Trois évolutions liées et favorables. Rien n'est acquis mais tout est devenu possible. Il n'est pas exclu que les historiens de demain situent le Sommet des 8 et 9 décembre 2011 parmi les dates historiques de la construction européenne. Pourquoi ? Parce que, en moins de 24 heures,
le Royaume-Uni s'est placé volontairement en marge de la construction européenne, non seulement du point de vue monétaire (c'était déjà fait), mais pour tout ce qui concerne les politiques économiques et budgétaires de l'UE. Le même chemin va suivre à propos d'autres politiques européennes ; on le constatera bientôt dans le cadre des négociations sur les perspectives financières 2014-2020 ;
les pays de la zone euro ont défini leurs nouvelles règles et disciplines, couvrant aussi bien la gestion monétaire que la nouvelle gouvernance économique contraignante, en reconnaissant de manière explicite certaines erreurs du passé. Un calendrier très serré, de quelques mois à peine, a été établi pour la mise au point des textes (dont l'essentiel figure dans les conclusions du Sommet) et pour leur approbation juridique ;
les compétences des institutions communautaires sont non seulement sauvegardées et consolidées, mais elles seront élargies pour plusieurs aspects, notamment les pouvoirs de la Commission européenne dans la gestion de l'euro et dans la surveillance des budgets nationaux. Les prérogatives du Parlement européen en tant que colégislateur (avec le Conseil) sont confirmées et consolidées.
Ces évolutions ont rempli les médias et ont suscité une avalanche de commentaires et prises de position. Je les ai schématisées et réunies en trois volets pour souligner qu'elles représentent un ensemble (alors qu'elles sont souvent séparées, selon les tendances ou préférences de chacun). Mon objectif est de les assembler dans une évaluation positive globale qui couvre aussi l'éloignement du Royaume-Uni, souvent considéré comme l'aspect négatif.
Choix britannique clarificateur. Pourquoi l'éloignement britannique est-il à mon avis positif ? Parce qu'il supprime les équivoques. Évitons tout jugement moral: chaque autorité responsable choisit ce qu'elle estime positif pour son pays et pour son peuple et se comporte en conséquence. M. Cameron considère que l'autonomie en matière de réglementation financière est indispensable à son pays et il réclamait en pratique un droit de veto sur toute mesure européenne dans ce domaine. De son point de vue, c'est logique. La politique monétaire de la City de Londres s'oppose, de tous points de vue, à celle de la zone euro et les autorités britanniques rejettent les innovations que le continent souhaite, avec en tête la taxe sur les transactions financières. Pour le Royaume-Uni, la place financière de Londres représente l'un des facteurs essentiels de la richesse nationale. Selon certains analystes, Wall Street à New York et la City de Londres suivent des politiques parallèles, dont le premier objectif est de limiter le poids de l'euro sur le marché mondial ; si la monnaie européenne remplace trop largement le dollar, la demande de ce dernier en tant que monnaie de réserve s'affaiblit.
Il est vrai qu'en même temps le secteur manufacturier britannique exprime ses préoccupations face au risque que ses liens avec le marché unique européen se relâchent et que leur pays perde du poids dans l'approfondissement et le fonctionnement de ce marché. C'est le danger de s'isoler, il faut choisir… D'autant plus que l'absence britannique du prochain Traité européen s'ajoute à d'autres absences de taille: l'euro, bien entendu, l'espace Schengen, les anomalies dans la participation au budget communautaire, la Charte des droits fondamentaux, et ainsi de suite. Malgré un groupe courageux qui, avec Andrew Duff en tête, se bat pour une Europe fédérale comprenant son pays, la tendance dans le sens opposé est gagnante.
Un décalage dangereux ? Les deux autres volets des résultats du Sommet, synthétisés plus haut, appellent au moins autant d'observations et remarques. On y reviendra. L'aspect qui suscite le plus de perplexités et de soucis réside dans le décalage entre les projets qui sont acquis, mais ne se concrétiseront qu'en mars prochain, et les incertitudes sur le comportement immédiat des marchés. Les décisions prises par les autorités politiques européennes au niveau le plus élevé seront-elles dûment prises en considération ? Ou le monde de la finance, toujours dépourvu de scrupules et aidé par les sinistres agences de notation, voudra-t-il arracher encore le maximum de profits ? Cette semaine nous donnera une réponse.
(FR)