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Bulletin Quotidien Europe N° 10611
INSTITUTIONNEL / (ae) avenir de l'europe

Convaincre les citoyens que l'Europe est la solution

Bruxelles, 09/05/2012 (Agence Europe) - Les leaders des principales institutions européennes ont profité de la Journée de l'Europe, mercredi 9 mai, pour souligner l'importance de convaincre les citoyens que l'Europe constitue la solution aux défis socio-économiques actuels, alors que les récentes élections en Grèce et en France illustrent un rejet croissant des solutions préconisées par l'Europe pour sortir de la crise de la dette.

« Comment convaincre les citoyens ? À travers des résultats », a déclaré Herman Van Rompuy, convaincu qu'« on ne reviendra pas en arrière sur l'euro », lors du Forum-Europe de la chaîne allemande WDR. Pour le président du Conseil européen, surmonter la crise passe par le respect des « engagements de réduction de dettes et de déficits ». « L'Europe, c'est une bonne chose pour l'emploi », a-t-il ajouté. Notamment, le marché intérieur est « utile » pour permettre aux entreprises de vendre plus et aux consommateurs d'acheter des produits meilleur marché. M. Herman Van Rompuy s'est ensuite rendu à Paris où il a rencontré le nouveau président français François Hollande et le président sortant Nicolas Sarkozy.

« D'aucuns affirment que l'idée de davantage d'Europe ne fait pas florès. Je n'en crois rien », a estimé le président du Parlement européen l'Allemand Martin Schulz, lors d'un débat sur l'État de l'Union européenne. Or, « deux des plus grands acquis de l'intégration européenne sont remis en question: l'euro et la libre circulation », a-t-il déploré. D'un côté, « l'euro risque de devenir un symbole d'égoïsme national, voire d'exclusion », de l'autre, l'Espace Schengen est remis en cause par la volonté de repli derrière les frontières nationales. « Nous rejetons les diktats de rigueur unilatéraux, nous approuvons les économies qui s'accompagnent d'initiatives pour la croissance », a affirmé M. Schulz, réclamant « un pacte pour la croissance ». Lors du Forum-Europe, il avait estimé que le pacte pour la croissance ne pourrait être financé ni par les dettes, ni par l'inflation, et que le pacte budgétaire ne serait pas modifié. Le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso l'avait rejoint sur ce point.

La gauche a demandé que l'Europe entende les craintes des citoyens. Pour le président du groupe S&D Hannes Swoboda, « l'Europe n'a pas compris qu'il faut aussi envoyer message d'espoir » aux citoyens. « Moi aussi je pense que le changement c'est maintenant ! », a-t-il souligné, reprenant à son compte en français le slogan de campagne du nouveau président français, le socialiste François Hollande. Car, selon lui, les politiques d'austérité, en touchant surtout les plus faibles, remettent en cause la paix sociale et donnent du grain à moudre aux idéologies extrémistes. M. Swoboda s'est donc exprimé pour « une règle d'or » qui lie la discipline budgétaire aux investissements pour la croissance. Sans oublier les jeunes qui devraient bénéficier de garanties de formation et d'emploi.

Au nom du groupe Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit est revenu sur la nécessité pour l'Europe de « répondre aux angoisses » des citoyens. Évoquant les résultats des élections en Grèce, il a mis en garde la BCE pour qui il n'existe aucune alternative à la mise en œuvre de 2ème sauvetage grec. « Rappelez-vous l'Histoire, rappelez-vous le Traité de Versailles ! (…) Dire en démocratie qu'il n'y a pas d'alternative, c'est se tromper, sinon à quoi ça sert de faire de la politique ? », a-t-il mis en garde. Il a demandé une réouverture du mémorandum liant Athènes à ses créanciers institutionnels afin que « le peuple grec soit capable de suivre le rythme des réformes, qu'il ne soit pas assoiffé, affamé ». Sinon, « la réponse sera ultra fasciste, ultra nazi, ultra stalinienne, ultra ultra », a-t-il martelé. Pour donner de l'espoir aux citoyens, il a préconisé un budget communautaire substantiel avec des ressources propres, un renforcement du capital de la BEI ainsi qu'un programme mettant en œuvre « un green new deal ».

Patrick Le Hyarick (GUE/NGL, français) a prédit de « graves risques » pour les populations si les politiques menées ne sont « pas profondément réorientées ». Il faut « respecter le vote du peuple grec » et « abandonner le mémorandum », a-t-il estimé. Rejetant le pacte budgétaire même annexé d'un pacte pour la croissance, il a plaidé en faveur d'« un nouveau pacte pour le développement humain » alimenté par une « taxation sur les transactions financières » et « un impôt harmonisé sur le capital ». Et d'appeler à une politique de création monétaire de la BCE « pour les États et non plus pour les banques », ainsi qu'à « un moratoire sur une partie des dettes du passé ».

