Strasbourg, 04/07/2012 (Agence Europe) - Le Parlement européen a réservé un accueil en demi-teinte aux priorités de Chypre, qui exercera la présidence tournante de l'UE au cours de ce second semestre 2012. Le président de la république insulaire, Demetris Christofias, a présenté aux députés européens, mercredi 4 juillet, les priorités de son mandat: une Europe plus sociale, tournée vers le bien-être des citoyens, et plus performante, par l'adoption rapide d'un budget et le renforcement du marché unique. Si les députés apprécient le degré de préparation de Chypre et son attachement à la méthode communautaire, le conflit tenace avec la Turquie et la politique fiscale avantageuse de Nicosie en gênent certains.
Présidence providentielle ? La nouvelle présidence de l'UE accumule les singularités: c'est la première fois que Chypre se retrouve à la tête de l'Union. L'île est divisée par un conflit et son président est issu du parti communiste AKEL, le parti progressiste des travailleurs. Mais rien de tout cela ne devrait être en mesure d'altérer les ambitions résolument européennes du pays. « Nous sommes un petit pays mais qui entend servir les intérêts européens et pas les nôtres », clame M. Christofias, affirmant aussi son attachement à la méthode communautaire, quelque peu mise à mal par ses prédécesseurs danois à la tête de l'UE. Le président du groupe PPE s'en félicite donc, convaincu qu'il pourra compter sur M. Christofias en la matière. Même optimisme du côté du président du Parlement européen, Martin Schulz, qui estime qu'à l'heure où l'Union a « besoin d'une lutte pour plus de justice sociale, plus de contrôle des marchés financiers, de lutter contre la pauvreté, par sa personne et son expérience, c'est l'homme qu'il nous faut aujourd'hui pour réaliser les ambitions européennes ».
Budget, semestre périlleux. Le programme défendu dans l'hémicycle par M. Christofias pour les prochains six mois est supporté par quatre piliers. En haut de la liste: boucler le cadre financier pluriannuel (CFP) avant la fin de l'année. Ce que M. Daul verra « comme un paquet cadeau pour Noël ». Quant au chef de file socialiste Hannes Swoboda (S&D, autrichien), il espère que le compromis sera bon et promet son soutien s'il n'est pas question « d'un budget réduit en disant 'faites plus pour la croissance' ». Deux autre piliers de la présidence chypriote sont le renforcement du marché intérieur et la politique de voisinage avec la rive sud de la méditerranée.
Une présidence à gauche. Mais la première priorité de la présidence chypriote est surtout la promotion de la cohésion sociale par l'emploi et la lutte contre la pauvreté. Seul président européen se revendiquant de la veine communiste, M. Christofias plaide pour une Europe au visage plus social partant du constat que « les politiques néo-libérales, sans contrôle social et étatique, ont échoué. Car une économie libre est une chose mais l'impunité des marchés en est une autre. Il ne faut en aucun cas laisser nos sociétés à la merci des marchés et des intérêts qui les inspirent ». Toutefois, M. Christofias tempère ses propos en ironisant: « Ne vous inquiétez pas, le communisme ne va pas nuire à l'Union européenne(…). Je ne vais pas faire la révolution, n'ayez crainte ». Il s'agit de « marier la rigueur budgétaire à la cohésion sociale et à la croissance ». Le président du groupe socialiste salue l'approche chypriote et rappelle l'urgence d'une union bancaire, contrôlée et plus transparente. Mais il regrette que Chypre soit sceptique sur la taxe sur les transactions financières. C'est en effet incohérent avec les propos du président, tout comme le maintien d'un des taux de taxation des entreprises les plus bas d'Europe (10%). Rebecca Harms (allemande), co-présidente des Verts, soulève le sujet et n'hésite pas à enjoindre à Chypre d'œuvrer pour une justice fiscale, contre les paradis fiscaux et la fraude.
Ankara s'impose dans les débats. La députée ne ménage pas la présidence non plus en abordant le sujet épineux de la partie nord de l'île, occupée par la Turquie depuis 1974, déclarant qu'« il est temps de mettre fin à une situation anachronique et indigne ». Les députés n'auront de cesse de remettre la question sur le tapis, occasionnant aussi des échanges piquants entre députés chypriotes et britanniques. Le libéral Graham Watson (ADLE, britannique) ouvrant la brèche en déclarant que Chypre, ne pouvant pas diriger « par sa taille ou sa force », devait par conséquent diriger « par l'exemple, et utiliser l'influence de l'UE pour aider à réunifier Chypre. (…) Vous devez parler à la Turquie (…) et libérer votre île de ses murs de prison et de ses barbelés ». À ce propos, le président chypriote s'est défendu en disant œuvrer pour unifier son pays, et regretter que la Turquie ne réagisse pas, avant de recentrer le débat sur la véritable « patate chaude » de l'UE: le budget. M. Swoboda, comme d'autres députés, a aussi commenté la décision turque de tourner le dos à la présidence durant le mandat chypriote: « Je regrette l'attitude de la Turquie, si elle décide de boycotter elle a tort, nous voulons une solution pacifique ». Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a tranché sur le sujet, en conférence de presse, stipulant que la Turquie doit respecter les règles européennes à savoir que Chypre assume un droit et un devoir au sein de l'UE. (MD)