Bruxelles, 01/10/2012 (Agence Europe) - La Commission européenne demeure convaincue que l'Espagne sera en mesure de respecter l'objectif de 6,3% de déficit public pour 2012. Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a indiqué que ses services étaient « en train d'analyser » les nouvelles prévisions budgétaires espagnoles, lundi 1er octobre à Madrid, à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy et le ministre de l'Économie, Luis De Guindos (EUROPE n°10698).
Suite à la présentation, en fin de semaine dernière, de nouvelles mesures structurelles et à la publication des résultats des derniers 'stress tests' bancaires, le gouvernement espagnol a encore revu à la hausse les prévisions de déficit public. Pour 2011, celui-ci devrait être de 9,44% du PIB (8,96% auparavant) et, en 2012, il devrait atteindre 7,4% au lieu de 6,3% comme prévu initialement. La dette publique espagnole devrait dépasser la barre des 90%. Ce creusement du déficit est surtout dû aux pertes enregistrées dans le cadre du soutien public au secteur bancaire à travers le fonds de sauvetage national (FROB).
« Nous avons été informés de ces nouveaux chiffres », a déclaré lundi le porte-parole de la Commission, pour qui il est « trop tôt » pour dire quel sera l'impact de ces chiffres sur le déficit et la dette espagnoles. Tout dépend de la façon dont l'Office statistique de l'UE classifiera les pertes et les injections de capital dans le secteur bancaire, les chiffres définitifs étant attendus pour le 22 octobre. « Nous tiendrons compte du fait que, s'il devait y avoir un impact, cela ne serait visible que sur un an », a dit le porte-parole.
M. Rehn a souligné que l'Espagne n'avait pas fait de nouvelle demande d'aide à l'Eurozone pour soulager ses coûts de refinancement. « Nous avons les instruments nécessaires à notre disposition », a-t-il néanmoins fait remarquer. Et de souligner l'importance de mettre en œuvre les réformes, notamment celle du système des retraites. Jeudi, le pays procédera à une levée de capitaux à moyen terme qui sera très suivie.
Audit bancaire. La Banque d'Espagne a publié, vendredi dernier, les résultats des 'stress tests' effectués sur 14 banques espagnoles par le cabinet Oliver Wyman. Sur cet échantillon, sept établissements (ex.: Santander, BBVA, CaixaBank) représentant 62% du secteur détiendraient plus de 6% de fonds propres de qualité optimale en cas d'une crise économique majeure (baisse cumulée du PIB de 6,5% d'ici à 2014). Selon ce même scénario et après prise en compte de fusions en cours et de déductions fiscales, sept autres banques espagnoles nécessiteraient près de 54 milliards d'euros de capital en plus des besoins déjà comptabilisés au 31 décembre 2011. 86% de ces besoins proviennent des 4 banques déjà nationalisées: Bankia-BFA (24,7 milliards), Catalunya bank (10,8 milliards) ; NCG Banco (7,2 milliards) ; Banco de Valencia (3,5 milliards). Les autres banques nécessitant des capitaux sont Popular (3,2 milliards), BMN (2,2 milliards) et l'entité qui résultera de la fusion entre Ibercaja-Caja3-Liberbank (2,1 milliards).
Ce montant de 54 milliards d'euros ne correspondra pas nécessairement à l'aide d'État qui sera versée au final. Plusieurs mesures pourront en effet en faire baisser le montant, parmi lesquelles la cession d'actifs, la levée de fonds propres sur les marchés, la fixation de pertes pour les créanciers non privilégiés, le transfert d'actifs à la 'bad bank' que l'État espagnol est en train de mettre sur pied.
Les résultats de cet audit bancaire interviennent dans le cadre du Memorandum of Understanding (MoU), signé entre l'Espagne et ses créanciers privés, qui prévoit une réforme du secteur bancaire et du système espagnol de supervision financière en échange d'une aide maximale de 100 milliards d'euros. « L'évaluation montre que l'assistance financière totale accordée en juillet devrait être plus qu'adéquate pour couvrir les besoins financiers finaux, y compris avec une marge confortable de sécurité », s'est réjoui vendredi le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, dans un communiqué.
Selon le MoU, les banques espagnoles concernées par la recapitalisation devront respecter la séquence suivante: - présentation, en octobre, des plans individuels de recapitalisation ; - analyse de ces plans par la Banque d'Espagne et la Commission européenne afin de placer les banques dans deux groupes, l'un regroupant les établissements nécessitant une aide financière publique et l'autre incorporant les banques qui auront jusqu'à fin juin 2013 pour se recapitaliser ; - les banques qui feront appel à une aide publique devront soumettre un plan de restructuration qui devra faire l'objet d'une homologation préalable ; - transfert des actifs 'toxiques' vers la 'bad bank' ; - lancement, à partir de novembre, de la recapitalisation.
Effectué en juin par les cabinets Oliver Wyman et Roland Berger, un premier exercice de 'stress tests' avait révélé des besoins en capital à hauteur de 62 milliards d'euros (EUROPE n°10639). (MB)