Bruxelles, 01/10/2012 (Agence Europe) - L'Agence européenne pour la sécurité aérienne (AESA) prend le parti de protéger le temps de repos des pilotes, à défaut de raccourcir sensiblement les temps de vol des pilotes et des membres d'équipage. L'AESA a publié lundi 1er octobre son avis relatif à la révision des limites de durée des vols. Toutefois, pilotes et syndicats émettent de sérieux doutes quant aux nouvelles limitations, dénonçant toujours le fait que l'accumulation de fatigue met la sécurité des passagers en jeu.
La Commission européenne apportera la touche finale à ces propositions, avant une approbation par le Conseil et le Parlement européen d'ici mi-2013. Sans rejet par ce dernier, les nouvelles dispositions devraient entrer en vigueur en 2015.
Protéger le repos. L'AESA propose une trentaine de modifications à la législation relative à la limitation du temps de vol. Principalement, son avis préconise une diminution de 45 minutes du temps de vol de nuit, celui-ci passant à 11 heures (et ce entre 17 heures et 5 heures du matin), et garantit la protection des heures de repos (au moins 8 heures). Il y aurait une augmentation de 25% du temps de repos par semaine, comprenant des compensations lorsqu'il s'agit d'un départ très tôt ou d'une arrivée très tardive par exemple, ou d'une augmentation du temps de repos lors de passage à d'autres créneaux horaires. Pour ce qui est du temps de veille avant un vol, s'il excède 4 heures à l'aéroport, ou 8 heures à résidence, alors le temps de vol sera réduit. La veille ne pourra de toute façon pas excéder 16 heures.
L'UE moins stricte que les USA ? D'aucuns s'étonnent toutefois que la durée de vol ait pourtant été récemment réduite aux États-Unis, mais l'EASA estime qu'il s'agit là d'une approche différente et pas nécessairement comparable: « outre-Atlantique, les pilotes et membres d'équipage voleront moins à certaines périodes de la journée, mais la proposition de l'AESA prévoit beaucoup plus de repos que les règles américaines », explique Jean-Marc Cluzeau, le chef des normes de sécurité à l'AESA. On peut aussi y voir une explication géographique où des vols long courriers sont sensiblement plus longs en Europe, alors qu'aux États-Unis la priorité serait donnée à une multiplication de vols sur des distances moyennes.
Enjeux commerciaux. Aussi, l'AESA aurait-elle donné préséance aux enjeux commerciaux, répondant aux attentes des compagnies aériennes comme l'entendent les pilotes ? M. Cluzeau s'en défend: « la sécurité a un coût et un impact sur les compagnies aériennes, mais c'est le prix à payer pour améliorer la sécurité ». Les compagnies aériennes européennes (AEA) ont toutefois promptement accepté les nouvelles propositions « bien que quelques améliorations mineures soient nécessaires pour éviter une augmentation des coûts injustifiée dans certains cas spécifiques », a déclaré Athar Husain Khan, le secrétaire général faisant fonction de l'AEA.
Des pilotes insatisfaits. Les pilotes, le staff en cabine et leurs syndicats ne sont pas ravis du tout par contre, jugeant que les nouvelles propositions compromettent la sécurité des passagers, à cause du risque d'excès de fatigue du personnel. Ils espèrent que les amendements que la Commission ou les États membres formuleront leur donneront gain de cause. L'association européenne des cockpits (ECA) demande par exemple que les vols de nuit soient réduits à 10 heures (au lieu des 11 proposées). Aussi craignent-ils qu'une combinaison d'heures de veille et d'heures de réserve (« short call standing ») autorise un pilote à faire atterrir un avion après avoir été éveillé de 22 à 30 heures. Ils déplorent que l'AESA décide de réduire la durée de vol à partir du troisième décollage seulement, et pas dès le second décollage, alors que la fatigue s'accumule. Enfin, ils regrettent que le personnel puisse être considéré comme une réserve durant 23 jours consécutifs. Autant d'imprécisions par rapport à des situations de fatigue scientifiquement attestées, si bien que l'association en vient à la conclusion qu'« en se concentrant sur des améliorations marginales par rapport aux règles actuelles, l'AESA détourne l'attention du fait que sa proposition permettra des horaires de travail durant lesquels les pilotes voleront en étant dangereusement fatigués », explique Nico Voorbach, président de l'ECA.
Même rejet des nouvelles propositions de la part de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF), qui juge les règles « totalement inacceptables » pour la sécurité des passagers. « L'AESA ne reconnaît pas que la science a démontré que de longs vols, des heures de veille, et un repos et un sommeil insuffisants des pilotes et de leur équipage mène à un déclin de la performance et de l'alerte », dénonce Elisabetta Chicca, présidente du comité « cabin crew » de l'ETF. Elle ajoute « qu'encore beaucoup doit être fait pour prévenir la fatigue du staff. Les décideurs européens doivent se réveiller et offrir des solutions acceptables à ce problème de fatigue ». (MD)
Suretealimarome.an