Bruxelles, 05/10/2011 (Agence Europe) - Pour réduire l'impact environnemental des combustibles fossiles non conventionnels, la Commission européenne propose, dans le cadre de la directive sur la qualité des carburants, de réévaluer leurs émissions de gaz à effet de serre. Sont en particulier ciblés les sables bitumineux et huiles de schiste, qui prêtent à la controverse en Europe. Députés européens de tous bords politiques - et ONG écologistes - saluent le courage de la commissaire Hedegaard face aux pressions de l'industrie.
À l'image de sa commissaire au Changement climatique, Connie Hedegaard, l'exécutif européen veut prendre des mesures pour limiter l'utilisation des carburants les plus néfastes pour l'environnement. La Commission a adressé le 4 octobre aux États membres une proposition visant à prendre en considération, dans la directive sur la qualité des carburants, les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à leur production. L'exploitation des sables bitumineux et des schistes argileux à des fins de production pétrolière et gazière nécessite, en effet, plus d'énergie que pour les forages traditionnels, et par conséquent produit plus de GES. L'idée de Mme Hedegaard est donc d'attribuer au pétrole issu des sables bitumineux des valeurs de GES plus élevées. Les émissions liées à l'extraction de pétrole brut sont ainsi estimées à 87,5 grammes d'équivalent CO2 par mégajoule, l'huile de sable bitumineux à 107 g, l'huile de schiste à 131,3 g, le charbon transformé en fuel liquide à 172 g, le gaz naturel converti en fuel liquide à 97 g et les déchets de plastique à 86 g. Rappelons que la directive de 2009 sur la qualité des carburants fixe un objectif contraignant de 6% à l'horizon 2020 pour la réduction des émissions de CO2 issues de la production de carburants destinés aux transports.
Portée par Mme Hedegaard, cette proposition fait face à l'opposition du commissaire au Commerce, Karel De Gucht, suivi par ses collègues Antonio Tajani (Industrie) et Günther Oettinger (Énergie). Les États membres doivent l'étudier d'ici quatre à six semaines, avant de la soumettre au Parlement. La proposition vise surtout les importateurs de pétrole issu de sables bitumineux ou de schistes et les producteurs européens de cette variété de pétrole. Les deux principaux producteurs de pétrole tirés des sables bitumineux dans le monde, le Canada (la province de l'Alberta) et le Venezuela, exportent très peu de pétrole vers l'UE: l'équivalent de 0,01% des importations, mais la production au Canada est appelée à tripler d'ici à 2020.
Le Parlement derrière Hedegaard. Tous groupes politiques confondus, des députés européens ont aussitôt salué la proposition de Mme Hedegaard, la qualifiant de « pas en avant majeur » dans la lutte contre le changement climatique, ainsi que le courage de la commissaire face aux pressions du lobby pétrolier, comme du Canada. « C'est une première étape dans le long processus visant à révéler les coûts cachés des ressources énergétiques et à assurer plus de cohérence avec notre objectif de transition vers une économie à faible teneur en carbone », souligne le Grec Kriton Arsenis (S&D). « La proposition de la Commission est très bonne. Alors que nous devons aller vers une économie plus écologique et plus efficace des ressources, cela ne fait pas de sens de recourir à des ressources énergétiques moins efficaces et plus polluantes », juge la Finlandaise Sirpa Pietikäinen (PPE). « C'est un signal fort que les dommages environnementaux et les GES émis par l'extraction des sables bitumineux sont tout simplement inacceptables », poursuit la Britannique Bairbre de Brún (GUE/NGL). « Nous nous félicitons que la Commission n'ait pas courbé l'échine devant l'industrie pétrolière. L'annulation en France de permis d'exploration pour les schistes bitumineux montre que la mobilisation des citoyens peut vaincre le lobbying de l'industrie pétrolière », insiste la Française Corinne Lepage (ADLE). La Finlandaise Satu Hassi (Verts/ALE) rappelle que la balle est désormais dans le camp des États membres. (EH)