Bruxelles, 17/02/2012 (Agence Europe) - L'Union européenne et la Norvège ont dénoncé jeudi 16 février dans la soirée le blocage, par l'Islande et les îles Féroé, des négociations sur la répartition, pour la campagne 2012, des quotas de pêche au maquereau. Le cinquième cycle de négociations entre d'une part l'UE et la Norvège et d'autre part l'Islande et les îles Féroé, qui s'est tenu à Reykjavik du 14 au 16 février, a, une fois de plus, tourné court malgré les menaces de sanctions de l'UE. Le 14 février dernier, la Commission européenne a présenté une proposition de règlement concernant certaines mesures relatives aux pays autorisant une pêche non durable aux fins de la conservation des stocks halieutiques, qui doit encore être examinée par le Conseil et le Parlement. Elle propose de sanctionner le pays tiers coupable de surpêche, en limitant les importations des produits de la pêche capturés par des navires de ce pays, ou en appliquant des restrictions à l'utilisation des ports de l'Union par les navires battant pavillon du pays incriminé.
Par ailleurs, Maria Damanaki, la commissaire européenne à la Pêche, aurait proposé au commissaire à l'Élargissement Stephan Füle de prévoir des critères de bases (benchmark) à respecter par l'Islande avant d'ouvrir le chapitre sur la pêche, dans les négociations sur l'adhésion de l'Islande à l'UE.
C'est la troisième année consécutive que les pays côtiers de la mer du Nord échouent à se mettre d'accord sur la gestion des stocks de maquereau, à cause de l'appétit démesuré de l'Islande et surtout, d'après les Écossais, des îles Féroé. Que va-t-il se passer désormais: les Écossais expliquent que l'UE et la Norvège vont sceller un accord bilatéral sur les quotas de maquereaux, tandis que les îles Féroé et l'Islande vont établir de manière unilatérale leur volume de captures.
Cet échec suscite déception et inquiétudes concernant la durabilité du stock de maquereaux, ont affirmé dans un communiqué conjoint la commissaire européenne à la Pêche, Maria Damanaki, et la ministre norvégienne de la Pêche, Lisbeth Berg-Hansen. Tandis qu'elle pêchait très peu de maquereaux en 2006 (environ 2 000 tonnes), l'Islande a brusquement relevé son quota à 130 000 tonnes en 2010, puis à près de 157 000 tonnes en 2011, dans le sillage de la crise qui a ruiné son important système bancaire et qui a remis en lumière le rôle essentiel de la pêche. De leur côté, les îles Féroé ont multiplié par six leur quota de pêche au maquereau depuis 2010 pour passer à 150 000 tonnes en 2011. « Si l'UE et la Norvège avaient suivi la même logique que celle de l'Islande et des îles Féroé pour justifier l'attribution des quotas, alors la pression de la pêche sur le stock aurait été totalement hors de contrôle », estiment Maria Damanaki et la ministre norvégienne de la Pêche.
L'UE et la Norvège ont géré le stock de maquereau de manière durable, et cette durabilité est mise en péril par les actions unilatérales de l'Islande et des îles Féroé, ont-elles ajouté. En outre, l'UE et la Norvège estiment que l'Islande et les îles Féroé violent leurs engagements internationaux de coopérer avec les autres parties.
Selon l'UE et la Norvège, l'Islande et les îles Féroé refusent de s'engager véritablement dans des négociations, et n'ont pas fait de propositions pour débloquer la situation. Entre l'automne 2011 et début 2012, l'UE et la Norvège ont au contraire soumis trois séries de propositions. Lesquelles offraient pourtant à l'Islande et aux îles Féroé une forte hausse de leur part du total admissible de capture (TAC). L'UE et la Norvège avaient accepté aussi que les navires d'Islande et des îles Féroé puissent pêcher une part significative des quotas européens et norvégiens dans les eaux de l'UE et de la Norvège (et la valeur des maquereaux capturés dans les eaux de l'UE et de la Norvège est bien plus élevée que celle des maquereaux prélevés dans les eaux islandaise et des îles Féroé). L'UE et la Norvège admettent que le changement dans le modèle de migration du maquereau ces dernières années, en raison de l'expansion du stock, justifie un accord sur une modification de la répartition des quotas de pêche. Mais pas dans la proportion décidée par l'Islande et les îles Féroé…
Il est reproché aussi à l'Islande et aux îles Féroé de faire comme si elles négligeaient la dépendance des communautés côtières de l'UE et de la Norvège à l'égard de ce stock « La pêche au maquereau a été une source importante de revenus durant des décennies dans nos communautés côtières, pour des milliers de pêcheurs qui opèrent à la fois dans des activités artisanales et de grande échelle. L'Islande est un nouveau venu dans la pêche au maquereau », souligne le communiqué UE/Norvège.
Pour le secrétaire d'État écossais à la Pêche, une troisième année consécutive sans accord est une stratégie dangereuse qui met en péril l'avenir d'une pêche qui a une grande valeur.
M. Lochhead a déclaré: « C'est profondément décevant et frustrant de se retrouver encore cette année sans accord sur le maquereau. L'absence de progrès cette semaine est très préoccupante, et ce sont surtout les îles Féroé qui ont fait montre d'un réel manque de volonté de parvenir à un accord. Nous nous attendons maintenant à ce que les îles Féroé et l'Islande continuent de s'arroger des quotas exagérément gonflés en privilégiant des gains à court terme égoïstes ». Et d'ajouter: « Nous reconnaissons que les stocks de maquereau sont actuellement présents dans les eaux plus à l'ouest, et l'Islande a le droit d'avoir une part. Cependant, il est inacceptable de poursuivre cette pratique opportuniste de quotas massifs. Les îles Féroé n'ont même pas les capacités pour capturer autant de maquereaux, et dès lors des navires étrangers sont invités dans leurs eaux à piller le stock en leur nom ». Selon les Écossais, si la surpêche continue, il y a le risque de voir le stock de maquereaux tomber en dessous de la limite de sécurité d'ici à 2014. M. Lochhead demande que l'UE accélère l'adoption de la proposition permettant de sanctionner les pays qui s'adonnent à la surpêche en dehors de tout accord international. En 2010, le maquereau était l'espèce capturée ayant la plus grande valeur en Écosse, avec une valeur de 113 millions de livres sterling pour l'économie écossaise. (LC)