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Bulletin Quotidien Europe N° 10448
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le Royaume-Uni ne participe pas aux évolutions essentielles de la construction européenne, il s'en est exclu lui-même

Incontournable. La question devient incontournable: jusqu'à quel point le Royaume-Uni fait-il encore partie de l'Union européenne ? A-t-il l'intention de participer aux nouveaux développements qui sont en cours, qui sont envisagés ou souhaités ? Certes, les Britanniques ont fermement recherché en son temps l'adhésion, en surmontant le double rejet du général de Gaulle, et une large partie de la population et des forces politiques y étaient à l'époque favorables ; en tant que journalistes, nous avons tous connu des personnalités de premier plan qui se sont battues avec mérite et conviction pour que la participation de leur pays à la construction européenne soit un succès ; et il en existe encore, ainsi qu'on le verra plus loin. Mais progressivement des aspects importants de l'intégration européenne ont été contestés, que ce soit le financement de la politique agricole commune ou la gestion de la politique régionale, et Mme Thatcher avait arraché un rabais considérable de la participation britannique aux dépenses communes. Les nouvelles perspectives financières de l'UE pour la période 2014-2020 impliquent la suppression de ce traitement spécial ; une jolie bagarre s'annonce. Mais ce n'est pas le problème essentiel ; il est normal que les États membres ne soient pas d'accord sur tout, et les institutions communautaires sont là pour discuter les divergences, rechercher les compromis, gérer les politiques communes et faire fonctionner l'Union.

Mais le cas britannique, c'est autre chose. C'est la constatation que le Royaume-Uni ne participe à aucun des nouveaux développements de la construction européenne et n'a aucune intention d'y participer: zone euro, espace Schengen, politique étrangère commune, politique de défense. J'ai cité les aspects innovateurs de l'intégration sans lesquels l'Europe perdrait toute signification et tout poids dans le monde. Le R.-U., non seulement n'y participe pas, mais il a déjà proclamé qu'il n'y participera jamais. Jetons un coup d'œil aux principaux domaines où les Britanniques sont absents.

1. Contradiction monétaire. Pour l'euro, la situation est claire: le Royaume-Uni garde sa monnaie nationale et gère sa politique monétaire. Or, cette politique est souvent en contradiction avec la bonne gestion de l'euro. Ce n'est pas une impression personnelle ; Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), a affirmé: « La zone euro est un édifice fragile, soumis aux attaques des milieux financiers anglo-saxons.» Et Valéry Giscard d'Estaing a eu des mots encore plus explicites et sévères à propos des contradictions entre la gestion de l'euro et la politique monétaire de la place financière de Londres. D'ailleurs, les autorités britanniques ne peuvent même pas assister aux délibérations sur la gestion de l'euro et malgré certains efforts ils sont totalement en marge.

2. Une absence incompréhensible. L'espace Schengen est un succès reconnu par tous, malgré les quelques difficultés de fonctionnement qui ont surgi ces derniers temps. La suppression des contrôles aux frontières est ressentie par l'opinion publique comme un symbole de l'existence de l'Europe unie. Il arrive souvent que ceux qui se déplacent dans cette zone ne se rendent pas compte d'être passé d'un État membre à un autre. Être admis dans l'espace Schengen est l'une des aspirations de tous les citoyens des pays voisins, et on n'a pas oublié combien de polémiques et de difficultés ont surgi au moment où des contrôles sporadiques ont été introduits à la frontière franco-italienne et les problèmes qui subsistent à propos des quelques mesures prudentielles danoises.

Pour le R.-U., la situation est simple: il ne fait pas partie de la zone et n'a aucune intention d'y entrer.

