Bruxelles, 19/07/2012 (Agence Europe) - La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a proposé mercredi 18 juillet, dans une interview donnée au Frankfurter Allgemeine Zeitung, que soit créé un ministre européen de la Justice, à l'image des suggestions relatives à la création d'un ministre européen des Finances. Ce ministre européen de la Justice pourrait être le moyen de répondre aux crises qui secouent régulièrement l'UE, entre la crise roumaine actuelle mais aussi la crise hongroise qui s'est traduite notamment par des recours devant la Cour de justice de l'UE.
Une proposition qui a suscité la réaction mitigée du chef du groupe S&D au Parlement européen, l'Autrichien Hannes Swoboda. Celui-ci a mis en garde Mme Reding quant à des déclarations politiquement colorées. Cette idée d'un ministre européen de la Justice est certes « valable », dit-il dans un communiqué, mais la commissaire aurait également pu la soumettre quand des gouvernements proches de sa famille politique gouvernaient aussi en Roumanie via des décrets d'urgence. « Je ne me rappelle pas d'un tollé », ajoute Hannes Swoboda. Pour qui la commissaire Reding ne devrait pas se rendre otage des jeux politiques actuellement à l'œuvre mais agir de manière neutre et objective, estime-t-il. « Sinon elle risque de saper toute la valeur des évaluations de la Commission ».
« Nous parlons actuellement beaucoup de la nécessité d'avoir un ministre des Finances européen. Je trouve cela très juste. Mais je pense que nous avons également besoin, dans un avenir pas trop lointain, d'un ministre de la Justice de l'UE, qui dispose de moyens pour imposer l'État de droit dans l'UE. Il devrait avoir le droit de porter plainte devant la Cour de justice européenne, si l'indépendance de la justice est en danger dans un État », a déclaré la commissaire au quotidien. Mme Reding s'exprimait le jour où la Commission a publié ses rapports sur le Mécanisme de coopération et vérification (CVM) qui ont prôné le prolongement des mesures de surveillance de la Roumanie et de la Bulgarie et dressé un état des lieux sévère de la situation roumaine (EUROPE n° 10658). La commissaire européenne voudrait renforcer l'éventail des outils à disposition de l'Europe pour forcer les États à se conformer aux règles du jeu démocratique et de l'État de droit, a-t-elle suggéré dans cette interview. « Dans l'union monétaire, nous parlons tous les jours de la nécessité d'aller vers un contrôle et une supervision renforcés, pour renforcer la confiance mutuelle. Apparemment, nous avons exactement besoin de cela dans le domaine de la justice », a poursuivi Mme Reding. (SP)