Bruxelles, 01/02/2012 (Agence Europe) - Le Comité économique et social européen (CESE) défend avec force le projet d'une communauté de l'énergie cher à l'ex-président de la Commission Jacques Delors. En sus d'un avis du 18 janvier (EUROPE n° 10536), l'organe consultatif de l'UE représentant la société civile a porté le projet devant les décideurs politiques et les parties prenantes européens, lors d'une conférence organisée avec le groupe de réflexion Notre Europe, le 31 janvier à Bruxelles.
« Nous sommes consternés par la lenteur des progrès sur le développement du marché intérieur du gaz et l'électricité. Le temps est venu de mettre en avant une proposition audacieuse pour le marché unique de l'énergie et la création d'une communauté européenne de l'énergie », a martelé le président du CESE, Staffan Nilsson, en ouverture des travaux de la conférence mardi. Le CESE plaide pour une approche commune pour la production, le transport et la consommation d'énergie. « C'est une question de nécessité. Faire cavalier seul n'est plus une option, car cela pousse les prix de l'énergie à la hausse, cela met en péril notre sécurité d'approvisionnement et cela n'aide en rien pour nous rapprocher de la société à faible teneur en carbone vers laquelle nous voulons converger », a renchéri Stéphane Buffetaut, président de la section du Comité dédiée aux transports et à l'énergie. « L'UE, les États membres et toutes les parties prenantes décevraient les citoyens s'ils ne répondaient pas à ces défis dans un esprit de solidarité et de responsabilité », a ajouté la vice-présidente du CESE, Ana-Maria Darmanin, précisant que l'idéal pour y parvenir serait la création d'une Communauté européenne de l'énergie. Une idée partagée par le nouveau président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz, en ce qu'une telle communauté aplanirait la voie de l'UE dans sa transition vers une économie sobre en carbone, en aidant à créer de nouveaux emplois et plus de croissance.
Dans les années à venir, l'accent sera davantage mis sur les projets d'infrastructures communs et les interconnexions, a promis de son côté le commissaire à l'Énergie Günther Oettinger. Une initiative qui aidera à relier à l'Europe les îlots énergétiques jusqu'à présent isolés, a ajouté Jerzy Buzek, qui a largement défendu, alors qu'il était président du Parlement, le projet de M. Delors d'une communauté de l'énergie. M. Oettinger a toutefois affiché une certaine prudence sur ce projet, soulignant que certaines propositions du CESE pourraient ne pas être réalisables sous le traité actuel. « Bien que le Traité de Lisbonne ait étendu les pouvoirs de l'UE dans le domaine de l'énergie, certaines des décisions clés, telle que le choix du bouquet énergétique, restent du ressort des États membres », a fait valoir le commissaire.
Dans son avis du 18 janvier, le CESE a apporté son soutien à l'idée de Jacques Delors de créer un pool européen d'achat du gaz, pour renforcer le pouvoir de négociation des États membres et des entreprises. L'ex-président de la Commission suggère de mettre en place une structure commune d'approvisionnement en gaz et autres combustibles qui assurerait la cohérence dans les négociations et contribuerait à réduire les prix. Pour Martin Schulz, l'intégration au sein de l'UE devrait contribuer à sécuriser son approvisionnement énergétique externe. Pour Jerzy Buzek, des achats en commun permettraient de réduire les tensions entre États membres.
Dans une déclaration écrite adressée à la conférence, intitulée « la politique énergétique a besoin de plus d'Europe », Jacques Delors rappelle l'importance d'une Communauté européenne de l'énergie pour à la fois « mettre en place un espace de régulation énergétique cohérent et intégré à l'échelle européenne, et relever les défis énergétique, environnemental, technologique, géopolitique, et de sécurité » par le biais d'une « approche visant un niveau plus avancé de compétition, de coopération et de solidarité ». « L'intégration des marchés, la coordination des politiques de recherche, la direction des décisions d'investissement, la création des mécanismes de solidarité et la nécessité de parler à l'unisson sur la scène internationale impliquent une approche puissante et supranationale. Si une telle politique énergétique commune ne se fera pas d'un seul coup, l'Europe ne peut néanmoins s'offrir le luxe d'attendre », insiste-t-il, soulignant la nécessité de « poser dès à présent de solides jalons en ce sens, qui vont d'une intégration plus poussée des marchés nationaux de l'énergie jusqu'à une planification commune des réseaux axant la politique énergétique sur les consommateurs, et une 'européanisation' progressive du bouquet énergétique notamment afin d'accroître la part des énergies renouvelables dans celui de chaque pays ». M. Delors met aussi en avant le potentiel de stimulation d'une Communauté européenne de l'énergie pour la légitimité du processus d'intégration aux yeux du public. « Son développement progressif est susceptible de remobiliser les Européens autour d'un projet qui, à leurs yeux, présente une valeur ajoutée tout à fait claire et, surtout, qui répondra à leurs attentes et inquiétudes », insiste-t-il, appelant, de concert avec le CESE, à créer un forum de la société civile européenne sur l'énergie.
« En matière d'énergie, l'action purement nationale n'a plus de pertinence et c'est au niveau européen que nous pourrons le mieux réussir à façonner un système énergétique qui soit durable et tourné vers l'avenir », conclut M. Delors. (EH)