Bruxelles, 26/03/2012 (Agence Europe) - Alors que les difficultés budgétaires espagnoles pourraient compromettre le regain d'optimisme observé depuis début 2012 sur les marchés de la dette souveraine, la Commission européenne n'en accélère pas pour autant sa procédure de surveillance qui continue à s'inscrire dans le cadre du 'Semestre européen'. « Nous nous en tenons au calendrier du 'Semestre européen' », a confirmé lundi 26 mars le porte-parole du commissaire chargé de l'euro Olli Rehn.
La Commission souhaite tout d'abord prendre connaissance du projet de budget espagnol pour 2012 qui ancrera la politique d'austérité du gouvernement conservateur de M. Rajoy afin de ramener cette année le déficit budgétaire de 8,5% à 5,3% du PIB national. Ce sera chose bientôt faite après la tenue, le week-end dernier, des élections en Andalousie qui ont maintenu la gauche au pouvoir à une courte majorité. Début avril, Madrid transmettra simultanément à la Commission son programme de stabilité révisé et son programme de réformes structurelles. Eurostat, l'Office statistique de l'UE, clarifiera fin avril les chiffres budgétaires pour tous les pays sous le coup d'une procédure pour déficit excessif et, une fois en possession de toutes ces données, la Commission présentera ses prévisions économiques de printemps en mai. Entre-temps, des experts européens seront à Madrid dans le cadre d'une mission d'analyse des déséquilibres macroéconomiques visant l'Espagne, ainsi que onze autres pays (EUROPE n° 10553).
Ce week-end, M. Rehn a attribué le regain de tension sur les taux d'intérêt des titres espagnols à la remise en cause des engagements budgétaires espagnols. « Parce qu'il y a eu une perception selon laquelle l'Espagne était en train d'alléger ses objectifs budgétaires pour cette année, il y a déjà une réaction des marchés de plusieurs douzaines de points de base sur les rendements fixés pour les titres espagnols », a-t-il déclaré, en soulignant la fragilité de la situation actuelle. Chose rare, le Premier ministre italien Mario Monti a pointé un certain laxisme budgétaire en Espagne. « L'Espagne a certainement entrepris une profonde réforme du marché du travail mais n'a pas accordé autant d'attention aux finances publiques », a-t-il estimé, selon le Financial Times. Selon lui, « une telle situation crée chez nous une grande inquiétude parce que les rendements augmentent et il n'en faudrait pas beaucoup pour créer à nouveau des tendances qui pourraient déteindre chez nous par contagion ».
Lors du Conseil européen de printemps, M. Rajoy avait créé la surprise en annonçant sa décision unilatérale de remplacer l'objectif 2012 de réduction déficit public (de 8,5% à 4,4% du PIB) du précédent gouvernement socialiste, jugé trop optimiste compte tenu de la conjoncture actuelle, par un objectif plus facile à atteindre, soit 5,8% du PIB (EUROPE n°10566). Dans la foulée, l'Eurogroupe avait autorisé une certaine flexibilité dans la réduction du déficit espagnol, avec un objectif désormais fixé à 5,3%, pourvu que Madrid respecte son engagement de revenir sous la barre des 3% en 2013 (EUROPE n°10573). (MB)