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Bulletin Quotidien Europe N° 10481
Sommaire Publication complète Par article 31 / 31
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 932

*** PHILIPPE BANCE, LUC BERNIER: Contemporary Crisis and Renewal of Public Action / Crise contemporaine et renouveau de l'action publique. Towards the Emergence of a New Form of Regulation? / Vers l'émergence d'un nouveau mode de régulation ? Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Social Economy & Public Economy", n° 3. 2011, 333 p., 37,50 €. ISBN 978-90-5201-741-9.

La crise née en 2007 et qui connaît aujourd'hui une inquiétante résurgence a marqué le grand retour des autorités publiques sur l'avant de la scène. Comme le constatent les coordinateurs de cet ouvrage à l'entame de leur introduction, l'intervention rapide de très nombreux États ont permis « d'éviter le pire » dans un premier temps, « mais au prix bien souvent d'un endettement massif qui affecte aujourd'hui la crédibilité et la capacité de l'action publique ». Les Européens sont, hélas, « idéalement » placés pour confirmer la parfaite véracité de ce diagnostic posé par un groupe de travail scientifique institué en juin 2009 au sein du Centre international de recherche et d'information sur l'économie publique, sociale et coopérative (Ciriec). Celui-ci avait mobilisé son réseau de chercheurs pour analyser le retour obligé de l'intervention publique et mener la réflexion sur les modalités d'ajustement possibles de l'action des États. En parfaite résonnance avec la plus chaude actualité du moment, ce livre rend compte du fruit de ces recherches.

Le point de départ des auteurs a été de s'interroger sur les scénarios de sortie de crise plausibles. Ils en discernent quatre. Il y a d'abord celui, dogme intouchable du temps de la pensée unique triomphante, « de l'assainissement par les seules forces du marché » qui, devant « le risque systémique induit par la crise financière », a été écarté en 2008, les États jugeant indispensable de s'investir massivement « pour prévenir un effondrement généralisé du système économique » pire que celui de 1929. Mais, comme le constatent Philippe Bance (Université de Rouen) et Luc Bernier (professeur à l'École nationale d'administration publique et président du Conseil scientifique international du Ciriec), « les difficultés financières des États survenues depuis lors, via la montée des déficits et des dettes publiques, les fragilités intrinsèques de certains pays et les attaques spéculatives ont très rapidement montré les limites intrinsèques de l'intervention publique, poussant à l'assainissement des finances ». On ne peut mieux décrire la situation qui prévaut aujourd'hui en Europe ! Le problème, c'est que cette situation pourrait paver la voie au deuxième scénario, celui « du repli national… ou régional », la probabilité de son occurrence étant même « élevée ». Or, ce scénario pourrait être celui d'une « désagrégation plus ou moins lente de la construction économique européenne », les États membres revenant sur les engagements pris auprès de l'Union « en cherchant à remédier aux déséquilibres économiques et aux tensions sociales résultant de la crise ». Les voix qui s'élèvent pour réclamer le rapatriement de compétences au niveau national et pour le délitement de l'Union européenne se rendent-elles compte qu'elles sont porteuses « de la résurgence d'une exacerbation des tensions entre nations voire, comme dans les années 1930, de conflagration mondiale » ? Peut-être pas, mais il est bon que certains le rappellent ouvertement ! Pour l'heure, en tout cas, la plupart des dirigeants favorisent « le scénario de l'ajustement transitoire de l'action publique »: politiques budgétaires et fiscales actives, nationalisation bancaires, recapitalisation, réglementation sur les stock-options et les bonus, nouvelles règles prudentielles, règlementations sur la transparence financière sont autant d'instruments désormais activés pour pallier les effets de la crise et favoriser un retour à la croissance. Le problème, c'est que ces mesures temporaires ne sont pas des ruptures avec des « pratiques pernicieuses », elle qui sont porteuses « de la perpétuation de cycles économiques très prononcés voire de la résurgence du risque systémique ». Pour opérer un changement, il faudrait que se concrétise le scénario de « la métamorphose de la régulation publique mondiale », celui de « la coordination étroite au plan supranational des politiques économiques pour promouvoir une croissance pérenne, une répartition plus équilibrée des richesses (nord-sud, capital-travail, etc.) ». Les temps sont-ils mûr pour un « nouvel ordre non seulement correcteur des déséquilibres économiques et sociaux actuels mais visant également le développement durable », la protection des « biens publics mondiaux » et « la fourniture des services d'intérêt général » ? Pas sûr, même s'il est patent, selon Philippe Bance et Luc Bernier, que la pérennité du scénario privilégié à l'heure actuelle, celui de l'ajustement transitoire, soit garantie, « la dégradation des comptes publics et de la capacité de régulation des États, l'altération de la confiance des agents économiques et l'accentuation des tensions sociales » étant « de nature à le mettre à mal ».

