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Bulletin Quotidien Europe N° 10488
CRISE DE LA ZONE EURO ET G20 / (ae) g20/grÈce

Défendre la stabilité de la zone euro, avec ou sans Athènes

Cannes, 03/11/2011 (Agence Europe) - Réunis d'urgence en marge du Sommet du G20, les Européens ont réaffirmé, jeudi 3 novembre, leur détermination à assurer la stabilité de la zone euro, avec ou sans la Grèce. Le sort du gouvernement du socialiste grec Georges Papandréou demeurait incertain à la veille d'un vote de confiance crucial du parlement grec. Si les députés helléniques refusent cette confiance au gouvernement 'Papandréou', la tenue d'un référendum semble compromise. Si la consultation populaire a lieu, les Grecs devront dire s'ils veulent demeurer dans la zone euro, ont néanmoins prévenu les Européens. Jusqu'à nouvel ordre, le versement à Athènes de la tranche d'aide de 8 milliards d'euros est gelé.

« L'euro, c'est le cœur de l'Europe. L'Europe, c'est le cœur de la politique française. Nous ne pouvons pas accepter l'explosion de la zone euro, qui signifierait l'explosion de l'Europe. Or, l'Europe, c'est la garantie de la paix sur notre continent », a déclaré solennellement le président français Nicolas Sarkozy, jeudi 3 novembre à l'issue de la première journée du sommet du G20. Il a plaidé pour que l'Eurozone envoie « un message de crédibilité »: les décisions prises doivent être appliquées, les règles fixées doivent être respectées. Et de tracer « une ligne rouge »: les États sont libres de s'administrer mais quand il s'agit de défendre la monnaie unique, « notre patrimoine », la France et l'Allemagne, les deux principales économies de la zone euro, seront en première ligne. La veille, la chancelière allemande Angela Merkel n'avait pas dit autre chose: « Il faut que l'euro soit stable, nous souhaitons atteindre cet objectif avec la Grèce plutôt que sans la Grèce. La mission première est de conserver l'euro comme monnaie stable, c'est notre devoir ».

Le président français a vu d'un bon œil deux signes marquant une évolution de la situation politique en Grèce: - Antonis Samaras, le leader du principal parti d'opposition 'Nouvelle démocratie', a fait part de son soutien à la réponse globale à la crise de la dette souveraine que le Sommet de l'Eurozone a exposée le 27 octobre (EUROPE n° 10483) ; - selon M. Papandréou, l'organisation d'un référendum en Grèce ne serait « pas une fin en soi » si l'opposition grecque soutient l'accord du 27 octobre.

« Nous sommes déterminés à appliquer tous les éléments de notre approche exhaustive visant à garantir la stabilité de la zone euro », déclarent les présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy et de la Commission européenne José Manuel Barroso dans un communiqué. « La zone euro se tient prête à continuer à aider la Grèce, mais la Grèce doit s'en tenir à l'accord des 26-27 octobre, et en particulier continuer à mettre en œuvre le programme UE/FMI. Qu'une chose soit très claire: nous voulons que la Grèce reste dans la zone euro », ajoutent-ils. Et d'appeler à « l'unité nationale » compte tenu de la situation politique « dramatique » dans le pays.

De retour de Cannes, le Premier ministre grec a défendu devant les députés socialistes le 2ème plan de sauvetage grec. Il a justifié sa décision de consulter le peuple grec: la question du maintien de la Grèce dans la zone euro ne saurait être tranchée par les marchés mais par le peuple grec lui-même. La veille à Cannes, il avait évoqué « la sagesse » des Grecs capables de prendre les bonnes décisions lors du référendum, dimanche 4 décembre. Des informations contradictoires ont circulé, jeudi, sur la démission éventuelle de M. Papandréou. Reste que la majorité du gouvernement socialiste semble s'éroder inexorablement.

Jeudi matin, le ministre grec des Finances Evangelos Venizélos s'était lui-même fendu d'un communiqué doutant de l'opportunité d'organiser un référendum. « La position de la Grèce dans la zone euro constitue une conquête historique de notre pays qui ne peut être mise en doute. Cet acquis du peuple grec ne peut dépendre d'un référendum », avait-il déclaré. Selon lui, l'unique moyen de protéger le pays est d'appliquer, « sans délai » et dans des conditions d'« unité nationale », les décisions du 27 octobre. À noter que trois ministres grecs, dont l'ancienne commissaire européenne Anna Diamantopoulou, ont proposé la formation d'un gouvernement de coalition avec à sa tête l'ex vice-président de la BCE Lucas Papademos, rapporte l'AFP. Une idée que soutient M. Samaras à condition que M. Papandréou s'en aille.

