Bruxelles, 05/10/2011 (Agence Europe) - Le deux poids deux mesures européen envers les dirigeants des régimes autoritaires est sidérant. Alors que nos principes et nos déclarations politiques dénoncent les violations des droits de l'Homme et la corruption perpétrées par ces dirigeants - des crimes passibles de peines de prison - ils sont souvent traités comme des personnes respectables dans l'UE lorsqu'ils concluent des affaires personnelles au sein de nos frontières.
Il a été dévoilé que M. Kadhafi et sa famille possédaient des propriétés à Londres estimées à des milliards, et que Saïf Kadhafi avait étudié à la London School of Economics. Tandis qu'en Égypte, où environ 20 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, la richesse de M. Moubarak et de sa famille est estimée entre 50 et 70 milliards de dollars, dont une grande partie est investie à travers le monde, selon un rapport du cabinet IHS Global Insight. Zine El Abidine Ben Ali, ancien président de la Tunisie, possédait également des propriétés en Autriche. En Birmanie, il semblerait que Than Shwe ait détourné des milliards de dollars de la recette du gaz naturel de son pays vers des comptes à l'étranger. Selon le procureur de la Cour pénale internationale, le président soudanais Omar Al-Bachir est suspecté d'avoir détourné 9 milliards de dollars du barrage flottant de son pays et d'en avoir déposé une grande partie dans des banques britanniques.
Toute politique européenne s'opposant aux régimes autoritaires est minée par le manque de recours équivalent lorsque les dirigeants agissent au sein de l'UE. De telles ambiguïtés permettent non seulement aux régimes autoritaires de prospérer, mais elles ébranlent également l'autorité morale de l'UE et nous empêchent d'atteindre nos objectifs de politique étrangère. Le fait de permettre à de telles personnes de posséder des propriétés et des avoirs financiers au sein de l'UE a une autre conséquence insidieuse: cela leur offre également la capacité et le motif de rester au pouvoir.
Dans les semaines à venir, j'espère remettre à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen et au Parlement européen un rapport qui contient une série de recommandations quant aux façons d'aborder la question. Le but est de consolider la cohérence, la consistance et l'efficacité au sein de la politique européenne contre les régimes autoritaires. Compte tenu des exemples de dirigeants autoritaires cités ci-dessus, mon rapport étudie trois aspects capitaux de la politique de l'UE. La première recommandation est que l'UE doit définir clairement ce qui constitue un régime autoritaire. Jusqu'à présent, des régimes réprimant leur peuple, leur refusant le droit à la liberté d'expression, le droit de vote et la liberté d'association ont parfois été perçus comme des alliés. La Tunisie, l'Égypte, la Syrie et le Bahreïn auraient tous dû être considérés comme des régimes autoritaires, aucune exception ne doit être faite au niveau de notre politique à leur encontre. Des pays européens ont approché M. Kadhafi, ignorant trop longtemps les sanctions mises en place par les Nations unies ainsi que par l'UE.
L'aspect le plus important du rapport, ce sont les recommandations concernant la révision et le renouvellement des politiques de sanctions de l'UE. Dans le cadre des affaires étrangères, les sanctions constituent l'un des outils les plus puissants et courants à disposition de l'UE. Pour l'une des plus grandes entités commerciales, qui est souvent le premier partenaire commercial de pays tiers, c'est un véritable atout. Toutefois, les sanctions perdent de leur poids suite à leur violation ou leur mise en œuvre négligente dans les frontières de l'UE. La politique de sanctions qui aura réellement la capacité de modifier le comportement de dirigeants autoritaires sera celle qui les empêchera de posséder propriétés et biens au sein de l'UE, refusera aux dirigeants autoritaires et à leurs associés des voyages de loisir dans l'UE et les privera du privilège d'envoyer leurs enfants dans des pays de l'UE. Voilà les recommandations contenues dans mon rapport.
Il est temps de débattre sincèrement de la façon dont nous traitons les dirigeants des régimes autoritaires au sein des frontières de l'UE. Nous avons trop souvent basé notre politique étrangère sur des intérêts géographiques et commerciaux. Cela s'est révélé être une erreur. Nous devons nous opposer aux dirigeants des régimes autoritaires lorsqu'ils sont au pouvoir. Le gel des avoirs et l'interdiction de voyage à l'encontre de dirigeants déchus ne suffisent pas. De plus, notre politique à l'encontre des dirigeants autoritaires doit les considérer au sein de l'UE comme nous souhaiterions qu'ils le soient dans des pays tiers. J'espère que ce rapport sera approuvé par le Parlement européen, qu'il sera ensuite dûment examiné par le Conseil et qu'il permettra la construction d'une approche face aux régimes autoritaires qui soit proactive, efficace et en accord avec nos valeurs.
Sir Graham Watson