login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10692
Sommaire Publication complète Par article 21 / 32
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) agriculture

Offensive du groupe Verts/ALE sur la réforme de la PAC

Bruxelles, 19/09/2012 (Agence Europe) - Le groupe Verts/ALE du Parlement européen est passé à l'offensive, mardi 18 septembre, sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC) en proposant de plafonner le versement des aides à 100 000 euros par exploitation et de supprimer les subventions aux exportations « qui laminent encore l'agriculture familiale dans les pays du Sud ». Ce groupe reproche aussi à la Commission européenne de manquer d'ambition sur le 'verdissement' des aides de la PAC. José Bové (Verts/ALE, français) a fustigé l'attitude des deux grands groupes politiques (PPE et S&D) qui « veulent confisquer le débat (sur la réforme) pour que rien ne change ». Selon José Bové, la plupart des amendements déposés ne sont que « l'écho de ce qui se passe au Conseil » avec des eurodéputés qui défendent des positions en raison de leur origine géographique.

Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, allemand) a expliqué que l'idée forte de la réforme « en profondeur » souhaitée par le groupe était de plafonner les aides directes à 100 000 euros par exploitation. Cette mesure permettrait de récupérer dans l'UE près de 7 milliards d'euros par an (sur le total de 40 milliards d'euros pour la PAC). « On pourrait réinvestir cet argent dans le développement rural et cela permettrait de rééquilibrer la PAC entre l'Est et l'Ouest et entre les gros et les petits exploitants », a-t-il expliqué. Il a rappelé que 20% des exploitations agricoles accaparent 80% des aides directes de la PAC. Il faut rendre plus juste cette PAC, a-t-il résumé, en ajoutant que cette enveloppe de 7 milliards permettrait aussi de créer de l'emploi. Dans les dix prochaines années, « si nous ne changeons pas la PAC, l'Europe va perdre près de 7 millions d'agriculteurs », a-t-il prévenu. Et M. Cohn-Bendit de conclure: il faut 'rajeunir' l'agriculture, puisque « 70% des agriculteurs ont plus de 55 ans ».

Le Français José Bové, vice-président de la commission agriculture du PE, a rappelé que la PAC faisait partie désormais des compétences du PE (codécision avec le Conseil). « On ne peut pas rater cette marche pour l'avenir de l'agriculture, et pour la démocratie européenne », a-t-il déclaré. Cette PAC doit être au cœur des préoccupations du PE, selon lui. Or, il faut éviter que cette PAC soit « confisquée entre quelques mains, comme malheureusement c'est le cas aujourd'hui ». M. Bové a noté qu'à l'intérieur de la commission de l'agriculture du PE, « les grands groupes, PPE et sociaux-démocrates, essayent de confisquer le débat pour que rien ne change dans la PAC ». Il faut, selon les Verts, redistribuer les aides grâce au plafonnement à 100 000 euros par exploitation. Et de rappeler que la Commission propose de plafonner à 300 000 euros, « ce qui ne touche que quelques milliers d'agriculteurs au niveau européen ». Or, la majorité des agriculteurs européens touchent moins de 5000 euros, alors que 3000 agriculteurs touchent plus de 300 000 voire plus de 500 000 euros, a fait valoir José Bové. Il a dénoncé, par ailleurs, « le gaspillage » qui se fait au niveau de l'UE car on continue de subventionner des exportations à hauteur environ de 200 millions d'euros. Le groupe des Verts/ALE demande donc la fin des aides à l'exportation.

Et José Bové d'expliquer que la balance commerciale agricole de l'UE est déficitaire car l'Europe importe des pays tiers plus de 30 millions de tonnes de soja pour nourrir vaches, cochons et volailles. « On dépense 15 milliards d'euros pour importer alors que ces protéines végétales peuvent être produites en Europe », assure M. Bové. Il recommande un changement de la PAC pour reconquérir « notre autonomie en protéines végétales ».

'Petits arrangements entre amis'. À propos des négociations sur la réforme de la PAC, M. Bové estime que la manière dont celles-ci ont été lancées était « une catastrophe ». Il n'y a pas dans les rapports proposés, sauf celui de Michel Dantin (PPE, français) sur les mesures de marché, « de colonne vertébrale », c'est le flou général. C'est ce qui explique le nombre incroyable (presque 9000) d'amendements. Or, beaucoup de ces amendements sont liés à l'origine géographique des députés. « Le PE se retrouve un peu l'écho de ce qui se passe au Conseil », affirme M. Bové, qui dénonce une somme d'égoïsmes qui se retrouvent autour de la table pour discuter plutôt que de parler de l'intérêt général. La méthode de négociation ? Le problème, c'est que le PE est sur la défensive sur la réforme de la PAC car l'objectif de l'UE est de se mettre d'accord d'abord sur le budget. Il a même reproché au président de la commission agriculture du PE, Paolo de Castro (S&D, italien), de ne pas vouloir « assumer un débat en plénière » au PE. Il craint aussi que des discussions avec le Conseil soient organisées de façon informelle en vue de trouver un compromis, avant même le vote en session plénière de la position du Parlement.

Toujours chez les Verts, l'Allemand Martin Haüsling a estimé qu'un l'un des principaux éléments de la proposition de la Commission était le verdissement de la PAC. Or, le risque est, selon lui, de voir dans les négociations un affaiblissement de la proposition initiale. Il a expliqué en substance qu'une PAC 'verte' devait promouvoir la rotation des cultures et ne pas soutenir les monocultures. Il y a de moins de moins de zones de friches, ce qui pose un problème pour l'absorption du CO2 et il y a une perte de la biodiversité, a-t-il ajouté. « Nous voulons qu'il y ait au moins 7% des surfaces agricoles où on ne peut pas avoir d'exploitation », a précisé M. Häusling. Il faut aussi, selon lui, des contreparties au versement des aides publiques. Sans oublier le problème de l'utilisation excessive des antibiotiques. En outre, ce qui est proposé pour le développement rural « ne va pas du tout assez loin », a estimé l'eurodéputé. M. Häusling redoute que les coupes claires interviennent principalement dans les crédits du développement rural (second pilier), car il y aura un fort taux de cofinancement demandé. « On craint que les Allemands nous disent: il faut de l'argent pour le premier pilier (à savoir les aides directes et les dépenses de marché) et pas pour le second. » (LC)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
SPORT - CULTURE