Pour et contre la « Déclaration ». Les résultats du Conseil européen informel du 30 janvier influencent déjà certains comportements dans le monde politique et celui de la finance. L'adoption du Pacte budgétaire par une majorité écrasante d'États membres (25 sur 27) n'a pas reçu partout un accueil enthousiaste ; les critiques ont été nombreuses, notamment au sein du Parlement européen (mais globalement minoritaires). On peut en dire autant à propos de l'autre document d'envergure approuvé par le Sommet: la Déclaration sur la croissance et l'emploi. Notre bulletin d'hier a amplement repris les réactions des groupes politiques du PE à ce deuxième texte, réactions qui sont en bonne partie sévères et dans quelques cas nettement négatives. C'est évidemment notre devoir de journalistes de rendre compte de toutes les positions. Mais le lecteur ne doit pas oublier que tout parlement délibère à la majorité et dans le PE le groupe majoritaire est celui du PPE. Il est difficile de comprendre les orientations de l'UE si on néglige la réalité politique déterminée par les peuples. Je m'explique.
Le poids du PPE. L'Europe démocratique qui se bat pour le respect des résultats des élections dans tous les continents ne peut pas les ignorer chez elle. D'après les calculs de mon collègue Maroun Labaki, la « grande famille politique de centre droit, le PPE » a la majorité au sein du Parlement européen ; en font partie 17 membres du Conseil européen (chefs d'État ou de gouvernement) sur 27 ; les présidents du Conseil européen (M. Van Rompuy) et de la Commission (M. Barroso) sont PPE, ainsi que 13 commissaires européens sur 27.
Grands objectifs partagés. Il faut souligner que pour l'essentiel les institutions européennes vont actuellement dans la même direction ou ont des orientations analogues. La relance économique est la priorité et dans ce cadre l'emploi des jeunes est pour tous le premier objectif. Il est normal et même positif que plusieurs forces politiques considèrent les efforts actuels comme insuffisants et qu'elles contestent certains points, et il est logique que les syndicats protestent. Mais notre bulletin a aussi fait état, quelques pages plus loin, des initiatives opérationnelles qui permettront de consacrer immédiatement plusieurs milliards d'euros à des programmes visant la création d'emplois pour les jeunes, projets à concrétiser en particulier par les petites et moyennes entreprises (PME). Je rappelle la remarque de M. Barroso: « Les PME dans l'UE sont 23 millions, si chacune engage un chômeur, tous les jeunes, et au-delà, auront un emploi » ; ces initiatives reprennent d'ailleurs les incitations et orientations du président du Parlement européen, Martin Schulz, et de Danita Hübner, présidente de la commission parlementaire chargée du développement régional.
Évolutions. Il est significatif de constater quelques évolutions, hors ou en marge des institutions de l'UE:
a) Plusieurs banques ou organisations bancaires ont orienté leur publicité dans le sens d'affirmer que leur activité consiste exclusivement dans le financement de l'économie réelle: prêts aux entreprises (surtout les PME) et aux jeunes qui veulent créer une activité. Spéculation sur les opérations financières, connais pas.
b) Le procès de Kweku Adoboli est ouvert. C'est le trader du bureau londonien de la banque suisse UBS qui entre octobre 2008 et septembre 2011 a fait perdre à sa banque 2,3 milliards de dollars par ses opérations. Il a répondu Non coupable à toutes les accusations. Une audience préliminaire se déroulera le 9 avril, impliquant la présentation des documents ; les débats du procès commenceront le 3 septembre prochain. On ignore si d'ici là M. Adoboli et sa banque chercheront un compromis pour éviter que la clarté soit faite sur les opérations controversées effectuées dans la City de Londres.
c) La querelle sur la taxe Tobin rebondit dans les coulisses, les quatre positions en présence restent inamovibles: proposition de la Commission européenne pour une « taxe européenne » à appliquer en 2014 ; décision positive annoncée par M. Sarkozy pour la France ; orientation favorable de Mme Merkel pour l'appliquer à 27 dans l'UE (donc Royaume Uni compris) ; non radical confirmé par David Cameron qui la rejette de toutes ses forces, sauf si elle est mondiale. Mais les experts parlent d'une possibilité de compromis fondé sur les modalités et le contenu réel de la taxe…
(FR)