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Bulletin Quotidien Europe N° 10473
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (ae) ue/banques

Le secteur bancaire est hostile à une recapitalisation hâtive

Bruxelles, 13/10/2011 (Agence Europe) - Levée de boucliers. Les banques européennes n'apprécient guère la tournure des discussions européennes qui devraient mener à un renforcement accéléré et obligatoire de leurs fonds propres. Elles estiment qu'un tel processus ne s'attaquera pas aux causes profondes de la crise de la dette souveraine et aura un impact négatif sur le financement de l'économie.

« La précipitation est mauvaise conseillère dans la situation actuelle », juge la Fédération bancaire allemande (BvB) au lendemain de la présentation des propositions sur le renforcement des fonds propres bancaires qu'a dévoilées le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso au Parlement européen (EUROPE n°10472). Selon le directeur du lobby bancaire Michael Kemmer, ces propositions sont « inappropriées parce qu'elles ne s'attaquent pas aux causes de la crise actuelle de la dette publique ». Dans un communiqué, il estime que les banques, qui ont « nettement » augmenté leur capital ces derniers mois, sont « beaucoup plus résistantes qu'auparavant ». « L'incertitude des marchés pourrait augmenter davantage en raison des nombreuses questions juridiques que soulèverait une recapitalisation forcée », ajoute-t-il, convaincu que l'interdiction de verser des dividendes et des bonus s'avérerait « contre-productive » dans la mesure où elle compliquerait encore plus les levées de capitaux privés.

Les banques françaises, les plus exposées aux dettes souveraines de pays de la zone euro en difficulté par rapport au PIB national, abondent dans le même sens. « L'inquiétude des marchés a pour origine la situation des finances publiques de certains pays de la zone euro, et pas celle des banques européennes elles-mêmes. Certains États membres doivent retrouver la confiance des investisseurs pour continuer à emprunter sur les marchés dans des conditions satisfaisantes. L'éventuel renforcement des fonds propres des banques européennes n'apporterait pas de réponse à cette question », souligne la Fédération bancaire française (FBF) dans un communiqué antérieur aux propositions de la Commission sur une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine. Les banques françaises ont augmenté leurs capitaux de « 50 milliards d'euros » en deux ans et elles vont anticiper à 2013 la mise en œuvre de l'accord 'Bâle III'. Et la FBF de rappeler que les règles prudentielles visant le secteur doivent aussi lui permettre de poursuivre le « financement de l'économie ».

L'accord 'Bâle III' du Comité de Bâle impose un renforcement de la quantité et de la qualité des fonds propres bancaires d'ici à 2019 et il introduit deux ratios sur la liquidité. Notamment, le noyau de capital (capital social + bénéfices mis en réserve) devrait être augmenté à 7%. La Commission suggère de faire toute la lumière sur l'exposition aux obligations souveraines des 91 banques ayant été soumises aux 'stress tests' qu'a coordonnés l'Autorité européenne de supervision bancaire (EBA). Après une valorisation « prudente » de cette exposition, il sera possible de calculer l'enveloppe nécessaire pour que les banques détiennent un noyau « significativement plus élevé » de capital. M. Barroso n'a pas évoqué le niveau de capital 'dur' que la Commission estime nécessaire, mais l'EBA élaborerait un scénario imposant un ratio de 9%. Introduisant l'accord 'Bâle III' dans le droit européen, la proposition de directive 'CRD IV' imposerait aux banques de lever 460 milliards d'euros d'ici 2019 pour se conformer aux nouvelles normes (EUROPE n°10423 et n°10421).

Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a précisé sa vision d'une recapitalisation bancaire, lors d'un entretien accordé au quotidien allemand Handelsblatt. Contrairement à ce qu'ils ont fait après la crise financière de 2008, les États engageant de l'argent public devraient, selon lui, intégrer les organes décisionnels des banques soutenues et engranger les bénéfices de leur entrée dans le capital des banques. « Les gens deviennent fous en voyant leur gouvernement donner de l'argent aux banques », a-t-il considéré. (MB)

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