Bruxelles, 15/03/2012 (Agence Europe) - Les eurodéputés ont été nombreux à dénoncer, jeudi 15 mars en plénière à Strasbourg, les restrictions aux échanges mises en place par dix pays tiers contre la viande bovine de l'UE, en réaction à la déclaration en Europe du virus de Schmallenberg. Les parlementaires ont demandé à la Commission européenne d'agir pour éviter ces embargos, notamment russe, et d'accélérer les procédures pour trouver un remède à cette maladie. La Commission s'est montrée rassurante, en estimant que le risque pour la santé humaine est considéré comme faible. Le ministère britannique de l'Agriculture a récemment recommandé aux agriculteurs et aux vétérinaires de se conformer aux normes de sécurité et d'hygiène les plus strictes possibles lorsqu'ils entrent en contact avec le bétail et a également conseillé aux femmes enceintes d'éviter de trop s'approcher des animaux. Ce dossier sera évoqué mardi 20 mars à Bruxelles par les ministres européens de l'Agriculture.
Le virus de Schmallenberg est à l'origine de toute une série de malformations et d'une forte mortinatalité chez les ovins, les caprins et les bovins, et est en train de se propager dans l'UE: plus de 1200 exploitations sont touchées dans huit pays, dont Allemagne, Pays-Bas, Belgique, France, Royaume-Uni, Espagne.
« L'ampleur de cette maladie ne sera connue que dans quelques semaines, au moment des mises bas pour les bovins et les ovins », a dit Patrick Le Hyaric, auteur de la question orale. Il a demandé à la Commission ce qu'elle faisait pour « empêcher l'embargo sur nos viandes bovines » et dégager des moyens pour accélérer le dépistage de cette maladie et pour tenter de l'éradiquer. Il s'est prononcé en faveur de la mise en place d'une caisse européenne d'indemnisation des éleveurs touchés par cette maladie, et a souligné que celle-ci était peut-être la conséquence de la concentration toujours plus poussée des systèmes agricoles.
James Nicholson (ECR, britannique) estime que les animaux ont été contaminés à l'automne dernier. « Il nous faut une réaction proportionnée » car la situation est grave, a-t-il dit. Fort heureusement, ce virus n'est apparemment pas dangereux pour la santé humaine, a-t-il rappelé. Il a fustigé les réactions « protectionnistes » des pays tiers qui ont pris des mesures d'interdiction des animaux et des produits carnés originaires de l'UE. Il a rappelé que la transmission du virus est due à des moucherons. Il a conseillé une approche coordonnée des États membres (partager les données) et de rassurer les consommateurs et les partenaires commerciaux. Il faut, selon lui, essayer de développer un vaccin.
Albert Deß (PPE, allemand) a dit que la seule protection serait une vaccination. Il a invité la Commission à faire « tout ce qui est possible pour promouvoir le développement d'un vaccin ». La Commission doit selon lui promouvoir la collecte des données et s'assurer que les mesures commerciales russes soient levées.
Britta Reimers (ADLE, allemande) a souligné les « énormes pertes » encourues par les éleveurs. « Quand la Commission va-t-elle enfin adopter une stratégie standard pour les nouvelles maladies ? ». Ceci permettrait d'après Mme Reimers de savoir quand des mesures de lutte contre ces maladies et des mesures en faveur des agriculteurs doivent être adoptées. « Nous manquons de temps », a-t-elle souligné.
Au nom de la Commission européenne, Connie Hedegaard, a assuré à Mme Reimers que « nous avons déjà de bons mécanismes pour faire en sorte que l'on réagisse de façon appropriée aux maladies émergentes ». Ces mécanismes permettent de détecter les virus et de préparer des actions coordonnées. Comme l'a montré la réaction au virus H1N1, « le niveau de préparation de l'UE est satisfaisant ». La Commission prendra des mesures pour affiner notre capacité de réaction, a dit la commissaire. « La mesure de contrôle la plus efficace reste la surveillance ». L'exportation d'animaux malades n'est pas autorisée dans l'UE, toute mesure vétérinaire que nous prendrions devra être proportionnelle et prendre en compte les informations disponibles. Lesquelles indiquent que l'impact de ce virus sur la santé animale et la production est limité. En outre, « il n'y a aucun élément de preuve indiquant que la maladie peut être transmise à l'être humain ». La Commission a demandé à l'EFSA de collecter des donnés auprès des États membres pour évaluer l'impact de ce virus sur la santé animale et la production de viande. La Commission va financer des études scientifiques pour améliorer les connaissances sur ce virus et ainsi avoir à l'avenir « une bonne réaction vétérinaire ». Comme pour toute autre maladie virale, il n'existe pas de traitement spécifique pour guérir les animaux. On ne peut pas prévoir quand un vaccin efficace sera disponible, a dit Mme Hedegaard. S'agissant des risques pour la santé publique, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a déclaré en décembre que la transmission de ce virus à l'homme est « peu probable ». La Commission demande toutefois à ce centre de mener une étude de risque. Sur les embargos, les mesures de restriction vis-à-vis des exportations de ruminants ou de produits à base de viande bovine de « nous semblent disproportionnées sur la base des éléments scientifiques disponibles », a martelé la commissaire. La Commission est donc en contact avec ces pays tiers pour empêcher ces barrières commerciales, ou tenter d'en atténuer les effets, a conclu Connie Hedegaard. (LC)