C'est sur cette toile de fond que sont envisagées les perspectives de renouveau de l'action publique, tant d'un point de vue global que dans des pays du nord (Europe, Amérique du nord) ou du sud (Afrique, Amérique du Sud) de la planète. Par coups de projecteurs successifs sont examinés les instruments de politique publique mobilisés et mobilisables par les États à travers le monde dans le contexte de crise actuel. La première partie du livre voit des auteurs étudier les mutations systémiques et les déterminants structurels des politiques publiques à l'échelle planétaire. La deuxième partie porte plus spécifiquement sur les outils d'intervention directe mobilisés en début de crise par les autorités publiques (nationalisations, interventions budgétaires…) et les perspectives qui en ressortent. La troisième partie, elle, focalise sur les services publics dans la crise, pour préciser les répercussions qui pourraient en résulter sur leur gestion et leur gouvernance. Enfin, la dernière partie concerne les institutions porteuses de développement durable et les instruments mobilisables pour en assurer la promotion. Le tout compose un ouvrage éclairant de bout en bout, que tout responsable politique digne de ce nom se devrait d'avoir lu.

Michel Theys

*** WOLF KLINZ, PERVENCHE BERES (sous la dir. de): Special Committee on the Financial, Economic and Social Crisis. Documentation relating to the Committee's work from October 2009 to July 2011. Parlement européen (Bruxelles). 2011, 324 p. + annexes et CD.

Devant l'énormité de la crise déclenchée en 2008 suite à l'effondrement de la banque Lehman Brothers, le Parlement européen avait pris la décision, le 7 octobre 2009, d'instituer un Comité spécial sur la crise financière, économique et sociale présidé par le libéral-démocrate allemand Wolf Klinz et dont le rapporteur était la socialiste française Pervenche Berès. Jusqu'en juillet de l'année dernière, cette équipe a minutieusement analysé et évalué l'étendue de la crise, ce qui en était la ou les causes, son impact dans les États membres et, enfin, l'état de la gouvernance mondiale. Ainsi qu'il lui avait été demandé, le Comité a organisé des auditions, des ateliers de travail et des voyages dans différents pays, publié aussi différentes notes thématiques afin de pouvoir, in fine, formuler des recommandations et de préconiser des mesures en vue de la reconstruction de marchés financiers stables et sains, au service d'une croissance durable, de la cohésion sociale et d'emplois en nombre suffisant. Ce sont tous ces rapports et documents divers qui se retrouvent dans cette publication, ainsi que dans le CD-Rom qui l'accompagne. Dans ses conclusions, le Comité spécial relevait que l'Union devait aller plus loin dans l'intégration, la crise ayant aussi marqué les limites de l'intergouvernementalisme.

(PBo)

*** Robert Triffin, conseiller des princes. Souvenirs et documents. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Relations financières internationales », n° 4. 2010, 148 p., 26,50 €. ISBN 978-90-5201-642-9.

Né Belge en 1911, Robert Triffin devint Américain, mais était redevenu Belge à l'heure de sa mort, en 1993. Cet ouvrage au parcours singulier et au contenu multiforme est, expliquent Alexandre Lamfalussy (ancien président de la Banque des règlements internationaux et de l'Institut monétaire européen, prédécesseur de la Banque centrale européenne) et l'historien Michel Dumoulin (Université catholique de Louvain) dans leur avant-propos, « une contribution à la découverte d'une personnalité, d'une pensée et d'une action qui ont marqué et marquent encore l'histoire de notre temps ». Il s'agit bien d'une « découverte » car qui sait encore, dans la jeune génération, qui était cet « économiste militant en faveur de la création d'une monnaie européenne », cet homme « profondément pacifiste et fédéraliste » qui a pourtant joué un rôle majeur dans la création de l'Union européenne des paiements et dans celle du Système monétaire européen ? En 1989, cet homme accepta de confier ses souvenirs à deux journalistes à l'époque membres de la rédaction du « Soir », Catherine Ferrant et Jean Sloover. C'est une partie de ces témoignages que l'on retrouve dans ces pages, assortie de documents qui illustrent l'action du « conseiller des princes » qu'il fut. Les entretiens de l'époque sont également enrichis par des notes explicatives du Pr. Dumoulin, de manière à ce que des personnages et des événements soient sortis de la poussière qui, en quelques décennies, en vient à brouiller le regard des jeunes générations. (MT)

*** MICHEL HERBILLON, JEROME LAMBERT, CHRISTOPHE CARESCHE, BERNARD DEFLESSELLES, ROBERT LECOU: L'Union européenne et le G20: répondre aux enjeux de la régulation mondiale. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection “Rapports d'information”, n° 3443. 2011, 25 p., 3,50 €. ISBN 978-2-11-132391-9.

