*** ANTONELLA CAMPANINI, PETER SCHOLLIERS, JEAN-PIERRE WILLIOT (sous la dir. de): Manger en Europe. Patrimoines, échanges, identités. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "l'Europe alimentaire", n° 1. 2011, 262 p., 30,50 €. ISBN 978-90-5201-738-9.
Ce volume inaugure une nouvelle collection consacrée à « L'Europe alimentaire ». Il voit un groupe d'enseignants et de chercheurs liés par l'intérêt commun qu'ils portent au thème des identités alimentaires croiser leurs regards acérés d'anthropologues et d'historiens pour éclairer la formation des patrimoines gastronomiques, les processus d'échanges culinaires et l'émergence, à différentes époques et dans plusieurs pays, de recettes, de produits ou de manières de manger.
Ainsi que le constatent les trois coordinateurs de l'ouvrage dans leur contribution introductive, très peu de gens doutent aujourd'hui de « l'importance capitale de l'alimentation dans la construction identitaire d'un groupe », qu'il s'agisse de la famille, de la classe sociale, de la ville, voire même de la nation. En clair, depuis toujours, « l'individu et la communauté se construisent (…) à travers une façon typique de penser et de faire la cuisine », ce qui rejoint l'aphorisme à succès de Brillat-Savarin: « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ». Toutefois, en matière culinaire comme en tout, rien n'est tout à fait blanc ou tout à fait noir, tout est en diverses nuances de gris. Ainsi, dans le cadre du master européen « Histoire et cultures de l'alimentation » qui réunit les Universités de Bologne, de Tours, de Barcelone et, depuis l'année académique 2010/2011, les deux Universités libres de Bruxelles, la tenue d'un Erasmus Intensive Programme de quatre semaines a permis de prendre quelques distances avec certains stéréotypes et idées reçues, ce dont cet ouvrage rend compte très fidèlement.
Ainsi, au fil des contributions qui jalonnent les trois parties du livre, celles-ci étant consacrées aux « patrimoines », aux « échanges » et aux « identités », il se confirme que l'Europe ne peut en aucun cas être envisagée comme un creuset identitaire unique dans le domaine alimentaire. Pour autant, les auteurs montrent bien que les cuisines nationales apparaissent « depuis longtemps comme le siège d'influences gastronomiques croisées, d'emprunts et de capitalisation de savoirs et de savoir-faire culinaires, de porosités dans les frontières des États qui laissent passer des produits mais aussi des façons de préparer les mets ». A tel point, avancent Antonella Campanini (Université des sciences gastronomiques de Pollenzo), Peter Scholliers (Vrije Universiteit Brussel) et Jean-Pierre Williot (Université François Rabelais à Tours), que « l'Europe qui s'est construite sur la mécanique des flux de marchandises, de capitaux, de mots et en fin de compte d'hommes ne saurait (…) être présentée sur le plan alimentaire seulement comme une juxtaposition de cuisines nationales », tant il est vrai, ajoutent-ils, que, « par sédimentations successives, des pratiques alimentaires ont métamorphisé un patrimoine gustatif européen dont la perception n'est aujourd'hui pas étrangère aux ressortissants d'autres continents ». En somme, une fois encore, les contours d'une identité européenne se perçoivent mieux depuis l'Asie, l'Afrique ou les Amériques !
En attendant, il va aussi de soi que, dans le contexte de la mondialisation, l'Europe joue un rôle non négligeable pour faire entendre sa spécificité. Comment ? D'abord, sur le terrain, avec « le retour à la cuisine de grand-mère, et donc du terroir et du soi-disant authentique », cette redécouverte ou cette réinvention étant probablement assimilable à une « résistance identitaire ». Ensuite, parce que l'Union européenne a le… bon goût d'accompagner ce mouvement d'une double manière: d'abord, par son souci de préserver la santé des consommateurs, que ce soit par l'harmonisation des étiquetages, par l'adoption de normes sanitaires ou par la création de l'Autorité européenne de sécurité des aliments ; ensuite, par sa décision de suivre les exemples de la France et de l'Italie en créant des labels européens pour garantir les indications géographiques et les appellations d'origine des produits agricoles et des denrées alimentaires. Ainsi, concluent les coordinateurs de l'ouvrage, s'opère une « double démarche de renforcement des traits communs (…) et de pérennisation des différences régionales, par la mise en exergue de produits d'exception ». A table aussi, c'est donc l'unité dans la diversité qui triompherait en Europe !
Michel Theys
*** DORLE MERCHIERS, GERARD SIARY (sous la dir.de): Transmission de la mémoire allemande en Europe centrale et orientale depuis 1945 / Spuren deutscher identität in mittel- und osteuropa seit 1945. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Convergences », n° 61. 2011, 382 p., 62,50 €. ISBN 978-3-0343-0655-3.
