Bruxelles, 11/09/2012 (Agence Europe) - EUROPE suit avec attention les premiers pas de Ramón Luis Valcárcel Siso (PPE, espagnol), à la tête du Comité des régions (CdR) depuis début août. Il a repris le flambeau de Mercedes Bresso (PES, italienne), comme le prévoit un accord entre les deux groupes sur l'alternance à la présidence du comité consultatif.
M. Valcárcel livre ses intentions pour les deux années et demi de poste qui l'attendent à Bruxelles. La stratégie 'EUROPE 2020'sera son fil rouge, mais dans l'immédiat c'est la défense de la Politique de cohésion et de son budget qui retient toute son attention. Même s'il devra aussi mener de front les politiques propres à la région qu'il préside en Espagne, la Murcie. Le dirigeant politique porte justement un regard confiant sur les développements économiques de sa région, qui compte obtenir 300 millions d'euros du fonds de sauvetage mis en place par Madrid, pour résorber les problèmes de liquidités de ses régions (EUROPE n° 10677).
M. Valcárcel Siso compte aussi mettre sa présidence à profit pour asseoir les compétences du CdR au sein du cadre institutionnel européen. (MD)
(Agence Europe) Quelles sont vos priorités pour les prochains mois à la tête du Comité des régions ? Dans l'immédiat, quels sont vos projets à l'agenda ?
(Ramón Luis Valcárcel Siso) Au Comité des régions, nous allons continuer à œuvrer dans l'intérêt des citoyens. Depuis sa création en 1994, le CdR a été pensé comme un outil pour les citoyens, il s'agit de la représentation la plus proche des citoyens, des maires, des villes et des régions. La première priorité, surtout en temps de crise et d'euroscepticisme, est de dire aux citoyens que le CdR est utile pour en sortir. La feuille de route du CdR suit la stratégie 'EUROPE 2020', et elle regroupe, entre autres, l'agenda numérique, la lutte contre la pauvreté, l'emploi, la politique industrielle européenne. Autant de points phares qui correspondent précisément à notre ligne directrice pour sortir de la crise... Dans l'immédiat, c'est donc un agenda très chargé qui m'attend. J'ai déjà rencontré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ainsi que, la semaine dernière, le président du Parlement européen, Martin Schulz, et le président chypriote, Dimitris Christofias, qui tient les rênes de la présidence tournante de l'UE. Je prévois également d'avoir des réunions avec les commissaires européens à la Politique régionale, Johannes Hahn et à la Concurrence, Joaquín Almunia. Aussi, le CdR sera très impliqué dans le sommet interinstitutionnel UE-Chine.
Quel message délivrez-vous aux représentants des différentes institutions européennes ? Avez-vous l'intention de redéfinir la place du CdR auprès des autres institutions européennes ?
Nous avions déjà eu l'occasion de discuter du rôle du CdR avec la Commission dans le passé par exemple. Nous sommes d'avis qu'il faut renforcer les rapports entre les institutions européennes. J'insiste aussi sur le fait que les pactes territoriaux sont des outils indispensables pour mettre en place la stratégie 'EUROPE 2020', en association avec les régions et les villes d'Europe. Quant au rôle que joue le CdR auprès des autres institutions, et bien tout peut encore s'améliorer ! Depuis 1994, les principes de subsidiarité et de gouvernance multi-niveaux se sont imposés au fur et à mesure. Mais le CdR continue d'insister pour être la voix des régions auprès des institutions européennes. Et j'entends continuer à œuvrer pour que le Comité ait plus de pouvoir dans le cadre institutionnel.
Qu'attendez-vous des prochaines négociations institutionnelles à propos du budget qui sera alloué à la politique de cohésion, mais aussi celles qui sont dédiées à la réforme de cette politique?
Il faut impérativement que toutes les régions puissent continuer à bénéficier de la politique de cohésion. Et, je me soucie particulièrement des régions en transition, comme la région de Murcie que je préside en Espagne par exemple. Il faut que la réforme prenne aussi bien en compte ces régions dont le PIB par habitant se situe entre 75% et 90% de la moyenne européenne. Quant au budget qui sera alloué à la politique de cohésion, je souhaite qu'il soit au moins au même niveau que par le passé. Pour que ce budget soit vraiment un instrument d'investissement, il faut impérativement qu'il ne soit ni gelé, ni diminué.
Vous mentionnez votre région, Murcie. Cet été, celle-ci a manifesté son intérêt pour bénéficier du fonds de sauvetage régional établi par Madrid. Pouvez-vous nous éclairer sur la situation économique des régions espagnoles ?
Laissez-moi mettre en avant que, par le passé, la région de Murcie a obtenu la prime de performance pour la gestion des fonds structurels européens. Une distinction qui récompense sa responsabilité et son haut taux d'absorption en la matière. Par ailleurs, il est vrai que la région de Murcie aura besoin du gouvernement espagnol. Mais c'est une situation 'normale', je dirais. Aujourd'hui, on utilise des termes compliqués, comme 'sauvetage', mais la réalité est différente. Il y a un problème de revenus dans la grande majorité des régions européennes, et dans les États membres mêmes. Et ces problèmes de revenus entraînent des dettes publiques, conséquence aussi de la crise et du ralentissement économique. Toutefois, il y a des dépenses sociales auxquelles il faut faire face et auxquelles les régions ne peuvent renoncer. Mais ce déficit, il faut le couvrir. Il faut donc demander des prêts pour les refinancer. La meilleure garantie reste l'État, d'autant plus que les marchés financiers nous sont fermés. L'État fournit alors l'argent aux régions avec des conditions logiques à respecter, comme le niveau de déficit.
Il y a des régions qui sont dans une meilleure posture, mais celle de Murcie est traditionnellement une région d'accueil des migrants, ce qui engendre des coûts sociaux importants. On ne peut pas renoncer à cette politique sociale vis-à-vis des migrants. Toutefois, elle n'arrive qu'en 4ème place des régions espagnoles les moins endettées. Le montant n'est donc pas si excessif que cela, au regard du nombre de migrants.
Votre mission à la tête du CdR pourrait-elle prendre ombrage de ces tracas en Espagne qui nécessitent sans doute beaucoup d'attention de votre part ?
Je ne suis pas 'Superman ', mais j'ai une capacité de travail, des collaborateurs, tant à Murcie qu'à Bruxelles, ce qui me permet d'approfondir un agenda intense autant au Comité des régions que dans ma région… Depuis la création du Comité, le président est aussi élu dans une région d'Europe, c'est donc compatible. Je suis un homme, mais je peux quand même faire deux choses à la fois !
Vous faites là un clin d'œil à votre prédécesseur Mercedes Bresso. Y aura-t-il des changements notables dans la gestion du CdR ? Mme Bresso est socialiste, vous êtes démocrate-chrétien…
Il y a une entente extraordinaire entre nous deux, et je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de différences. Ce qui n'est pas surprenant, car Mme Bresso est aussi une Européenne convaincue. La gouvernance multi-niveaux est un sujet de fond au Comité des régions, nous défendons aussi les mêmes visions à propos de la politique de cohésion. Nous avons également été co-rapporteurs au CdR sur le cadre financier pluriannuel 2014-2020. Nous avons donc aussi des affinités à ce propos. Il n'y aura pas de politiques différentes, mais chacun a son engagement personnel et doit faire face aux circonstances actuelles. Le contexte détermine l'action politique, et je compte m'atteler à la stratégie 'EUROPE 2020' et à sa révision à mi parcours, un thème qui va marquer les deux ans à venir.