Bruxelles, 08/09/2011 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne a revu à la baisse ses prévisions de croissance économique pour la zone euro. En 2011, cette croissance se situera, selon elle, dans une fourchette « entre 1,4% et 1,8% » du PIB, et « entre 0,4% et 2,2% » en 2012, a déclaré jeudi 8 septembre son président Jean-Claude Trichet. En juin, la BCE prévoyait un accroissement du PIB de la zone euro situé dans une fourchette entre 1,5% et 2,3% cette année et entre 0,6% et 2,8% l'année prochaine (EUROPE n° 10395). Différents facteurs expliquent une telle tendance, parmi lesquels une modération de la croissance mondiale, une dégradation du sentiment économique et les tensions persistantes nées de la crise de la dette souveraine. La BCE considère désormais que, pour la croissance, les risques baissiers prédominent.
Sur le front de l'inflation, les prévisions de la BCE demeurent inchangées pour 2011 puisque la hausse des prix dans la zone euro devrait se situer dans une fourchette située « entre 2,5% et 2,7% ». Pour 2012, la fourchette retenue (1,2% - 2,2%) s'est quelque peu rétrécie par rapport à celle juin (1,1% - 2,3%). La BCE considère désormais équilibrée la balance des risques pesant sur l'inflation: les prix des matières et les hausses d'impôt tendent à faire augmenter les prix, tandis que le ralentissement économique a un effet inverse.
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a donc décidé à l'unanimité de maintenir inchangés ses principaux taux d'intérêt (1,5% pour les opérations principales de refinancement, 2,25% pour la facilité de prêt marginal et 0,75% pour la facilité de dépôt). M. Trichet n'a pas répondu à plusieurs journalistes lui demandant si certains membres du Conseil avaient plaidé pour une baisse des taux d'intérêt.
Crise de la dette souveraine. Le président de la BCE a évoqué les « mesures additionnelles » que certains gouvernements ont prises pour respecter leurs objectifs budgétaires, comme par exemple en Italie (EUROPE n° 10447). « Afin de garantir la crédibilité, il est désormais crucial que les mesures annoncées soient mises en œuvre au plus vite et dans leur totalité », a indiqué M. Trichet. « Les gouvernements doivent se tenir prêts à appliquer des mesures supplémentaires de consolidation, notamment sur le volet des dépenses, si les risques visant le respect des objectifs budgétaires se matérialisent », a-t-il ajouté. Et de plaider une nouvelle fois pour la mise en œuvre de réformes structurelles sur les marchés du travail et des services. Sur l'Italie, M. Trichet a souligné l'importance que les objectifs fixés - retour à l'équilibre budgétaire dès 2013 - aient été maintenus nonobstant les « discussions complexes » ayant animé le sommet de l'État. Il a en revanche refusé de dire si la BCE allait poursuivre son programme de rachat des obligations souveraines de cet État membre afin de contrecarrer le renchérissement du refinancement de la dette italienne. À noter par ailleurs le bon point adressé à l'Irlande par le président de la BCE, pour qui Dublin recommence à gagner « en crédibilité » en appliquant le programme d'austérité en échange d'une aide financière internationale.
À un journaliste faisant état de discussions en Allemagne sur un retour possible du Deutsche Mark et sur l'erreur que commettrait la BCE en acquérant des obligations de pays en difficulté, M. Trichet a répondu sèchement en demandant d'abord que soient reconnus les résultats de la BCE, selon lui meilleurs que ceux de Berlin en son temps, en matière de lutte contre l'inflation. Dans un contexte de pire crise depuis 1945, la BCE a acheté des obligations souveraines en partie parce que les pays de la zone euro ont failli dans l'application du Pacte de stabilité et de croissance et n'ont pas effectué la surveillance mutuelle requise, a-t-il rappelé.
La politique monétaire de la BCE reste accommodante avec la poursuite des mesures non conventionnelles de refinancement bancaire. À ce titre, M. Trichet a assuré qu'il n'y avait « aucun problème de liquidité » pour les banques européennes. Pour preuve, les garanties que ces banques sont en mesure d'apporter en échange des liquidités bon marché de la BCE s'élèvent à « 13 000 milliards d'euros » alors qu'elles n'en fournissent pour l'instant qu'environ « 500 milliards d'euros ». La BCE reconnaît néanmoins que « certaines conditions de financement se sont tendues », en référence peut-être à un renouveau de la méfiance observée sur les marchés interbancaires. (M.B.)