Bruxelles, 05/07/2012 (Agence Europe) - Les scientifiques étaient (presque) persuadés de son existence, mais ils ne l'avaient jamais vu. Appelé le boson de Higgs ou « la particule de Dieu », dont la présence a été pressentie par le Britannique Peter Higgs et les Belges François Englert et Robert Brout dans les années 1960, cette particule subatomique constitue le dernier chaînon manquant pour expliquer la création de la matière. Les résultats, présentés au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), mercredi 4 juillet, lors d'un séminaire à Genève, sont encore préliminaires, mais l'annonce est là: tout porte à croire que la particule fondamentale a été découverte.
Nous ne pouvons pas la voir, mais elle est partout. Elle nous entoure et nous traverse à la fois, sans que nous puissions la sentir. Des corps célestes jusqu'à la plus infime masse, en passant par la constitution du corps humain, cette particule, ou le boson de Higgs, explique tout simplement pourquoi les choses existent, pourquoi ce qui n'était qu'énergie dispose finalement d'une masse. Sans son existence, toutes les particules élémentaires planeraient, sans attaches, à la vitesse de la lumière. Elle permet ainsi l'assemblage des atomes qui forment l'Univers, notre monde et nous-mêmes. C'est pour cette raison que Rolf Heuer, directeur général du CERN, a pu affirmer, sans une note d'hésitation, que « nous avons franchi une nouvelle étape dans notre compréhension de la nature ».
L'importance de cette découverte est à la hauteur des efforts et investissements mis en place pour y parvenir. Des investissements sans commune mesure avec ce qui avait été fait auparavant. Environ 4 milliards d'euros ont été nécessaires pour construire le plus grand microscope sur Terre pour espérer apercevoir un jour ce qu'il y a de plus petit, de plus évasif, de plus mystérieux. C'est à la frontière franco-suisse que se situe un laboratoire sous-terrain, le LHC (Large Hadron Colider), qui permet de propulser des protons, les uns contre les autres, à une vitesse d'un milliard de kilomètres par heure, dans des tubes qui forment un anneau d'une longueur de 27 000 mètres. Les chocs, ou plutôt les 600 millions de collisions par seconde, ont été scrupuleusement observées depuis environ deux ans dans le cadre de deux expériences: Atlas et CMS.
Au cours d'une nuit, le 11 juin dernier, un des chocs provoque l'apparition d'une poussière, un nuage qui porte l'empreinte d'une nouvelle particule, encore jamais observée. Il s'agit bien d'un indice, d'une trace d'un boson aperçu pendant un bref instant, l'équivalent subatomique d'un battement de cil. Les données doivent encore être vérifiées. Mais l'exaltante découverte a fait vibrer le cœur de tous les physiciens, qui entrevoient à l'horizon des années de recherches passionnantes, pour notamment concilier la théorie avec cette observation.
Dans le cadre de ces recherches, le CERN n'a pas directement bénéficié d'un soutien de la Commission européenne, bien qu'il ait fait appel par le passé au 7ème programme-cadre. Michael Jennings, porte-parole de la commissaire Maire Geoghegan-Quinn (Recherche), a néanmoins souhaité féliciter tous les acteurs impliqués dans ce qu'il décrit comme une « découverte significative et importante, qui prouve que l'Europe est à la pointe de la recherche fondamentale dans ce domaine et dans l'ingénierie d'avant-garde ». (JK)