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Bulletin Quotidien Europe N° 10473
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Évolutions et dernières considérations sur la politique orientale de l'UE

Les dernières évolutions survenues dans la vaste zone qui s'étend à l'est de l'UE, Russie comprise, renforcent les raisons qui m'ont amené à concentrer cette rubrique, au cours de la semaine, sur la situation et les perspectives de cette région. Elles appellent quelques considérations supplémentaires.

Exit l'adhésion de l'Ukraine. L'évolution la plus spectaculaire a été évidemment la condamnation de l'ancien Premier ministre d'Ukraine, Mme Timochenko, à des peines tellement sévères que seules des preuves de trahison ou de corruption pourraient les justifier. Notre bulletin a rendu compte il y a deux jours des faits et réactions et a souligné que les critiques extrêmement vives du gouvernement ukrainien actuel à la manière dont Mme Timochenko avait négocié avec Moscou le prix du pétrole importé, représentent un jugement politique qui revient au Parlement, aux électeurs et non à un tribunal. Le résultat est que les négociations sur l'association UE/Ukraine et la zone de libre-échange sont suspendues. Le moment de crise sera surmonté, mais l'hypothèse de l'adhésion disparaît. D'ailleurs, on en parlait davantage à Varsovie qu'à Kiev: une large partie du peuple ukrainien n'y a jamais été favorable, les liens avec la Russie étant pour elle prioritaires.

Voici donc un premier cas où la possibilité d'adhésion s'évanouit toute seule. Ce qui bien entendu laisse ouverte la route, dès que possible, vers le libre-échange et la coopération. D'ailleurs, d'ici quelques mois, Pologne et Ukraine vont organiser ensemble le championnat d'Europe de football.

Candidats futurs ou actuels. Les remarques qui précèdent sont valables aussi pour d'autres pays du Partenariat oriental avec qui de nouvelles difficultés ont surgi, comme le Bélarus et l'Azerbaïdjan.

Le chemin vers les adhésions rencontre d'ailleurs beaucoup d'obstacles aussi avec les pays dont le caractère européen est évident et pour lesquels la décision de principe est prise. La Commission européenne a fait le point et notre bulletin d'hier en a rendu compte ; quelques candidats progressent vers les négociations ou vers la possibilité de les ouvrir, d'autres pas du tout. Le cas de la Turquie apparaît de plus en plus artificiel: la Commission a constaté que les négociations sont bloquées depuis plus d'un an et préconise « une relation plus constructive, fondée sur des mesures concrètes dans des domaines d'intérêt commun ». La Commission d'ailleurs aborde déjà un premier sujet: celui des visas.

À propos des réticences slovaques. Le problème spécifique de la Slovaquie est instructif aussi dans la perspective d'adhésions futures, même s'il vient d'être réglé ce jeudi en fin d'après-midi. Je rappelle que, dans le contexte de la gestion de l'euro, le parlement national de ce pays n'avait pas approuvé la dotation du fonds européen de sauvetage, le FESF renforcé, en bloquant son entrée en vigueur. Cet obstacle vient d'être surmonté par un deuxième vote. Ce que j'entends souligner, ce sont les raisons qui avaient amené une partie de la majorité parlementaire à voter contre: elle estimait qu'on ne peut pas demander à un petit pays dont les disponibilités financières sont très modestes de contribuer au sauvetage d'autres pays qui ne respectent pas leurs engagements. On le voit, c'est une question de principe. Mais en même temps la Slovaquie est bien heureuse de bénéficier des Fonds structurels européens et réclame l'augmentation des financements de la politique agricole commune. Je me demande si la plupart des pays du Partenariat oriental auxquels serait ouverte la possibilité d'adhérer à l'UE n'ont pas une attitude politique et psychologique analogue: rechercher le soutien et les aides de l'UE, sans tenir compte de l'obligation de contribuer, le cas échéant, aux instruments de solidarité en faveur d'autres États membres actuels ou futurs.

L'attitude polonaise est positive. Mes réticences à l'égard de l'adhésion à l'UE de pays du Partenariat oriental ne dissimulent aucune critique envers la Pologne, qui représente au contraire l'un des succès les plus éclatants de la construction européenne. Une certaine méfiance existait au départ chez les agriculteurs, dans l'Église, et comme partout une tendance anti-européenne subsiste, conduite par M. Kaczynski. Mais la personnalité lumineuse de Bronislaw Geremek a largement gagné, et les élections de dimanche dernier ont confirmé de quel côté se situe la majorité de la population. M. Tusk a su unir des tendances et des âmes diverses, mais toutes ayant la construction européenne comme point ferme politique, culturel et affectif.

La pression sur les pays du Partenariat oriental contribue à leurs progrès sur la voie de la démocratie, la paix, la fin des conflits, le progrès économique. C'est positif pour eux, pour l'UE et pour le monde. Mais laissons de côte l'hypothèse d'adhésions, dont l'effet serait de diluer la construction européenne.

(FR)

 

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