Trois hypothèses sur le comportement grec. Les réactions innombrables et contradictoires qui ont suivi l'initiative de M. Papandréou d'organiser un référendum sur les décisions du 27 octobre peuvent être schématisées en trois hypothèses: 1) le Premier ministre grec estime que la réponse de son peuple sera positive et que la position de son pays en sortira renforcée au sein de l'UE ; 2) Papandréou est tellement affaibli sur le plan national (même au sein de son gouvernement et de son parti) qu'il a absolument besoin d'un succès pour réaffirmer son autorité, en acceptant le risque d'une démission inévitable s'il échoue ; 3) il espère, si le référendum aboutit au rejet du plan qu'il avait souscrit lui-même à Bruxelles, disposer d'une arme pour arracher quelques assouplissements de ce qui a été décidé.
La première hypothèse a été défendue par M. Papandréou lui-même. La troisième a été ressentie comme un chantage par ses collègues de la zone euro, notamment Mme Merkel et M. Sarkozy qui avaient en pratique défini ensemble les aspects essentiels du plan de redressement. Inutile d'insister sur les réactions indignées au fait que M. Papandréou n'avait pas annoncé ses intentions à ses collègues. D'ailleurs, le Premier ministre grec a dû réviser son projet de référendum sur plusieurs aspects essentiels.
Une seule alternative: oui ou non à l'euro. Le point le plus important imposé en pratique à M. Papandréou concerne la nature même de son référendum: le peuple grec ne se prononcera pas pour ou contre le contenu du plan établi à Bruxelles de commun accord, mais sur l'appartenance à la zone euro. En outre, ce référendum ne se déroulera pas au début de l'année prochaine, comme M. Papandréou l'avait envisagé, mais le 4 décembre, d'ici quatre semaines. M. Sarkozy a souligné que, de toute manière, si le peuple grec rejette le plan, les engagements qu'il comporte en soutien à la Grèce ne sont plus valables. La signification réelle du vote populaire avait été d'ailleurs soulignée dès le départ par Jean-Claude Junker ; c'est bien de la participation grecque à la zone euro qu'il est question, le peuple grec doit en être conscient. La plupart des membres du Parlement européen ont réagi, quant au fond, dans le même sens, même s'ils l'ont fait avec un langage encourageant et autant que possible optimiste et si, au nom du groupe politique des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit a réclamé que le plan d'austérité soit accompagné d'un programme de reconstruction de la Grèce.
Ne pas confondre participation à l'euro et appartenance à l'UE. Actuellement on constate dans l'opinion publique, chez quelques forces politiques, chez des personnalités universitaires et même chez les économistes, une certaine tendance à l'indulgence à l'égard de la situation et du comportement de la Grèce. On peut le comprendre. Mais ceux qui invitent à ne pas oublier l'apport de la Grèce à la civilisation européenne et mondiale et l'exigence d'aider au titre de la solidarité communautaire ce pays à qui tous doivent tellement, doivent tenir compte que la réponse réside dans la participation grecque à l'UE. Dans ce cadre, la Grèce bénéficie des soutiens et avantages européens que personne ne met en cause. Faire partie de l'UE et être membre de la zone euro sont deux questions radicalement différentes. Un pays de cette zone qui ne respecte pas les règles provoque des complications colossales même si ses dimensions sont réduites ; ses déviations compromettent l'existence même de la monnaie commune, on le constate tous les jours.
Critiquer ne signifie pas rejeter. Dénoncer les déviations et les lacunes, et réclamer leur correction, ne signifie aucunement rejeter la Grèce ou l'abandonner à ses difficultés. Philippe Maystadt, président de la BEI (Banque européenne d'investissement), prépare des projets en faveur de la relance économique grecque; ceci ne l'empêche pas de déclarer que, dans la zone euro, «elle n'aurait jamais dû y entrer: elle ne remplissait pas les critères. Le Conseil européen a été trompé, les informations dont il disposait étaient fausses au départ». Et il a constaté que les lacunes perdurent: aucun État membre n'a «un nombre de fonctionnaires aussi élevé» sans disposer d'un cadastre de la fonction publique (ni d'ailleurs d'un cadastre immobilier); la Grèce détient en outre le «record européen des dépenses militaires». Et la situation ne s'est pas améliorée: « C'est un cas unique en Europe », a précisé M. Maystadt (interview à l'hebdomadaire Le Vif du 7 octobre dernier). Mais la BEI prépare toutefois un projet de relance des investissements en Grèce.
Jacques Delors, tout en étant très sévèrement critique à l'égard des plans de redressement de la zone euro (cette rubrique y reviendra) a observé: «Si j'avais été en situation, je ne sais pas si j'aurais laissé entrer la Grèce dans la zone euro.» On indique par ailleurs qu'en Grèce un citoyen sur sept paye les impôts.
Mais les dernières infos font état d'un changement positif de l'aptitude grecque. Tout est encore possible.
(FR)