Bruxelles, 01/10/2012 (Agence Europe) - Du colloque sur le droit au travail des réfugiés qui s'est tenu au Conseil de l'Europe de Strasbourg, jeudi 27 septembre, on retient les témoignages des demandeurs d'asile venus expliquer la réalité de ce qu'ils ont vécu dans leur pays d'accueil et la bonne volonté des intervenants « officiels » rassemblés par le souhait d'échanger -ou d'impulser ? - de « bonnes pratiques ».
Invités par le Haut Commissariat aux Réfugiés sous le patronage de la présidence albanaise du Conseil de l'Europe, trois personnes se sont en effet exprimées au fil de la journée entre les interventions plus officielles. Les Congolais Antoine Nzongola et Robert Katianda ainsi que le Togolais Keli Kpedrzoku. Le premier est désormais installé à Strasbourg, les deux autres ont reçu leur statut de demandeur d'asile en Allemagne. Les droits existent, ont-ils chacun exprimé en substance, mais, sur le terrain, les barrières se multiplient, créées pas des contraintes juridiques imposées par les États, liées à une lourdeur administrative dont on se demande si elle n'a pas été instituée pour être tout simplement rédhibitoire ; consubstantielles aux difficultés d'apprentissage de la langue, l'allemand dans les cas évoqués ; entraînées aussi par l'isolement, car sans réseau, il est difficile de s'insérer socialement et professionnellement, surtout si l'on vient d'un continent où les échanges relationnels s'instaurent sous d'autres codes que les nôtres.
Les trois orateurs occupaient des postes à responsabilité dans leur pays d'origine: diplomate, trésorier d'un parti politique doté d'une solide formation en économie, directeur d'agence de tourisme. Tous avaient fait des études dans leur pays mais aussi à Paris, Montréal etc. Tous se sont heurtés au mur infranchissable de la non-reconnaissance de leur diplôme et se sont vus offrir, au mieux, des activités de nettoyage, dans un premier temps, avant d'être engagés comme expert juridique dans une association de demandeurs d'asiles, pour l'un, par le Conseil de Bavière pour l'intégration, pour l'autre, et retenu pour deux temps partiel en ce qui concerne le troisième employé notamment dans une institution catholique spécialisée dans le commerce de produits équitables. Des rencontres au fil de leur chemin d'insertion ont donc fini par leur donner les possibilités de gagner leur vie et celle de leur famille et l'on mesure combien ces exemples - pourtant positifs - donnent la mesure de la difficulté d'être intégré par la société civile au sens large.
Antoine Nzongola, Robert Katianda et Keli Kpedrzoku réclament une véritable stratégie d'accès au travail et non pas un simple « droit au travail » acté par les textes ; une réelle information des demandeurs d'asile sur leurs droits et devoirs, un encadrement et des cours de langues gratuits sur des durées suffisantes. L'obstacle tient largement, selon eux, à une discrimination larvée plus ou moins exprimée et entretenue par la confusion entre demandeurs d'asile et réfugiés économiques. Non que les seconds soient moins dignes de respect et d'humanité, mais le fait de « mettre tout le monde dans le même panier de l'immigration » ne mène à aucune mise en perspective réaliste dans un contexte de crise économique où il est difficile, pour le public, de mesurer combien ces compétences venues d'ailleurs peuvent être bénéfiques à la croissance des pays d'accueil.
Face à ces constats peu encourageants, le témoignage de Lilian Ivars, conseillère municipale de la ville de Närpes en Finlande sonnait comme un contrepoint encourageant. Petite ville de 90 000 habitants, a-t-elle expliqué, « Närpes compte plus de 10% de population d'origine étrangère. Celle-ci constitue un apport important dans une cité où la pyramide des âges s'inverse pour afficher aujourd'hui 27 % de plus de 65 ans et où les activités agricoles liées à la culture de la tomate et du concombre, celles de la métallurgie ainsi que le secteur des services réclament une main d'œuvre renouvelée ». La politique de Närpes a donc été d'accueillir de manière simplifiée les boat people venus du Vietnam à la fin des années 1980, ainsi que les réfugiés issus de la guerre de Bosnie, par la suite. « Formalités claires et rapides, assistance des employeurs pour la recherche de logements et d'écoles pour les enfants, coopération effective entre les autorités et les familles, l'expérience a été concluante, au point que les entreprises se sont ensuite directement adressées à des personnes recommandées par les anciens demandeurs d'asile pour recruter notamment au Vietnam. » « Aujourd'hui, les immigrants sont un rouage essentiel de la société de Närpes », a conclu Lilian Ivars. « On peut parler de symbiose: nous avons besoin d'eux et ils ont besoin de nous. » L'exemple a impressionné l'assemblée qui a aussi pris conscience que des aides européennes existaient pour assister employeurs et immigrants dans l'encadrement ou les cours de langues, par exemple. Närpes y a eu recours. D'autres villes ou régions le pourraient également. Encore faut-il qu'elles soient au courant que ces subsides existent ou bien qu'elles aient envie de l'être. (VL)