Bruxelles, 19/07/2012 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères devraient renforcer, lundi 23 juillet, les sanctions contre la Syrie en gelant les avoirs et en interdisant de visas au moins 26 personnes et deux ou trois administrations et sociétés, selon des sources diplomatiques citées par l'AFP.
L'UE pourrait aussi « très probablement » renforcer son embargo sur les armes et le matériel pouvant servir à la répression, en autorisant les inspections de bateaux ou d'avions, lorsqu'un État membre aurait des raisons de les soupçonner de violer l'embargo. Par ailleurs, le général Assef Chawkat, tué mercredi dans un attentat, restera sur la liste des personnes sanctionnées tant que le sort de ses avoirs n'aura pas été clarifié, a précisé une source diplomatique.
Nouveau blocage russo-chinois
Jeudi en fin d'après-midi, les Russes et les Chinois ont une nouvelle fois opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies menaçant la Syrie de sanctions. Ce vote, lors duquel 11 pays se sont exprimés pour, deux contre et deux se sont abstenus, laisse en suspens l'avenir des observateurs de l'ONU dont le mandat expire ce vendredi. L'ambassadeur britannique s'est dit « consterné » par ce veto alors que le Français a considéré que « refuser à Kofi Annan les outils de pression qu'il demande, c'est mettre en péril sa mission elle-même ». Mercredi, le porte parole de Kofi Annan espérait une « action décisive du Conseil », précisant que l'attentat de mercredi soulignait le « besoin urgent » de cette action et souhaitait que le report du vote de mercredi à jeudi permette aux membres du Conseil de sécurité de s'« unir et trouver un langage commun ».
Jeudi, la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères a souligné que l'Union européenne fait « tout ce qu'elle peut pour une résolution forte et unie du Conseil de sécurité ». « Nous devons faire tout ce que nous pouvons avec le conseil de sécurité pour arrêter la violence », a-t-elle ajouté. La veille, elle a appelé à une « action concertée » du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, et a condamné l'attentat qui a tué plusieurs leaders du régime syrien. « L'attaque à la bombe (…) souligne la nécessité urgente d'une action concertée du Conseil de sécurité et de la communauté internationale pour la mise en œuvre du plan de paix », a-t-elle expliqué. Elle a fait part de sa profonde préoccupation quant à l'escalade de la violence et à « ses conséquences tragiques sur la population ». « La première priorité est que la violence s'arrête maintenant et que toutes les parties s'engagent dans un règlement pacifique du conflit », a-t-elle ajouté.
L'UE face à la crise humanitaire
Les ministres de l'Intérieur, réunis en Conseil informel discuteront lundi 23 lors de leur déjeuner du risque de crise humanitaire et d'immigration. Dans son document préparatoire, la présidence chypriote a averti que la situation dans le pays « risque de provoquer une crise humanitaire ». Chypre, qui ne se situe qu'à quelques centaines de kilomètres de la Syrie, se prépare à évacuer les ressortissants étrangers mais s'inquiète aussi d'une possible arrivée massive de Syriens et souhaite de la solidarité de la part des autres États membres. (EUROPE n° 10651). La présidence veut que les ministres discutent de la meilleure façon dont l'UE et les États membres peuvent aider les pays voisins de la Syrie dans leurs efforts pour traiter les personnes déplacées et se demande si « un Programme de protection régionale serait une bonne idée à poursuivre ». Chypre veut aussi aborder les questions sur une meilleure utilisation du Bureau européen d'appui en matière d'asile (BEAA) « afin de mieux préparer l'adoption des mesures de solidarité au cas où cela est nécessaire ». L'approche des États concernant les personnes déplacées déjà présentes sur leur territoire sera aussi étudiée.
Dans une question écrite envoyée le 17 juillet à la Haute représentante, la députée européenne Sylvie Guillaume (S&D, française) a souligné que les pratiques des États membres dans le traitement des demandes d'asile des ressortissants syriens sont très différentes. Elle se demande quelles mesures l'UE et ses États membres ont prises - ou envisagent de prendre - pour faciliter l'entrée sur le territoire européen de ceux qui fuient les violences et sur la possibilité de s'engager dans une approche commune de l'accueil et de l'examen des demandes d'asile, fondée sur les meilleures pratiques que le BEAA a pu identifier. La députée appelle les 27 à respecter un moratoire interdisant les retours de ressortissants d'États tiers vers la Syrie. Enfin, elle souhaite un engagement de l'UE pour réinstaller des réfugiés accueillis dans les pays voisins de la Syrie et dont les conditions de vie sont particulièrement difficiles. (CG)