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Bulletin Quotidien Europe N° 10467
JOURNÉE POLITIQUE / (ae) ue/partis politiques

La social-démocratie européenne veut gagner

Bruxelles, 05/10/2011 (Agence Europe) - La gauche, qui reprend du poil de la bête en ce moment (élections locales en Italie, régionales en Allemagne, nationales au Danemark, sénatoriales en France), doit placer au centre de son programme le projet politique européen, avec notamment une politique économique commune, une politique de l'énergie, une gestion commune de l'immigration (laquelle est une partie de la réponse au risque de vieillissement de la population). C'est en substance le message lancé lundi 3 octobre à Bruxelles par certaines personnalités qui préconisent une stratégie gagnante pour la social-démocratie européenne.

« Davantage d'Europe, une Europe politique plus forte et une croissance nouvelle pour gagner la lutte contre la dette, et une Europe unie ». Ce sont, selon Massimo D'Alema, ancien Premier ministre italien, certaines des idées à défendre par la gauche européenne pour changer l'Europe. M. D'Alema, qui est aussi président de la Fondation européenne d'études progressistes (FEPS), a déclaré: « On est peut-être au début d'un changement politique en Europe ». Cela pourrait se traduire par un changement pour l'Union européenne.

Il a défendu la constitution d'un rassemblement progressiste avec des alliances entre socialistes, verts, libéraux de gauche et chrétiens de gauche. Il a estimé que c'est la crise économique qui vient des inégalités. Au centre de la crise, il y a une chute de la demande globale car les travailleurs et la classe moyenne se sont appauvris partout. « C'est la croissance des inégalités qui est l'obstacle à la croissance économique », a estimé Massimo D'Alema. Selon M. D'Alema, la droite a montré son incapacité à faire face à la crise économique, sociale, culturelle et politique. La droite n'est pas capable de montrer aux Européens un horizon de développement, de croissance, d'emploi et d'espoir. Selon lui, la droite reste dans la dimension d'une politique de la peur sans donner une nouvelle perspective à l'Europe.

Poul Nyrup Rasmussen, ancien Premier ministre danois, et président du Parti socialiste européen, a fortement critiqué les instruments utilisés actuellement par les gouvernements conservateurs pour mettre en œuvre des mesures d'austérité. Les propositions d'Angela Merkel, la chancelière allemande, sur les plans d'austérité mis en œuvre en Grèce, Espagne, Italie et ailleurs « manquent totalement de dimension européenne », selon M. Rasmussen. Il a ajouté que les plans d'austérité non coordonnés au niveau de l'UE « ont un double effet »: au niveau national, et au niveau européen, car les économies des pays de l'UE sont interdépendantes les unes des autres. Par ailleurs, les méthodes intergouvernementales utilisées durant la crise ont ouvert la voie à un nouveau populisme. D'où la volonté de la gauche en Europe de développer de vrais instruments européens, a poursuivi M. Rasmussen, comme les euro-obligations ou la taxe sur les transactions financières.

Alfred Gusenbauer, ancien chancelier autrichien, a présenté l'ouvrage « Next Left - Towards a new strategy » (fruit d'une initiative née après les résultats des élections européennes de 2009, désastreux pour la gauche) qui évoque ce qui devrait être fait pour relancer le mouvement progressiste. Dans cette perspective, et contrairement à la droite qui prône le retour à la dimension nationale, voire régionale (un phénomène renforcé par la montée des partis d'extrême-droite), « la renaissance du progressisme est inséparable de la revitalisation de l'Europe. Celle-ci doit être comprise à la fois comme un concept idéaliste, une mission politique et un projet civique », a-t-il dit. C'est pour cela qu'il faut lancer une nouvelle alliance des forces de centre-gauche, qui aille jusqu'aux forces environnementalistes lesquelles s'affirment de plus en plus, sans oublier les mouvements provenant de la société civile. Une alliance qui fasse de l'Union politique de l'Europe le cœur de son projet, a conclu celui qui est directeur du groupe de programme de recherche Next Left.

Paul Magnette, le ministre fédéral belge du Climat et de l'Énergie, a évoqué les thèmes portés par les socialistes européens et qui commencent à s'imposer: la taxe sur les transactions financières, l'idée d'un pacte climatique mondial en respectant « une justice historique » entre les différentes catégories d'États (pays industrialisés, pays émergeants et pays en développement) et un 'juste échange'. Il faut condamner les limites et effets négatifs du libre-échange, sans toutefois verser dans le discours protectionniste, a-t-il souligné. Cet échange doit être régulé en fonction de normes environnementales et sociales, a dit M. Magnette. Quatrième idée, le co-développement: face aux phénomènes migratoires, la répression n'est pas une solution, et les migrations qui sont nécessaires doivent être régulées. « Avec ces quatre piliers, nous avons ce qu'il faut pour une pensée sociale-démocrate de l'ordre global qui est cohérente, réaliste et qui s'enracine de plus en plus dans les représentations collectives », a-t-il conclu.

Isabelle Durant (Verts/ALE, belge) a souligné: « Nous devons profondément transformer nos économies pour les rendre plus durables écologiquement et en termes de coûts de l'énergie », a-t-elle dit. Elle a dit qu'elle espérait qu'il y aura des alliances entre écologistes et sociaux-démocrates autour de la création d'une circonscription européennes (deux bulletins de vote, le premier national et le second avec une liste de candidats européens) pour faire émerger « des figures européennes, et pas la somme des figures nationales ». Cette idée de circonscription européenne est une condition indispensable à la mise en place d'une élection d'un président de la Commission européenne, selon Mme Durant. Elle a reconnu qu'il n'y avait pas de majorité au PE sur ce dossier pour le moment.

Barroso est-il devenu de gauche ? Pour les personnalités citées plus haut, José Manuel Barroso a repris certaines idées de la gauche (taxe sur les transactions financières, euro-obligations…), mais manque cruellement d'ambitions, en particulier sur la taxe sur les transactions financières. Selon Paul Magnette, Barroso n'a jamais eu d'idées politiques personnelles. « Barroso est un baromètre. S'il soutient des propositions politiques de gauche, cela veut dire que le curseur se déplace ». (LC)

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