Bruxelles, 19/07/2012 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté jeudi 19 juillet une proposition visant à réglementer la pêche des espèces d'eau profonde dans l'Atlantique du Nord-Est. Vendredi dernier, l'adoption de cette proposition avait été reportée, à cause de l'opposition du commissaire européen de nationalité française, Michel Barnier (EUROPE n° 10654).
Les écosystèmes démersaux et les espèces qui y vivent sont particulièrement vulnérables aux activités humaines, rappelle la Commission dans un communiqué de presse. Le nouveau règlement vise à garantir une exploitation durable des espèces d'eau profonde, une diminution des prises accessoires indésirées, une baisse des répercussions sur les habitats vulnérables situés en eau profonde et une augmentation des données disponibles sur la biologie de ces espèces.
La Commission propose de durcir le système des autorisations de pêche et de supprimer progressivement (deux ans après l'entrée en vigueur du texte) les engins de pêche réputés les plus dévastateurs qui ciblent spécifiquement les espèces d'eau profonde, à savoir les chaluts de fond et les filets maillants de fond. Ces méthodes sont plus nocives que d'autres pour les écosystèmes démersaux vulnérables et entraînent des niveaux élevés de prises accessoires indésirées (20 à 40% en poids, voire davantage). Les autres pêcheries commerciales utilisant les chaluts de fond ne seront pas touchées, les mesures proposées ne concernant que les pêcheries qui ciblent les poissons d'eau profonde.
Les pêcheurs devront passer à des techniques de pêche plus sélectives, dont les répercussions sur les habitats situés en eau profonde sont moindres. Les navires qui devront changer d'engin afin de pouvoir continuer à pratiquer la pêche profonde pourront bénéficier de l'assistance financière du Fonds européen pour la pêche, « à condition que le nouvel engin diminue les effets de la pêche sur les espèces non commerciales ».
Les pêcheurs coopèrent déjà avec les scientifiques pour accroître les connaissances sur les écosystèmes d'eau profonde, largement méconnus. Afin de trouver des moyens de tester des engins de pêche moins nocifs et de réorienter le secteur vers des techniques et des stratégies de pêche qui ont moins de répercussions sur ces écosystèmes fragiles, la Commission a décidé de financer une étude sur cette question, en collaboration avec des sociétés pratiquant la pêche en eau profonde.
La pêche en eau profonde dans l'Atlantique du Nord-Est est pratiquée principalement par des flottes côtières traditionnelles (Portugal) et des grands chalutiers nomades (France surtout, et Espagne). Au total, elle représente environ 1% des débarquements de l'Atlantique du Nord-Est. Le sabre noir et la dorade rose sont des espèces d'eau profonde à haute valeur commerciale, tandis que d'autres telles que la lingue bleue et les grenadiers présentent pour les pêcheurs une valeur moyenne. Certains stocks d'eau profonde sont gravement menacés, notamment l'hoplostète rouge et les requins d'eau profonde. D'autres peuvent être exploités (lingue bleue, grenadier de roche), mais dans des conditions respectueuses de l'environnement (en évitant les prises accessoires inutiles, par exemple). (LC)