Bruxelles, 01/02/2012 (Agence Europe) - Sans surprise, la Commission européenne a interdit, mercredi
1er février, la concentration annoncée en juin 2011 entre Deutsche Börse et NYSE Euronext, en raison du quasi-monopole que cette fusion aurait entraîné au niveau mondial pour ce qui est du traitement des transactions en bourse sur les produits financiers dérivés européens. Elle n'a pas jugé suffisants les engagements offerts par les deux parties pour obtenir l'autorisation. L'ensemble du Collège s'est rallié à cette décision sans qu'un vote n'ait été nécessaire, a indiqué le vice-président Almunia (Concurrence), laissant entendre que les commissaires qui étaient favorables à cette fusion s'étaient finalement rangés à la position de la DG Concurrence.
Eurex, plate-forme de Deutsche Börse, et Liffe, exploitée par NYSE Euronext, sont les deux plus grandes bourses au monde pour les transactions sur produits financiers dérivés adossés à des sous-jacents européens (taux d'intérêt européen, dérivés sur actions individuelles et sur indices boursiers). Elles sont en concurrence directe et chacune est pour l'autre le principal concurrent. Elles exploitent des silos verticaux fermés reliant leur bourse à leur propre chambre de compensation. Leur fusion aurait abouti à un silo vertical unique, réalisant la négociation et la compensation de plus de 90 % des transactions mondiales de produits dérivés européens négociés en bourse. Il aurait dès lors été difficile pour tout nouveau concurrent d'entrer ou de se développer sur ce marché spécifique, car les clients auraient hésité à négocier des instruments dérivés de ce type sur une autre place boursière en raison des avantages liés à la compensation de contrats similaires dans une chambre de compensation unique. La concentration aurait donc fait disparaître une réelle pression concurrentielle sur les prix au détriment des clients et aurait pénalisé l'innovation dans un secteur où l'existence d'un marché concurrentiel est essentielle pour les entreprises, a estimé la Commission.
À son exigence, pour autoriser la fusion, de la cession d'une des deux filiales (Eurex ou Liffe) les parties ont répondu par des engagements plus limités, soit: - la vente des produits dérivés européens sur actions individuelles du Liffe, qui auraient été en concurrence avec ceux d'Eurex. La Commission a jugé ces actifs trop limités et pas suffisamment diversifiés pour être viables par eux-mêmes ; - l'ouverture à certaines catégories de « nouveaux contrats » de la chambre de compensation de l'entité issue de la concentration en ce qui concerne les produits européens dérivés de taux d'intérêt (plus importants sur le plan commercial). Ces mesures ont été considérées comme insuffisantes, en particulier parce qu'elles ne s'étendaient pas aux produits concurrents existants.
On sait qu'un certain nombre de commissaires, dont Michel Barnier (Marché intérieur), envisageait favorablement cette fusion, y voyant la création d'un « champion européen » capable de rivaliser avec les grands concurrents mondiaux. Au niveau mondial, en effet, la nouvelle entité aurait brassé des revenus quatre fois supérieurs à ceux du London Stock Exchange, même si sa part de marché sur le marché des dérivés n'aurait été que de 16% par rapport à 19% pour le concurrent direct américain CME. D'autre part, la concentration Deutsche Börse/NYSE Euronext aurait permis de constituer dans la zone euro une place financière capable de contrebalancer la toute puissance de la City de Londres, à un moment où l'institution d'une taxe sur les transactions financières risque de déplacer certaines activités vers cette dernière ou d'autres places, faute d'attrait suffisant pour les places européennes plus petites. (FG)