Opposer austérité et croissance: un faux débat, selon la droite. « Pas plus que le populisme de droite, le populisme de gauche n'a de place en Europe, et j'exhorte tous les partis politiques traditionnels à se rappeler qu'ils n'ont rien à gagner, et tout à perdre, à banaliser les extrêmes », a déclaré le président du groupe PPE Joseph Daul. Rappelant que l'Europe traverse une période difficile, il a estimé que les décisions à venir seront déterminantes pour la stabilité de nos économies, et pour la cohésion sociale de nos pays.

Sur le débat politique actuel entre assainissement des finances nationales et croissance, M. Daul est d'avis qu'il est impossible de « dissocier réduction des déficits et croissance ». « La réalité, c'est que les mesures porteuses de croissance ne doivent pas être synonymes de dépenses additionnelles: nous n'en avons plus les moyens », a-t-il insisté. Et de prévenir: « Aussi longtemps que les pays les plus dépensiers ne mèneront pas une politique de réduction de leurs dettes, les pays qui, eux, font un effort de bonne gestion, ne seront plus disposés à faire preuve de solidarité ». La déclaration de Robert Schuman « a créé une nouvelle voie pour les Européens. Aujourd'hui, plus que jamais, nous sommes liés les uns aux autres, nous sommes solidaires et responsables les uns envers les autres, ce qui implique une convergence budgétaire, qui est en cours, mais aussi une convergence fiscale et sociale ». Et pour le président du groupe PPE, cette solidarité ne fonctionnera que si chacun fait sa part des efforts et est disposé à allier finances publiques assainies et croissance durable.

« L'Europe, c'est le changement et l'Europe, c'est maintenant ! », a lancé le libéral belge Guy Verhofstadt. Il a plaidé pour une véritable Europe fédérale, avec « une vraie gouvernance économique, un vrai contrôle démocratique, un vrai budget fédéral et, pourquoi pas, une vraie armée européenne », seule façon, selon lui, d'intégrer l'Europe dans la mondialisation et de maintenir son modèle social. Il a demandé de tourner la page de l'illusion. L'illusion des uns qui croient que seule l'austérité va nous sortir de la crise. L'illusion des autres qui pensent que la croissance pourra revenir sans mettre en ordre les finances publiques. « C'est une grande erreur d'opposer l'un à l'autre. Il ne faut pas choisir entre discipline budgétaire et solidarité. Entre rigueur et croissance. Il nous faut les deux. Croissance et rigueur, discipline et solidarité ». Il a estimé que le traité budgétaire ne doit pas être modifié mais complété par un agenda pour la croissance et souhaite que le capital de la BEI soit augmenté. M. Verhofstadt a défendu aussi les 'projects bonds' et une mutualisation partielle de la dette à travers un 'redemption fund'.

Son de cloche différent du côté des Eurosceptiques. « Faut-il davantage d'Europe ? Mais c'est le résumé de tout ce qui cloche dans l'UE », a considéré Martin Callanan (CRE, britannique). « Les gens n'ont pas confiance dans l'UE, car l'UE ne fait pas confiance à ses citoyens », a-t-il ajouté, en référence à certaines décisions démocratiques, comme deux référendums en Irlande. Son compatriote Nigel Farage a mis en garde contre les risques de révolution poussée par le désespoir, même si, d'après lui, une rébellion démocratique pourrait aussi s'avérer porteuse d'espoir, comme l'émergence de partis souverainistes voire nationalistes comme celui des Vrais Finlandais.

De son coté, la Haute représentante de l'UE Catherine Ashton a souligné dans une déclaration que la Journée de l'Europe devrait être « l'occasion de se projeter vers l'avenir ». « L'année qui vient sera capitale pour le redressement - et l'avenir - de l'Europe. L'important ne sera pas seulement les initiatives en faveur de l'économie qui seront prises au sein de l'Union européenne ou l'adhésion de la Croatie en juillet. Mais aussi la façon dont nous nous engageons à l'échelle mondiale », a expliqué Mme Ashton. Elle s'est dite « convaincue que l'Europe doit continuer à s'engager activement dans le monde et que notre action internationale peut contribuer à la reprise de notre économie ». Mme Ashton a précisé que « le reste du monde souhaite une Europe active et déterminée. C'est dans ce sens que je compte travailler à l'avenir ». « Nous avons accompli beaucoup de choses sur l'année écoulée, mais les tâches qui nous attendent sont plus nombreuses encore », a-t-elle conclu. (MB avec LC et CG)

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