3. Rejet d'une défense européenne. Quant à la politique étrangère et de défense, le Royaume-Uni ne refuse aucunement la coopération intergouvernementale, mais il décide lui-même au cas par cas (on vient de le voir dans le cas de la Libye) et rejette toute procédure de caractère communautaire. Lorsque l'UE a relancé, en juillet dernier, la création d'un quartier général permanent pour les opérations de sécurité de l'UE, le ministre britannique des Affaires étrangères avait déclaré: « Nous le bloquons aujourd'hui. Nous le bloquerons à l'avenir. Cette décision est pour nous sans appel.» (Voir notre bulletin n° 10421 du 19 juillet).

Le ministre avait ajouté qu'un quartier général de l'UE ferait double emploi avec les structures de l'OTAN en dissociant de façon permanente les plans européens et ceux de l'Alliance atlantique ; c'est au SHAPE à Mons (Belgique) que les plans européens doivent être élaborés. Les Britanniques ont la même attitude réticente à l'égard du financement de l'Agence européenne de défense.

Il est évident que cette conduite dépasse le domaine spécifiquement militaire et hypothèque, directement ou indirectement, toute possibilité de politique étrangère européenne.

Les efforts et les prises de position du Parlement européen

Le Parlement européen s'efforce de réagir à cette situation et il multiplie les prises de position. C'est presque au hasard que je cite le rapport de Roberto Gualtieri réclamant une politique européenne de défense crédible, laquelle exige une interdépendance accrue entre les États membres, la confiance mutuelle et la solidarité (voir notamment notre bulletin n° 10379). Le Conseil européen devrait, selon ce rapport, identifier les intérêts stratégiques communs et les objectifs politiques de l'UE, en préparant une politique étrangère qui impliquerait un dialogue politique avec le PE et une coopération renforcée avec les parlements nationaux. Ceci devrait aller de pair avec la création d'un véritable marché européen de la défense permettant des économies d'échelle et évitant le gaspillage des moyens financiers qui résultent des «prix exagérément élevés du matériel de défense européen». La « bonne coopération » avec l'OTAN n'est pas oubliée, mais surtout lorsque l'UE et l'OTAN « sont engagés sur les mêmes théâtres d'opérations ».

On voit à quel point les positions du Parlement européen, trop ambitieuses sans doute pour le moment, et celles de Londres diffèrent. C'était d'ailleurs attendu: ce n'est pas par hasard que le Traité de Lisbonne prévoit la possibilité que les progrès dans ces domaines puissent être réalisés entre les États membres qui le souhaitent. Le PE critique l'absence de développements de cette disposition du traité, avancées qui augmenteraient sans doute la fracture entre le Royaume-Uni et la plupart des autres États membres.

Séparation inéluctable ou coexistence boiteuse ?

Mais quelque chose commence à bouger. Notre bulletin d'hier a fait état d'une prise de position d'Andrew Duff, parlementaire européen de nationalité britannique, qui se bat depuis toujours pour le progrès de la construction européenne, selon lequel une certaine séparation entre son pays et l'UE est « inévitable » et qui a appelé une révision du Traité visant à créer une « catégorie intermédiaire » d'États membres. Car il ne faut pas se tromper: même au Royaume-Uni existent des personnalités favorables à la participation pleine et entière de leur pays à la construction européenne, et je citerai aussi Graham Watson, auteur d'un livre sur lequel notre Bibliothèque européenne reviendra prochainement.

Deuxième citation de notre bulletin d'hier: Joseph Daul, président du groupe PPE du Parlement européen, a souligné dans une conférence de presse que « ceux qui veulent sortir de l'Europe unie peuvent le faire en vertu de l'article 10 du Traité, ceux qui se sentent mal à l'aise à l'intérieur des 27 et au regard de la méthode communautaire peuvent partir » en ajoutant: « On n'a pas besoin de changer le Traité pour cela. »

Loin de nous l'intention d'inviter le Royaume-Uni à suivre cette voie. Mais la constatation subsiste que les Britanniques ne participent pas aux développements essentiels de l'UE qui sont actuellement en cours.

(F.R.)

 

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