Bruxelles, 13/07/2012 (Agence Europe) - Réunis à Nicosie, les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales ont tenu leur premier Conseil (informel) sous présidence chypriote, jeudi 12 et vendredi 13 juillet. Avec un taux de chômage au sein de l'UE qui ne cesse de croître, l'accent a été naturellement mis sur la création d'emploi, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, avec une attention particulière accordée à l'implication des partenaires sociaux, des autorités locales et des organisations non gouvernementales tant dans l'élaboration des mesures par les États membres, que dans les proposition des institutions européennes.
La présidence chypriote a souhaité promouvoir durant le Conseil une approche ascendante, dite 'bottom-up' quant à la poursuite des objectifs de la stratégie EUROPE 2020 (taux d'emploi de 75%, réduction du nombre de personnes touchées par la pauvreté de 20 millions). À l'issue du Conseil, vendredi 13 juillet, la ministre chypriote du Travail et de la Sécurité sociale, Sotiroula Charalambous, a déclaré que « les partenaires sociaux, les organisations non gouvernementales et les autorités locales peuvent, grâce à leur connaissance du terrain et des problèmes du quotidien, promouvoir des politiques ciblées et directement liées aux objectifs stratégiques de la lutte contre chômage, la pauvreté et l'exclusion sociale (…) par conséquent ils doivent occuper une place de choix dans l'élaboration et la mise en œuvre des nouvelles stratégies de l'Europe. La contribution de toutes ces instances est fondamentale pour parvenir à relever les défis de la crise ».
De quelle manière concrète les parties tierces peuvent-elles être impliquées dans l'élaboration des politiques sociales et en matière d'emploi ? Pour Mme Charalambous, le nouvel outil offert dans le cadre de la gouvernance économique de l'UE, à savoir le semestre européen et les recommandations par pays, constitue le moyen idéal pour les États d'utiliser les acteurs locaux comme baromètre servant à évaluer les politiques mises en œuvre. Mais il s'agit également d'écouter leurs suggestions quant aux décisions futures, ce qui permettrait en même temps de combattre l'idée que les choix politiques sont « imposées par Bruxelles ». À cette fin, trois ateliers avaient été organisés par Chypre, la Pologne et le Danemark qui avaient pour thèmes le rôle de ces acteurs « (1) dans le renforcement de l'emploi en Europe, (2) dans la lutte contre la pauvreté et l'amélioration de la cohésion sociale et (3) dans le déroulement du semestre européen ».
La dernière journée du Conseil a été dédiée au paquet emploi. Depuis sa présentation en avril dernier (EUROPE nº10597), ce paquet de recommandations et d'idées pour relancer l'emploi et la croissance conçu par la Commission européenne s'invite dorénavant à chaque réunion des ministres de l'Emploi. Au niveau du Conseil EPSCO, qu'il soit formel ou informel, les débats consistent la plus part du temps à échanger les exemples des meilleurs pratiques, en espérant qu'ils puissent être transposables dans un autre État membre. Et le sujet est particulièrement difficile, puisqu'il s'agit pour chaque gouvernement de tenter de mettre en place des leviers, qui divergent selon les orientations politiques des autorités nationales et doivent répondre aux particularités de chaque marché de travail, pour stimuler la croissance et la création d'emploi, tout en réduisant les déficits des budgets nationaux. Selon la présidence, le débat a été « animé », même si un consensus existe sur le fait « que la croissance et la consolidation budgétaire sont les deux faces d'une même médaille ». Il a porté d'une part sur la question du chômage des jeunes et d'autre part sur les secteurs qu'il est nécessaire de privilégier, c'est-à-dire ceux de l'économie verte, de la santé et des technologies de l'information.
Par ailleurs, les mesures de relance devraient être construites en étroite coopération avec les partenaires sociaux. Un document de la présidence, présenté aux ministres à Nicosie et inspiré des propositions de la Commission, souligne ainsi qu'il s'agit de les impliquer dans: l'évaluation du rapport entre les salaires et la productivité, l'inflation, la demande intérieure, le chômage et les inégalités des revenus ; l'élaboration des recommandations par pays ; le programme de mobilité professionnelle au sein de l'UE (EURES) et, d'une manière plus générale, la migration économique.
Toutefois, un tel programme doit faire face à l'héritage des pratiques nationales qui divergent fortement d'un État à un autre. Le même document fait ainsi état d'une coordination « variée » entre les autorités nationales, Bruxelles et les partenaires sociaux, notamment à cause de différents environnements politiques et économiques et d'approches divergentes quant aux objectifs des représentants des travailleurs, des employeurs et ceux établi par l'agenda des institutions européennes. Il n'est dès lors guère étonnant que la dernière question au débat posée aux ministres par la présidence chypriote était: « Quel pourrait être l'avenir du dialogue social européen ? ».
Durant les débats, les ministres ont également été invités à s'exprimer sur la coordination avec le Conseil ÉCOFIN. En effet, durant le dernier Conseil EPSCO formel (EUROPE nº10639), sous présidence danoise, plusieurs ministres avaient critiqué ouvertement la répartition des tâches avec leurs collèges responsables de l'Économie et des Finances. La ministre chypriote du Travail a ainsi proposé de débattre sur le besoin d'une coordination « meilleure/plus proche », mais également de savoir de quelle nature devrait être cette coordination, surtout par rapport au processus du Semestre européen. (JK)