La remise du Prix Nobel de littérature à Herta Müller en 2009 a rappelé à certains l'existence de minorités allemandes vivaces en Europe centrale et orientale. Les traces d'une présence allemande en ces contrées impliquent-elles qu'y perdure une identité allemande. C'est notamment à cette question que ce livre collectif apporte des réponses. Fruit d'un colloque international organisé par le Centre de recherche et d'études germaniques à l'Université Paul Valéry de Montpellier à l'automne 2006, il offre un état des mémoires allemandes sous la forme d'analyses, de témoignages, de transpositions littéraires et filmiques, d'approches sociologiques, de mises en lumière de sites patrimoniaux et autres espaces urbains. Dans la partie la plus historique, deux contributions portent sur les expulsions d'Allemands enregistrées à l'est de l'Oder et de la Neisse, Laëtitia Michel s'intéressant plus particulièrement, pour sa part, aux tensions germano-polonaises suscitées par la volonté de la Fédération des expulsés de créer un « Centre contre les expulsions » à Berlin. Il est à noter que les contributions sont majoritairement écrites en français, un résumé étant systématiquement offert en allemand, en anglais et en français.
(MT)
*** PANAYIOTA TSATSOU: Digital Divides in Europe. Culture, Politics and the Western-Southern Divide. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Interdisciplinary Communication Studies », n° 6. 2011, 285 p., 41,70 €. ISBN 978-3-0343-0189-3.
Enseignant les médias et la communication à l'Université de Swansea, la Grecque Panayiota Tsatsou s'emploie à mettre à nu, dans ce livre, les racines et les raisons de la fracture numérique qui prévaut en Europe. En fondant son analyse sur la Grèce et le Portugal dans le sud, le Royaume-Uni en Europe occidentale, elle va au-delà des facteurs économiques, technologiques et infrastructurels qui expliquent la fracture numérique pour en cerner les causes socio-culturelles, politiques et réglementaires. Elle amène ainsi à la conclusion que la fracture ouest-sud de l'Europe se mesure sur la base d'une échelle mêlant un ensemble complexe de facteurs socio-culturels et politico-réglementaires, la Grèce étant tout au bas de cette échelle et le Royaume-Uni tout en haut, le Portugal occupant une position médiane. L'ouvrage est ponctué par des recommandations politiques de nature à la société européenne de l'information dans son ensemble.
(PBo)
*** ROBERT LEVINE: Free Ride. How the Internet is destroying the culture business and how the culture business can fight back. The Bodley Head (Ramdon House, 20 Vauxhall Bridge Road, London SW1V 2SA, UK. Tél.: (44-20) 78408400 - fax: 79320077 - Internet: http://www.bodleyhead.co.uk ). 2011, 307 p., 18,99 £. ISBN 978-1-847-92148-2.
Actif dans le monde de la presse depuis très longtemps, Robert Levine pointe un doigt accusateur contre Internet dans ces pages parfaitement documentées. Il montre comment la vision optimiste des années 90 d'une économie de l'information ouverte gratuitement tourne au cauchemar, des entreprises technologiques ayant mis le grappin sur cette mine d'or et disposant désormais de bien plus de pouvoirs que ceux dont les maisons de disques et studios de cinéma rêvaient d'avoir hier. A ses yeux, les producteurs de films, les télévisions, les journaux, les maisons d'édition sont désormais privés des moyens financiers nécessaires pour conserver la qualité qui était la leur hier encore, eux qui sont désormais sans moyens de défense face à des entreprises technologiques telles qu'Apple et Google ayant déferlé sur leurs terrains de jeu traditionnels sans respecter les us et coutumes qui y prévalaient. Pour l'auteur, « l'activisme anti-copyright » déployé par Google et les autres acteurs mastodontes met à mal des lois séculaires visant à protéger les artistes individuels et autres journalistes, Walter Isaacson, président de l'Institut Aspen, observant à ce propos que « l'un des grands enjeux de l'ère du numérique est de savoir comment les gens qui créent le contenu seront en mesure de gagner leur vie ». Le mérite de Robert Levine est aussi d'avoir l'audace de dire que « les régulateurs européens que l'industrie des médias aime détester pourraient sauver l'Internet en contrebalançant la puissance de compagnies américaines comme Google et Apple »…
(MT)
*** MARC MAUFORT, CAROLINE DE WAGTER (sous la dir. de): Old Margins and New Centers / Anciennes marges et nouveaux centres. The European Literary Heritage in an Age of Globalisation / L'héritage littéraire européen dans une ère de globalisation. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "New Comparative Poetics / Nouvelle poétique comparatiste", n° 9. 2011, 346 p., 36,90 €. ISBN 978-90-5201-745-7.
