Bruxelles, 03/11/2011 (Agence Europe) - Lors de la réunion qui s'est tenue jeudi 3 novembre à Berlin, le Conseil des gouverneurs de la BCE (Banque centrale européenne) a décidé de manière « unanime » de réduire de 25 points de base les taux. Ainsi, à compter des opérations effectuées le 9 novembre: - le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement passe de 1,50% à 1,25% ; - le taux de la facilité de prêt marginal diminue de 2,25% à 2,00% ; - le taux de la facilité de dépôt est réduit de 0,75 % à 0,50%. Cette décision montre en substance que, chez les banquiers centraux, les préoccupations liées à l'aggravation de la crise l'ont emporté sur une inflation qui reste élevée. Elle permet aussi de relâcher un peu la pression sur l'euro qui offre toujours un différentiel de rendement important par rapport aux taux directeurs en vigueur aux États-Unis.
Pour justifier cette baisse des taux, le nouveau président de la BCE, Mario Draghi, a dit qu'alors que « l'inflation est restée élevée et est susceptible de rester au-dessus de 2% pendant les quelques mois à venir », le taux d'inflation devrait « continuer à baisser dans le courant de 2012 à moins de 2% ». Dans le même temps, le rythme d'expansion monétaire continue d'être modéré. Après la décision d'aujourd'hui, « l'inflation devrait rester en accord avec la stabilité des prix » au cours de la période politiquement importante, a ajouté M. Draghi. Et le président de la BCE de poursuivre: « En raison de leurs effets défavorables sur les conditions de financement et la confiance, les tensions actuelles sur les marchés financiers risquent de ralentir le rythme de la croissance économique au sein de la zone euro au second semestre de cette année et au-delà ».
Les perspectives économiques continuent d'être soumises à des incertitudes particulièrement élevées et à des risques à la baisse aggravés, a ajouté le président de la BCE. Certains de ces risques sont devenus une réalité, « ce qui accroît la probabilité d'une révision significative à la baisse des prévisions et des projections de la croissance réelle moyenne du PIB en 2012 », a analysé M. Draghi.
L'apport de liquidité et des modes d'allocation pour les opérations de refinancement continueront de faire en sorte que les banques de la zone euro ne subissent pas de contraintes du point de vue des liquidités, a dit Mario Draghi. Il a rappelé aussi que toutes les mesures de politique monétaire inhabituelles prises pendant la période de tension aiguë sur les marchés financiers sont, par définition, de nature temporaire.
Sur les politiques budgétaires, Mario Draghi a dit que tous les gouvernements de la zone euro doivent montrer leur « absolue détermination » à honorer pleinement leur signature souveraine individuelle (soit leur capacité à honorer leurs échéances, ndlr) comme élément clé pour assurer la stabilité financière dans la zone euro dans son ensemble.
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a « pris note » des engagements budgétaires exprimés dans la déclaration du sommet de la zone euro du 26 octobre dernier et « appelle tous les gouvernements à mettre en œuvre pleinement et aussi rapidement que possible les mesures nécessaires pour parvenir à un assainissement budgétaire, à des systèmes durables de retraite et à améliorer la gouvernance », a poursuivi le président de la BCE. Il a ajouté que les gouvernements et les pays couverts par des programmes d'ajustement de l'UE et du FMI et les pays qui sont « particulièrement vulnérables » devraient être prêts à prendre des « mesures supplémentaires si nécessaire ».
Mario Draghi a ensuite répondu aux questions de la presse sur les sujets suivants:
Rachat de titres de dette souveraine. La pression des marchés s'est accentuée jeudi sur l'Italie dont les taux se sont envolés à un nouveau record. Juste avant le début du G20 à Cannes, les taux d'intérêt italiens à dix ans ont atteint en début de matinée un record historique à 6,402%. En milieu d'après-midi, ils se repliaient autour de 6,2%, notamment grâce à l'intervention de la BCE, mais restaient à un niveau difficilement supportable à terme pour le pays dont la dette s'élève à 1 900 milliards d'euros, soit 120% du PIB.
Le nouveau président de la BCE a appelé les gouvernements de la zone euro à ne pas trop compter sur son institution pour résoudre la crise de la dette. Interrogé sur la possibilité de voir la BCE augmenter ses rachats d'obligations publiques de pays en difficulté de la région, M. Draghi a rétorqué que « la façon de réagir n'est pas de compter sur une aide extérieure ». Ces gouvernements doivent compter sur « leur capacité à se réformer eux-mêmes ». Face aux attentes, M. Draghi a lancé: « Personne ne peut nous obliger (à augmenter ces achats). Nous sommes indépendants ». Il a ajouté à ce propos: « La BCE ne peut pas faire tout. Les taux obligataires ne devraient pas baisser du fait d'intervention extérieure. Le pilier principal c'est la politique économique que les gouvernements mènent. Il faut que les finances publiques soient en ordre et que les réformes structurelles nécessaires soient mises en œuvres pour créer de l'emploi et renforcer la compétitivité ».
La BCE s'était laissé convaincre au printemps 2010 de racheter de la dette publique sur le marché secondaire afin de faire baisser les taux d'emprunt de la Grèce. Depuis, elle est aussi intervenue pour racheter de la dette portugaise, irlandaise, espagnole et italienne pour tenter d'enrayer la contagion de la crise.
Les conséquences du référendum en Grèce. « Il est très difficile de répondre sur quelque chose qui évolue si vite. Nous suivons de très près l'évolution et nous avons confiance que les mesures formulées dans le programme d'aide à la Grèce, si elles sont mises en œuvre avec les décisions sur la recapitalisation des banques et le renforcement du FESF (fonds européen de stabilité financière), permettront de tenir les engagements », a dit M. Draghi. « Mais beaucoup de choses dépendent en Grèce des développements politiques », a reconnu le président de la BCE.
Quid du rôle de la BCE si la Grèce venait à sortir de la zone euro ? « Nous ne sommes pas tenus par des dispositions du traité à ce propos. Rien n'est dit dans les traités », a dit M. Draghi.
Récession/Inflation ? « On avance vers une légère récession vers la fin de l'année. L'inflation devrait baisser de manière notable en 2012 pour revenir à 2% ou même moins ».
La Chine pourrait-elle aider la BCE pour réduire les tensions ? « Ce n'est pas de la compétence de la BCE. C'est en discussion avec le FMI, cela nous le savons ». (LC)