Alors qu'ils devaient s'exprimer jeudi matin à Cannes, les présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy et de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso ont annulé leur conférence de presse conjointe. Officiellement parce que les discussions se poursuivaient dans le cadre d'une deuxième réunion d'urgence entre Européens. Au cours de cette réunion, le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a exposé les mesures d'austérité que sont gouvernement a adoptées la veille (voir autre nouvelle).

Agenda bouleversé. La situation en Grèce a bouleversé l'agenda du sommet du G20. Cela n'étonnera personne, « l'essentiel du débat » a tourné autour de la crise dans la zone euro, a reconnu M. Sarkozy. « Le plus important » est de « résoudre la crise financière en Europe », avait considéré le président américain Barack Obama, jeudi matin après un entretien avec son homologue français. Il s'est dit d'accord avec M. Sarkozy sur le fait que « l'UE a avancé vers une solution globale » à la crise de la dette souveraine. « Ici au G20, nous allons devoir évoquer en détail les modalités de ce plan » et réfléchir à la manière de « résoudre la situation en Grèce », a ajouté M. Obama. Retransmise en direct, l'intervention de M. Papandréou au parlement grec a créé de véritables attroupements de journalistes dans la salle de presse du sommet G 20.

Fin octobre, les dix-sept pays de l'Eurozone ont mis en avant la réponse globale à la crise de la dette souveraine qui les mobilise depuis mai 2010. Cette réponse comprend notamment un 2ème sauvetage de la Grèce, l'optimisation du fonds européen de sauvetage (Fonds européen de stabilité financière), et la recapitalisation accélérée du secteur bancaire européen à hauteur de 100 milliards d'euros.

Poser la question de l'appartenance à la zone euro. Selon Mme Merkel, le référendum grec - s'il a lieu - doit permettre de « savoir si la Grèce souhaite, oui ou non, rester dans la zone euro ». Elle a considéré que la décision « unilatérale » de M. Papandréou d'organiser cette consultation populaire avait modifié la situation depuis le dernier sommet de l'Eurozone. Pour s'adapter et répondre à l'incertitude ambiante, les Européens ont décidé d'accélérer la mise en œuvre de l'accord du sommet de l'Eurozone du 27 octobre. Dans cette optique, les ministres des Finances allemand, français et italien se sont réunis, jeudi à Cannes, avec le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn. Pour traduire techniquement l'accord du 27 octobre, et notamment l'optimisation du fonds de sauvetage à travers la création d'un effet de levier. Un travail qui se poursuivra lundi prochain dans le cadre de la réunion de l'Eurogroupe.

M. Sarkozy a fait part de la « position commune » arrêtée pour la France, l'Allemagne et les présidents du Conseil européen, de l'Eurogroupe, de la Commission: - la réponse à la crise sera « européenne, coordonnée, ferme et définitive » et elle passe par les décisions adoptées « à l'unanimité des dix-sept pays » de l'Eurozone ; - les Européens soutiendront la Grèce à condition que celle-ci remplisse « ses engagements » ; - « les Européens ne pourront envisager de verser la 6ème tranche d'aide à la Grèce que lorsque la Grèce aura adopté l'ensemble du paquet du 27 octobre et que toute incertitude sur l'issue du référendum aura été levée ». Le président français a lancé « un appel solennel » à la classe politique grecque en faveur d'« un consensus politique ». Respectant la légitimité de consulter les citoyens grecs, il a souhaité que le référendum, s'il a lieu, intervienne « le plus tôt possible ». Autour du dimanche 4 ou 5 décembre. Et d'ajouter: « Il est clair que la question qui se trouve posée, c'est l'avenir européen de la Grèce. La Grèce veut-elle, ou non, rester dans la zone euro ? Nous le souhaitons très vivement et nous ferons tous nos efforts pour que cela soit possible. C'est au peuple grec qu'il appartient de répondre à cette question ». (MB)

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