Un brin ironique, le titre de cet ouvrage suggère que, en ces temps de mondialisation galopante, les anciens centres culturels européens pourraient bien devenir les marges littéraires de demain. Prolongement d'une conférence internationale organisée à l'Université libre de Bruxelles en 2009, ce livre voit des spécialistes de la littérature comparée évaluer sous un angle neuf la pérennité de l'impact des traditions littéraires et culturelles européennes sur diverses littératures postcoloniales et contemporaines, non seulement dans des régions du monde autrefois considérées comme les marges de l'Europe, mais également en Europe, le centre culturel de jadis. Pas moins de vingt-six éminents spécialistes mélangent leurs savoirs pour inviter le lecteur à repenser les concepts de marge, de centre, de mondialisation et d'eurocentrisme, les identités étant plus que jamais en mouvement à l'heure d'Internet…
(PBo)
*** KAMILA CIEPIELA (sous la dir. de): Identity through a Language Lens. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Lódz Studies in Language », n° 23. 2011, 229 p., 44,70 €. ISBN 978-3-631-61602-4.
Cet ouvrage collectif de chercheurs sociolinguistiques s'intéresse à la question de savoir de quelle manière l'identité personnelle est rendue visible et intelligible par les autres par le biais du langage. Intitulée « Identités emblématiques », la première partie du livre voit des auteurs se focaliser sur la construction d'autodéfinitions fondées sur diverses formes d'identités de groupe, y compris nationales et ethniques. Dans la deuxième partie, consacrée aux « Identités multiculturelles », les chercheurs se penchent sur la négociation des identités dans des contextes multiculturels impliquant des relations de pouvoir, notamment sur la base d'exemples puisés en Europe et aux Amériques. La dernière partie est enfin dédiée aux « Identités émergentes » et consiste en un recueil d'études empiriques basées sur une étude attentive de textes dans lesquels les identités sont articulées et négociées.
(PBo)
*** MARTIN FORSTNER, HANNELORE LEE-JAHNKE (sous la dir. de): CIUTI-Forum 2010. Global Governance and Intercultural Dialogue: Translation and Interpreting in a new Geopolitical Setting. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2011, 408 p., 61,90 €. ISBN 978-3-0343-0657-7.
Organisés sur une base annuelle, les forums Ciuti ont pour but de mettre en contact les instituts universitaires et les milieux professionnels, l'objectif essentiel étant de faire ainsi connaître les nouvelles découvertes émanant de disciplines telles que l'économie, la science politique, le droit la médecine ou la communication qui peuvent être utiles aux études de la traduction appliquée. Le forum organisé à Genève en 2010, dont cet ouvrage rend compte fidèlement, s'est focalisé sur le constat que les grands blocs politico-économiques qui ont émergé au cours des dernières décennies, qu'il s'agisse notamment de l'Union européenne, du Mercosur ou de l'Asean, étaient liés économiquement les uns aux autres. Certains intervenants ont toutefois plaidé pour que tout ne soit pas réduit aux aspects économiques, Sergej Ordzhonikidze ayant ainsi demandé que la « mondialisation culturelle » ne soit pas davantage négligée que le « dialogue interculturel » qu'elle réclame. Dans la même veine, l'anthropologue Jean Tardif défend le point de vue que « c'est le réalisme et non l'utopie qui commande d'envisager le pluralisme culturel comme la réponse politique à un nouvel impératif stratégique en reconnaissant les différences culturelles pour les traiter autrement que sur le mode de l'affrontement », ce qui, selon lui, « confirme l'importance plus grande que jamais du rôle des interprètes et traducteurs qui, par-delà les exigences de leur activité professionnelle, sont appelés à assumer leur responsabilité sociale de promoteurs actifs des échanges équitables entre les cultures ». Plusieurs représentants d'organisations professionnelles confirment le rôle important que jouent les traducteurs et interprètes dans le contexte de la mondialisation, certaines contribution étant consacrées aux changements auxquels sont confrontées ces deux professions. Le « patron » du Service commun interprétation et conférence de la Commission, Marco Benedetti, et Pinuccia Contino, de la Direction générale Traduction, expliquent la manière dont leurs services se profilent sur la nouvelle scène politico-économique globale, un accent particulier étant placé sur l'émergence d'une « industrie européenne du langage ». D'autres contributions sont consacrées aux évolutions perceptibles dans la Fédération russe et en Asie, sans parler du cas problématique que constitue l'Afrique du Sud vue l'abondance de langues qui y prévaut. A noter aussi la contribution du Pr. Forstner (Université du Mainz) qui se demande quelle langue devrait, aux côtés de l'anglais, être privilégiée par les services de traduction afin de rencontrer aux mieux les exigences des acteurs du commerce mondial.
(PBo)