Bruxelles, 28/11/2011 (Agence Europe) - À une dizaine de jours du prochain Conseil européen, les rumeurs vont bon train sur les négociations menées en coulisse devant conduire à une solution à la crise de la dette souveraine dans l'Eurozone. La presse s'est faite l'écho d'hypothèses telles qu'un accord intergouvernemental instaurant une union budgétaire entre pays de la zone euro, la création d'euro-obligations auxquels ne participeraient que les pays de la zone notés AAA. L'hypothèse d'une demande d'aide financière de l'Italie et de l'Espagne est aussi agitée. La Commission européenne a tenté, lundi 28 novembre, de couper court aux rumeurs en défendant la méthode communautaire contre toute initiative menant à une fragmentation.
Officiellement, l'Allemagne réclame une modification des traités européens d'ici fin 2012 afin d'instaurer une culture de la stabilité budgétaire dans l'Eurozone. Mais elle commencerait à réaliser que cette démarche prendra du temps, alors que la crise appelle à des décisions rapides, et qu'elle ne rencontre guère d'enthousiasme auprès de ses partenaires même si la France a fait un pas dans sa direction (EUROPE n°10501). « Si tout le monde n'est pas d'accord pour modifier les traités, nous trouverons un accord différemment », avait considéré le président français Nicolas Sarkozy, la semaine dernière à Strasbourg à l'issue d'un mini-sommet franco-germano-italien (EUROPE n°10502). Paris et Berlin réfléchiraient donc à une solution alternative, plus rapide à mettre en œuvre, à travers l'élaboration d'un traité intergouvernemental, selon le journal allemand Welt am Sonntag. Un peu à l'image du Traité de Prüm liant plusieurs pays sur des questions liées à l'espace Schengen, certaines ayant depuis été introduites dans le cadre juridique communautaire. Ils espèrent que cette démarche facilitera une intervention massive de la BCE sur les marchés de dette souveraine.
L'idée de matérialiser une avant-garde budgétaire hors du champ communautaire déplaît à la Commission européenne. Ce qui compte, c'est l'objectif final de la stabilité de la zone euro et « la méthode communautaire est, à notre avis, la meilleure pour apporter ce résultat », a estimé lundi 28 novembre le porte-parole du commissaire chargé de l'euro Olli Rehn. Devant les eurodéputés, M. Rehn avait estimé la semaine dernière que « la vocation particulière » de la Commission était de protéger l'intérêt de tous les États membres, de préserver l'acquis communautaire et de faire en sorte que toute initiative menant à une intégration supplémentaire respecte « la méthode communautaire ».
En Allemagne, la presse a affirmé ce week-end que certains pays de l'Eurozone notés AAA réfléchissaient à l'élaboration d'euro-obligations conjointes. Une information démentie, lundi 28 novembre, par le ministère allemand des Finances. « Il n'y a pas de projet pour des obligations 'triple A' ou des obligations d'élite », déclare-t-il dans un communiqué. Selon le porte-parole de M. Rehn, toute proposition qui ne vise pas à sauvegarder la stabilité de l'Eurozone dans son ensemble n'a pas lieu d'être. « La fragmentation ne sert pas cet objectif », a-t-il estimé. Il a aussi dit n'être « pas au courant d'une quelconque demande d'aide financière de la part de l'Italie ». Ni de l'Espagne. Une affirmation démentie lundi par le FMI. Selon le quotidien italien La Stampa, des discussions auraient été lancées entre les autorités italiennes et le FMI portant sur une aide de 600 milliards d'euros contre des mesures d'austérité et des réformes structurelles.
OCDE. Présentant lundi ses dernières prévisions économiques, l'OCDE a appelé à l'élaboration « urgente » de « politiques décisives pour stopper la contagion de la crise de la dette souveraine dans la zone euro et remettre la croissance en berne sur les rails ». Si la crise n'est pas traitée à bras de corps, cette contagion pourrait conduire à des « perturbations économiques massives » et, dans le domaine bancaire, à « un assèchement du crédit ». L'organisation appelle à « une augmentation substantielle de la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière » - un sujet à l'ordre du jour de l'Eurogroupe de ce mardi (EUROPE n°10503) - ainsi qu'à une mobilisation facilitée de la BCE et à « des réformes de gouvernance » dans la zone euro afin d'écarter le risque d'aléa moral. L'OCDE table sur une croissance atone dans l'Eurozone en 2012 avec une croissance du PIB de seulement 0,2%. (MB)