation prévalant dans la région péruvienne du Haut Putumayo occupée par les Airo Pai. L'auteur ponctue cette recherche - qui compte pas moins de 2000 sources bibliographiques - par différentes recommandations et en affirmant que l'inclusion des méthodes de sciences sociales dans une recherche en droit offre une série d'avantages difficiles à obtenir d'une autre façon, ces avantages compensant largement les inconvénients qu'elle implique.

(MDV)

*** Politica Exterior. Editions Estudios de Politica Exterior (49 Nuñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312628 - fax: 5777252 - Courriel: revista@politicaexterior.com - Internet: http://www.politicaexterior.com ). Juillet/août 2012, n° 176 p., 13 €.

Le numéro d'été de cette revue espagnole bien connue et de qualité constante consacré notamment plusieurs articles invitant à donner une « impulsion à la planète » par le biais de l'économie verte, de la posture à adopter dans un monde où l'eau se raréfie, etc.

(MT)

*** Rivista di studi politici internazionali. Casa Editrice Le Lettere (8 piazza dei Nerli, I-50124 Firenze. Tél.: (39-55) 2342710 - fax: 2346010 - Courriel: staff@lelettere.it - Internet: http://www.lelettere.it ). Janvier/mars 2012, n° 79, 160 p., 18 € (Italie) ou 21 € (étranger).

Ce numéro d'une revue italienne prestigieuse voit notamment des contributions être consacrées au respect du droit humanitaire international et aux suites du « Printemps arabe ».

(MT)

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