Liens avec l'euro. Au moment où l'attention mondiale est concentrée sur la consolidation de l'euro et sur les stratégies à appliquer à cet effet, il est normal que l'initiative de la Commission européenne en faveur des réseaux transeuropéens soit restée dans l'ombre. Pas dans notre bulletin, mais dans les moyens d'information en général et dans l'attention du public. Les milieux concernés ont réagi au niveau national ou sectoriel, chacun à propos des aspects le concernant ; mais la signification de cette initiative et sa contribution à la consolidation financière n'ont pas reçu, à mon avis, l'attention appropriée. C'est pourquoi, avant la conclusion des délibérations sur l'euro, je reviens sur ce projet, en renvoyant à notre bulletin n° 10477 pour la présentation de M. Barroso (l'une de ses interventions publiques les plus efficaces et réussies) et pour la description et les objectifs des trois réseaux proposés: transports, énergie et télécommunications.
L'austérité pour les États membres, la relance économique pour l'UE. Le programme de la Commission concrétise en pratique le principe affirmé par Jacques Delors, avec sa clarté et concision habituelles ; interrogé sur la possibilité de combattre parallèlement les difficultés de l'euro et les risques de récession économiques, il avait répondu: « La riposte va de soi: aux États membres la rigueur budgétaire incontournable, à l'UE des actions de relance ». Mais il était resté sceptique et déçu: « Hélas, voyez les réticences sur les moyens budgétaires futurs de l'UE et sur les euro-obligations que même les marchés réclament ». La Commission s'y essaye.
Certes, les plans de redressement budgétaire des États membres doivent comporter en principe des mesures de relance à côté de la réduction radicale des dépenses ; mais le plan des réseaux transeuropéens proposé par la Commission donnerait au redressement économique un coup de fouet approprié.
Programme prêt et opérationnel. Le programme de la Commission est le contraire d'un plan théorique se limitant à indiquer des objectifs souhaitables. Il comporte la liste détaillée des projets d'intérêt commun retenus, qui sont parfois à l'étude depuis des années sans résultat et donneraient un nouvel élan à l'unité européenne et au bon fonctionnement du marché unique. Il cite et décrit chaque projet avec sa fonction et ses caractéristiques. Il ne demande pas un consensus pour un financement européen générique, mais il précise chiffres et particularités du montage financier: 50 milliards d'euros du budget communautaire à insérer dans les perspectives financières de la période 2014/2020, rôle essentiel de la BEI (Banque européenne d'investissement), répartition de la dotation budgétaire entre les trois réseaux visés.
Ce n'est pas un plan improvisé pour des raisons d'opportunité politique, mais le lancement formel d'un grand projet communautaire, à l'avantage de l'économie européenne et de tous les citoyens.
Ce qui n'existe pas. Bien entendu, des réseaux transeuropéens existent déjà ou sont en construction, surtout dans le domaine des transports ; ce n'est pas la Commission qui les a inventés il y a quelques jours, et ils sont parfois efficaces et satisfaisants. Mais combien de liaisons s'arrêtent à la frontière entre deux États membres, sont construites avec des décalages ahurissants d'un pays à l'autre, ou bien les modalités techniques ne coïncident pas des deux côtés de la frontière commune ! Transformer ces liaisons en réseaux européens, on en parle depuis toujours ; une simple annonce supplémentaire de l'intention de le faire le plus rapidement possible ferait sourire. Le programme de la Commission éliminerait ces lacunes.
Effets rapides. La concrétisation du programme aurait non seulement le résultat de doter l'UE, plus ou moins vite selon les cas, de réseaux aujourd'hui incomplets ou inexistants. Ce projet aurait aussi l'effet immédiat de créer de nombreux emplois, relancer rapidement certaines activités économiques, créer une atmosphère plus positive, encourager d'autres réalisations. Les milieux concernés ont immédiatement réagi en exprimant tout leur intérêt pour ce plan, et il ne faut pas s'impressionner si tel ou tel autre aspect est l'objet de remarques négatives: chaque secteur impliqué estime ne pas avoir obtenu l'attention qu'il mérite, certains parcours retenus sont critiqués, et surtout la dotation financière du plan est considérée comme insuffisante. Cette dernière lamentation était acquise dès le départ. N'est pas encore né celui qui ne réclame pas davantage d'argent. Mais le fait que les secteurs concernés aient réagi est encourageant.
Résultat global. Le projet contribuerait à: faciliter dans les États membres les efforts pour réduire les déficits budgétaires, dans le cadre des négociations sur l'euro qui se poursuivent ce mercredi ; relancer l'activité ; doter l'UE de nouveaux instruments de coopération ; renforcer les liaisons entre États membres. (FR)