*** LUKÁS MACEK: L'élargissement met-il en péril le projet européen ? La Documentation française (29 quai Voltaire, F-75344 Paris Cedex 07. Tél.: (33-1) 40587500 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection « Réflexe Europe / Débats ». 2011, 171 p., 8,55 €. ISBN 978-2-11-008532-0.
A force d'élargir l'Union européenne, ses dirigeants politiques - communautaires et nationaux - ont-ils fragilisé de manière irrémédiable le projet des « pères fondateurs » et provoqué, chez les citoyens, une « fatigue de l'élargissement » potentiellement mortifère ? C'est à ces questions de fond que Lukás Macek, directeur du campus européen - Europe centrale et orientale de Sciences Po Paris à Dijon, apporte des réponses tout en nuances dans ce petit ouvrage très éclairant. Comme le relève Jacques Rupnik dès sa préface, il a en tout cas le mérite de revisiter et de corriger certaines idées reçues sur le sujet, « à commencer par la thèse qui oppose de façon simpliste élargissement et approfondissement et celle, complémentaire, qui suggère que l'on aurait sacrifié le second au premier ». En dressant un historique et un bilan détaillé de tous les élargissements qui ont transformé l'«Europe carolingienne » initiale en « entreprise de taille continentale », il s'emploie à montrer que chacun d'eux a suscité des craintes et a comporté des risques, ce qui lui permet d'avancer que « tout élargissement qui ne tue pas l'Union, la rend plus forte ». Un propos qu'il nuance toutefois puisqu'il reconnaît également que si l'élargissement vers les pays d'Europe centrale et orientale « n'a pas tué le projet européen, (…) il ne l'a pas revigoré non plus », les non français et néerlandais au Traité constitutionnel en attestant à suffisance. La gestion par trop « technocratique » du « big bang » par la Commission européenne et les États membres ayant péché par manque de vision et de communications politiques adéquates.
Dans la deuxième partie, Lukás Macek constate que l'élargissement est une « perspective de plus en plus débattue », d'une part chez les dirigeants des États (il établit une typologie de leurs attitudes à ce propos, celles-ci allant du rejet de principe au soutien pragmatique en passant par la réserve conjoncturelle et par le soutien de principe, celui-ci pouvant être dicté, comme dans le cas du Royaume-Uni, « par le souhait de diluer l'Union ») et, d'autre part, d'opinions publiques divisées entre « euroconvaincus versus eurosceptiques » (les uns étant favorables à l'élargissement, d'autres y étant opposés et certains étant enfin favorables à une pause, des différences d'approche identiques étant enregistrées chez les eurosceptiques…), entre « libéraux versus interventionnistes », entre « partis de gouvernement versus partis anti-système, entre « Europe-puissance versus Europe-espace ». Dans ce contexte embrouillé, il se demande comment concilier l'ambition d'aller plus loin dans l'intégration avec la diversité qui caractérise l'Europe des Vingt-sept, ce qui l'amène notamment à étudier la piste de l'intégration différenciée et des coopérations renforcées. A ses yeux, « l'échappatoire de l'Europe à plusieurs vitesses » s'apparente toutefois plutôt à une « chimère », et c'est à bâtir une Union aux finalités enfin clairement précisées qu'il invite, proposant à cet effet de donner un sens précis à la citoyenneté européenne grâce au « révélateur » que pourrait constituer, sur ce plan, la candidature turque. En clair, l'Union européenne doit cesser d'être « une union politique en devenir qui ne s'assume pas », mais au contraire dire ce qu'elle est et, plus encore, ce qu'elle veut devenir.
Après avoir encore établi un bilan contrasté des élargissements passés sur les plans décisionnel, socioéconomique et politique - ce qui lui permet de soutenir au passage que la politique d'élargissement a constitué « une contre-exemple réussi de politique étrangère puissante et efficace » -, Lukás Macek s'emploie, dans la dernière partie, à tirer quelques leçons pour l'avenir. Il étudie ainsi, entre autres, la faisabilité d'autres modalités d'adhésion à l'Union, qu'il s'agisse d'intégration différenciée ou, en tout cas, de la solution de la « régate » par opposition au scénario du « big bang » qui a eu notamment pour effet d'amener les dirigeants européens à « fermer les yeux devant l'impréparation relative de certains pays ». Mais surtout, à la question de savoir jusqu'où il conviendra d'étendre les frontières de l'Union, il répond notamment que le temps est sans doute venu de ne plus accepter, comme ce fut le cas en 1973 et en 1995, des adhésions qui ont été « davantage des mariages de raison que l'expression d'une passion sincère pour l'idée européenne ». En clair, alors que « l'opportunisme économique » de la candidature islandaise paraît manifeste, il serait bon et sage de prendre au sens fort, cette fois, le passage des critères de Copenhague qui évoque l'obligation de « souscrire aux objectifs de l'union politique, économique et monétaire ». Les dirigeants de l'Union n'ont donc plus le droit, selon l'auteur, de laisser planer « l'ambiguïté quant au sens et à la nature du projet européen », la difficile réponse à apporter à la Turquie ne pouvant se fonder que sur une clarification préalable de l'identité et des ambitions qu'ils assignent à l'Union pour les décennies à venir. Voilà, à l'évidence, un beau sujet de méditation trop longtemps occulté… mais que d'aucuns estimeront sans doute désormais dépassé du fait de la crise actuelle qui rend illusoire le projet de parvenir à une Europe plus intégrée politiquement à Vingt-sept. Ou plus.
