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Bulletin Quotidien Europe N° 10544
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) conseil europÉen

Les mesures pour la croissance raillées

Bruxelles, 01/02/2012 (Agence Europe) - Les eurodéputés sont remontés contre la gestion de la crise de la dette souveraine. Les critiques pleuvent contre les résultats du dernier sommet européen qui a tenté de mettre l'accent sur la croissance et l'emploi alors que la décision principale a concerné l'adoption par vingt-cinq États membres du traité intergouvernemental renforçant la discipline budgétaire (EUROPE n°10542).

Les décisions visant à stimuler la croissance laissent Joseph Daul (PPE, français) sur « (sa) faim ». Selon lui, stimuler la croissance ne pourra pas se faire de façon « artificielle » à travers « une relance par la dépense », mais au contraire en rendant l'économie européenne plus compétitive. Cela peut se faire en achevant le marché intérieur pour lequel les textes sont adoptés mais ne sont pas appliqués. « Chaque Européen doit savoir quel pays ne joue pas le jeu du marché intérieur », a estimé le président du groupe PPE, qui voit d'un bon œil l'optimisation des fonds européens dont le reliquat doit mieux aider les politiques d'insertion sur le marché du travail. Pour le chef de file des sociaux-démocrates, l'Autrichien Hannes Swoboda, les décisions sur la croissance ne sont d'aucune utilité pour le Portugal. Que l'argent alimente de nouveau l'économie réelle grâce à « la taxation sur les transactions financières » !, a-t-il lancé. Certes, les leaders européens commencent à s'occuper du chômage des jeunes. Mais pourquoi sanctionne-t-on les États dont les déficits publics enfreignent les règles, alors qu'on se contente de déclarations pour non respect d'objectifs en matière d'emploi, s'est-il interrogé. Encore un sommet qui aboutit à « de jolies paroles » et des « vœux pieux » alors que c'est d'actions dont l'Europe a besoin, a critiqué le président du groupe libéral, le Belge Guy Verhofstadt. Il a cité trois actions immédiates à prendre en faveur de la croissance: - localiser temporairement à Bruxelles le siège de la division centrale de la future juridiction chargée de régler les litiges portant sur le brevet communautaire ; - donner vie aux 'project bonds' qui aideront à financer de grands projets d'infrastructures ; - changer les règles de cofinancement des fonds structurels. Au nom du groupe CRE, le conservateur britannique Martin Callanan a souhaité la suppression de la DG Emploi de la Commission européenne. Toute cette législation sur l'emploi doit disparaître si on veut créer des emplois, car nous, eurocrates, sommes bien incapables de la faire, a-t-il considéré. Lothar Bisky (GUE/NGL, allemand) a plaidé pour un pacte européen pour la croissance durable comprenant des investissements publics en faveur de l'éducation, de la formation et des infrastructures durables.

Pacte budgétaire. Lorsque le pacte budgétaire est abordé, le clivage gauche-droite réapparaît aussitôt. Favorable à une réduction des déficits nationaux « qui cachent souvent des déficits régionaux »,
M. Daul a espéré que le traité soit signé, ratifié et intégré dans les traités européen « au plus vite ». Les États membres - le Royaume-Uni et la République tchèque - qui préfèrent jouer solo, « finiront par regretter eux-mêmes » cette décision. Oui à la discipline budgétaire, a dit M. Verhofstadt, mais comment sortir l'Italie de l'ornière alors que le taux d'intérêt sur sa dette à long terme avoisine les 6% ? Stop aux demi-mesures, l'Eurozone doit faire un saut structurel, en mutualisant par exemple une partie des dettes nationales.

M. Swoboda a dénoncé l'attitude de l'Allemagne qui aurait plaidé au niveau technique d'une quasi- mise sous tutelle de la Grèce qui échoue dans le respect de ses objectifs budgétaires et macro-économiques. Selon lui, Mme Merkel doit comprendre que le pays leader dans l'UE doit tout faire pour rassembler et pas diviser. Quant au pacte budgétaire, il ne sera pas appliqué car le futur président français, François Hollande, a annoncé son intention de le renégocier, a-t-il prédit. Au nom du groupe Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms a fait part de sa « honte ». La Grèce a besoin d'un véritable « programme anti-récession » pour que les entreprises investissent dans le pays et redonner courage aux citoyens grecs, a-t-elle estimé. Au lieu de cela, on veut lui flanquer un super-commissaire européen pilotant son budget et on accentue la consolidation budgétaire qui a pour effet de renforcer la crise dans les pays fragilisés. Or, selon Mme Harms, à entendre ce qui se passe au Portugal, « le risque de contagion est bien là ». Dénonçant la spéculation financière qui mine le champ d'action étatique, M. Bisky a dénoncé « l'approche unilatérale » en matière d'austérité que même le FMI critique. Et de pointer le doigt sur le caractère « anti-démocratique » du pacte budgétaire qui interdit aux populations de se prononcer.

Les eurosceptiques ne sont pas en reste. M. Callanan n'est pas fondamentalement opposé à la discipline budgétaire. Mais « tant qu'il sera impossible de sortir de l'euro, la fin du tunnel sera bouchée » pour les pays en difficulté, a-t-il considéré. Nigel Farage (EFD, britannique) a tancé un pacte budgétaire qui « humilie les États membres qui ne sont pas à hauteur de la vision germanique de l'économie ». Les jeunes souffrent car ils sont dans la zone euro pendant que vous déblatérez sur la croissance, a-t-il lancé à M. Van Rompuy. Et d'interpeler M. Durão Barroso: chacun sait que le prochain sur la liste c'est le Portugal. Quant à Andrew Henry William Brons (NI, britannique), il est convaincu que les règles budgétaires européennes seront utilisées à terme pour, ni plus ni moins, réduire la population à l'état d'esclavage. (MB)

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