La présidence du G20 étant entre les mains de la France depuis le 12 novembre dernier, la Commission des affaires européennes de l'Assemblée nationale a invité une poignée de députés de réfléchir aux questions de régulation à l'échelle des grandes économies mondiales en prévision du sommet de Cannes des 3 et 4 novembre prochains. Ce “Rapport d'information” présente le résultat de leurs travaux, lesquels ont porté essentiellement sur trois champs thématiques: les marchés financiers, les équilibres monétaires et les prix des matières premières. Ils abordent aussi la question de la gouvernance du G20 en avançant l'hypothèse de la constitution d'un secrétariat permanent et en formulant des idées destinées à améliorer le rôle joué par l'Union européenne - à travers ses quatre États membres qui participent aux travaux du G20 (Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie) aux côtés de la Commission européenne - dans le processus décisionnel du G20, l'Union devant être considérée, affirment-ils, « comme la première puissance économique de la planète».

(MT)

*** Causeur. Causeur.fr (9 rue Léopold-Robert, F-75014 Paris. Courriel: info@causeur.fr - Internet: http://www.causeur.fr ). Septembre 2011, n° 39, 48 p., 5,50 €. Abonnement: 55 €.

« Appauvrissez-vous ! », tel est le titre du dossier que cette publication mensuelle très présente au jour le jour sur Internet consacre aux conséquences de la crise en cours et dont personne ne voit le bout, son sous-titre étant tout aussi explicite: « Quand seules les dettes sont souveraines ». Luc Rosenzweig y explique notamment par « La belle Européenne, opéra-bouffe en un acte unique », que l'Allemagne, cette fois, « ne paiera pas », tandis que d'autres contributions s'insurgent contre les marchés qui ont besoin d'être rassurés, Jérôme Leroy assurant pour sa part que faire payer les riches « aura au moins l'avantage de leur rendre le sommeil », mais rien de plus. A Georges Kaplan qui brandit la vieille antienne « le protectionnisme c'est la guerre », Elisabeth Lévy rétorque que « la concurrence déloyale et faussée » que les pays de l'Union européenne ont « acceptée comme loi d'airain a certainement enrichi les classes possédantes du monde entier et laminé les classes populaires avant de s'attaquer aux classes moyennes ». Et la directrice de la rédaction de constater avec Jean-Pierre Chevènement que « la crise est politique avant d'être économique et financière » avant de rêver, sans beaucoup d'illusions, à un « G20 du volontarisme à l'issue duquel nos gouvernants prendraient collectivement les mesures qui s'imposent et réaffirmeraient leur autorité ». À noter aussi un entretien avec l'économiste Jean-Luc Gréau pour qui « la règle d'or est une digue de papier », la solution passant, à ses yeux, par un « changement radical de l'organisation bancaire qui verrait la Banque centrale devenir le prêteur de l'économie », ce qui lui semble « le seul moyen de surmonter le risque désormais tangible d'infarctus du système du crédit tel qu'il fonctionne aujourd'hui ». Dès lors, il conviendrait soit de refonder l'euro et la Banque centrale européenne sur ce schéma, soit d'accepter « l'éclatement de l'euro », le deuxième scénario lui paraissant plus plausible en raison de l'attitude de l'Allemagne. Il assimile aussi la proposition de créer des euro-obligations à la poursuite de « la politique de fuite en avant » adoptée par les dirigeants européens depuis quatre ans. (MT)

*** Confrontations Europe (227 bld. Saint-Germain, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 43173283 - fax: 45561886 - Courriel: confrontations@wanadoo.fr - Internet: http://www.confrontations.org ). Juillet-septembre 2011, n° 95, 48 p., 7 €.

Dans leur éditorial, Claude Fischer et l'ancien député européen Philippe Herzog tracent des esquisses de gouvernance économique en observant notamment que le problème est aujourd'hui « d'accompagner et équilibrer les politiques d'assainissement en vigueur par des politiques de nouvelle croissance ». Ils vont dès lors jusqu'à prôner la préparation d'un « New Deal donnant une substance attractive aux idées de ministère économique et de fédéralisme fiscal », affirmant haut et clair: « Bâtir une nouvelle croissance soutenable, incluant une évolution substantielle des régimes sociaux (un nouveau welfare): voilà qui doit réunir les Européens en suscitant leurs espoirs ». Ces idées se retrouvent de manière très pratique dans le « dossier » qui propose un plan d'action pour la promotion des investissements de long terme, avec trois dimensions: la clarification des priorités de l'Union, la création des outils de gouvernance d'intérêt public et la réorientation de la finance vers le long terme. La problématique des investissements de long terme est, selon les responsables de la revue, à combiner avec l'évolution vers une « société de modération » suggérée par le commissaire Barnier. Au passage, Fischer et Herzog assassinent les « idées réactionnaires de la démondialisation ». (MT)

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