Michel Theys
*** JEAN-LUC SAURON: L'Europe est-elle toujours une bonne idée ? Souverainetés nationales, Union européenne, Mondialisation. Gualino éditeur (Lextenso éditions, 33 rue du Mail, 75081 Paris cedex 02. Tél.: (33-1) 56541600 - fax: 56541649 - Internet: http://www.lextenso-editions.fr ). 2012, 95 p., 7,50 €. ISBN 978-2-297-02345-0.
A en croire la quatrième de couverture, ce livre « propose un chemin original et par étapes vers les États-Unis d'Europe ». L'annonce n'est pas mensongère. Haut-fonctionnaire et professeur à l'Université Paris Dauphine, Jean-Luc Sauron se départit, dans ces pages, de la réserve qui prévaut d'ordinaire dans ces deux professions pour laisser parler son cœur d'Européen convaincu. C'est que Jean-Luc Sauron s'inquiète du sort que les États réservent à l'Europe qui, à cause d'eux, dans la tourmente de la mondialisation, « perd le Nord » et « ne fait plus sens » pour les citoyens qui sont les grands oubliés de la crise de la zone euro. Du coup, le projet européen se retrouve aujourd'hui menacé de « se briser sur l'écueil de la renationalisation de l'espace économique » sous les coups de boutoir de la démondialisation et du protectionnisme. Pour éviter le pire, « seule la construction d'une Europe fédérale et ambitieuse, ancrée dans la mondialisation, apportera le cadre nécessaire à l'épanouissement d'une solidarité et d'un patriotisme européen », plaide-t-il après avoir étudié de manière dynamique, sans langue de bois aucune, la position de l'Union vis-à-vis de la mondialisation et la question de la gestion de la diversité des sociétés européennes. Pour parvenir aux « États-Unis d'Europe », il suggère d'abord que les dirigeants des États membres, les seuls désormais à être à la barre, cessent de conduire l'Europe « comme une copropriété d'immeuble », sans que l'avenir à long terme de celle-ci soit pris en compte. L'auteur est toutefois suffisamment réaliste pour ne pas croire à un « grand soir fédéral », raison pour laquelle il préconise de se battre d'abord pour qu'un « budget conséquent » soit donné à l'Union. Ensuite, et de manière plus radicale, Jean-Luc Sauron invite Paris et Berlin à donner le jour à une « fédération franco-allemande » qui serait le « socle d'une fédération rhénane » comprenant les pays du Benelux et s'insérerait en tant que telle dans l'Union. Cette fédération serait bien entendu ouverte et constituerait « le socle expérimental des États-Unis d'Europe » qui, comme le permet l'article 50 du Traité, se retireraient de l'Union une fois atteinte une masse critique en nombre d'États fédérés, « par exemple forte majorité ou 2/3 des vingt-sept États » membres actuels. C'est une preuve supplémentaire que beaucoup d'Européens ne sont plus prêts à s'accommoder du rythme imposé depuis trop longtemps par les pays les plus lents et les moins ambitieux !
(MT)
*** CHRISTIAN FRANCK, MAITE VAN DEURSEN: La présidence belge du Conseil de l'Union européenne (juillet-décembre 2010). Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp, 1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 2116-2117. 2011, 63 p., 12,40 €.
La douzième présidence belge du Conseil de l'Union européenne exercée pendant le deuxième semestre de 2010 méritait-elle que de distingués politologues lui consacrent un Courrier hebdomadaire ? A l'évidence oui, même si les auteurs reconnaissent - et montrent - que cette présidence a récolté fort peu de résultats significatifs. Toutefois, alors que cette présidence a été exercée par un gouvernement en affaires courantes, le Pr. Christian Franck et sa complice montrent que le déficit de crédibilité lié au statut de ministres démissionnaires ne s'est guère révélé dommageable. Mais si cette présidence belge mérite l'attention, c'est surtout parce qu'elle a balisé l'exercice de la présidence tournante dans le contexte institutionnel légué par le Traité de Lisbonne. En clair, Yves Leterme et ses ministres ont veillé à ce que les « quatre roues » de l'attelage décisionnel européen - en clair, les présidents du Conseil européen et de la Commission, ainsi que la Haute Représentante et le Parlement européen - « allaient à la même vitesse et dans la même direction », sans que la présidence belge joue à « la cinquième roue du char », selon la formule imagée du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Steven Vanackere. Ce « discours de la méthode » et les bonnes pratiques développées pendant ce semestre dessinent les « contours d'une nouvelle orthodoxie institutionnelle », les auteurs osant cette conclusion un tantinet chauvine mais pas déplacée pour autant: « les présidences suivantes n'emploieront pas toutes la rhétorique de la modestie cultivée par Y. Leterme et S. Vanackere, mais aucune n'aura la latitude de s'écarter de beaucoup du mode d'emploi proposé par la XIIe présidence belge ».
(MT)
*** CHARALAMBOS PETINOS: Union européenne 2012. La présidence chypriote et la question turque. L'Harmattan (5-7 rue de l'École Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2011, 149 p., 15,50 €. ISBN 978-2-296-56369-8.
En prévision de la première présidence chypriote du Conseil de l'Union qui débutera le 1er juillet prochain, un historien chypriote consacre ce livre à envisager surtout ce semestre à la lumière des tensions que connaissent Chypre et l'Union européenne avec la Turquie. Il explique que le gouvernement chypriote ne fera rien contre ce pays, mais commente notamment le fait que le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a laissé planer la menace d'une suspension des relations entre Ankara et l'Union le temps de la présidence chypriote du Conseil de l'Union. L'occupation de la partie nord de l'île, la suspension partielle des négociations d'adhésion et les tensions liées à la volonté de Chypre - et d'Israël - d'exploiter des gisements présumés de gaz naturel sont également commentés, de manière plutôt partisane.
(PBo)
*** JURAJ HOCMAN: Slovakia from the Downfall of Communism to its Accession into the European Union, 1989-2004. The Re-Emergence of Political Parties and Democratic Institutions. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Publications Universitaires Européennes / European University Studies / Europäische Hochschulschriften », n° 600. 2011, 305 p., 46,50 €. ISBN 978-3-631-61153-1.
Cet ouvrage prolonge une thèse doctorale en histoire soutenue à l'Université d'Ottawa, au terme d'un parcours universitaire jalonné aussi de diplômes en droit international et en relations internationales récoltés en Slovaquie. Juraj Hocman y analyse les changements sociétaux et politiques intervenus en Slovaquie depuis la chute du communisme en novembre 1989 jusqu'à l'adhésion de son pays à l'Union européenne en mai 2004. Au cours des années 90, ce pays était considéré par beaucoup d'observateurs comme étant sans aucune histoire, conscience et visibilité nationales. En remontant au temps de l'empire austro-hongrois et en revisitant minutieusement l'histoire de la Tchécoslovaquie pré-communiste, communiste et post-communiste, il s'emploie à rectifier cette légende. Sa thèse est que la cohésion de la société slovaque a permis à ce pays de surmonter l'épreuve de la séparation avec les Tchèques et de relever le défi de l'adhésion à l'Union, le fait qu'il eut été le premier pays du Groupe de Višegrad à pouvoir participer à la monnaie unique étant, dans cette success story, la cerise sur le gâteau. L'auteur s'attarde évidemment beaucoup sur la manière dont les partis politiques et les institutions ont géré la transition, ce qui n'est pas sans intérêt alors que l'ancien communiste devenu social-démocrate Robert Fico vient d'être chargé de la formation du nouveau gouvernement après la victoire de son parti aux législatives du 10 mars dernier.
(Pbo)
*** CHRISTOPHE GILTAY: La France choisit son Roi. Petit précis des dérives monarchiques sous la Ve République. Renaissance du Livre (1 av. du Château Jaco, B-1410 Waterloo. Tél.: (32-2) 2108914 - fax: 2108915 - Internet: http://www.renaissancedulivre.be ). 2012, 206 p.. ISBN 978-2-50705-025-2.
Qui fut le premier président de la République française élu au suffrage universel ? A cette question, vous répondrez sans doute: « Charles de Gaulle ». A tort ! Louis Napoléon Bonaparte fut élu président de la IIe République en décembre 1848 pour quatre ans. Comme il n'était pas rééligible immédiatement, le neveu de l'empereur fomenta le coup d'État du 2 décembre 1851 qui devait rétablir l'empire. Telle est l'une des très nombreuses perles qui parsèment le bel ouvrage que le journaliste Christophe Giltay consacre à l'institution présidentielle française, celle-ci étant devenue grâce à de Gaulle, sous la Vème République le point d'équilibre « parfait entre le besoin très gaulois d'un chef et les aspirations révolutionnaires de ses compatriotes ». Aussi doué à l'écrit qu'il ne l'est face à une caméra ou devant un micro, Christophe Giltay y montre avec brio les différents aspects et racines d'une véritable « dérive monarchique », celle qui explique, avance son collègue et mentor Philippe Alexandre dans sa préface, que « les journalistes anglais ou belges qui assistent aux sommets européens sont toujours stupéfaits et un peu mortifiés devant l'entrée en scène du monarque français écrasant le tiers état ministériel européen ». A savourer de toute urgence avant que la neuvième élection présidentielle ne livre son verdict, débouchant soit, pour compléter momentanément la galerie de portraits, sur « Nicolas le Bref » ou « Nicolas le Vernis »…
(MT)