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Bulletin Quotidien Europe N° 10422
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour une interprétation positive du Sommet européen de ce jeudi

Le moment des hésitations est dépassé. Ce sommet de la zone euro a une seule interprétation: un accord de principe est en vue sur la stratégie renforcée de l'UE face aux problèmes de la monnaie unique, de la Grèce en particulier. Le fait que M. Van Rompuy ait convoqué la réunion à laquelle il songeait déjà au début de la semaine dernière, implique que les chefs de gouvernement de la zone euro ont estimé que le moment est arrivé de s'exprimer avec clarté et vigueur et de surmonter les divergences qui avaient prolongé les négociations au niveau de l'Eurogroupe et du Conseil Économie/Finance. Ce Sommet signifie que la plupart des responsables de l'UE au plus haut niveau estiment que le moment des subtilités juridiques et des hésitations sur l'opportunité de telle ou telle mesure est dépassé, et que les orientations fondamentales doivent être définies. Plusieurs capitales ont enfin décidé de donner moins d'importance aux objections excessives des milieux financiers, à l'arrogance des agences de notation, aux abus des banques qui refusent de participer à l'effort de redressement. D'ailleurs, Mme Merkel a indiqué qu'elle ne se déplacerait pas à Bruxelles sans une orientation favorable à l'implication du secteur privé dans le coût de l'«opération Grèce».

Appui au renforcement. Cette interprétation est renforcée par les prises de position éloquentes de grands esprits qui ont fait l'histoire de l'Europe - de Jacques Delors à Valéry Giscard d'Estaing - et de personnalités des générations suivantes orientées dans le même sens. Quelles que soient leur appartenance politique et les différences qui en résultent, ils sont tous d'accord sur l'exigence de renforcer la construction européenne et de développer l'esprit de solidarité. Je laisse de côté les mesquineries de ceux qui utilisent le désarroi et les craintes d'une partie de la population pour préconiser la fin de l'intégration européenne ; c'est de la démagogie de la pire espèce, alors que les autorités elles-mêmes des pays en difficulté rejettent l'hypothèse de quitter l'euro et que tous les pays candidats à l'adhésion n'aspirent qu'à être admis. Face aux démagogues, mon attitude ne change pas: l'UE n'est pas une prison, la porte de sortie est ouverte. J'aimerais voir la réaction des gens si on leur expliquait ce que comporte réellement l'abandon de l'Europe unie !

Delors and Co.: les banques doivent payer. Notre bulletin a rendu compte de la prise de position commune de Jacques Delors, Felipe Gonzalez, Romano Prodi et quelques autres. Je me limite donc à citer un passage: «Les institutions financières ont pris des risques: cela fait partie de leur métier. Mais leurs actionnaires et les acheteurs des obligations qu'elles ont émises doivent porter leur part du fardeau. Cela doit être fait sans menacer la stabilité du système, mais cela doit être fait. Ce n'est pas aux contribuables de payer pour les investissements des institutions financières qui ont cru pertinent d'acheter de la dette grecque ou les obligations de banques qui se sont avérées fragiles.» La déclaration ajoute que la perte de valeur inévitable des dettes grecques « est la contrepartie normale des rémunérations élevées que les investisseurs ont perçues » (ce qui vise évidemment les taux abusifs qu'ils ont imposés).

L'euro n'est pas en crise. Valéry Giscard d'Estaing rejette avec vigueur l'idée que la crise actuelle soit une crise de l'euro, qui est au contraire « un grand succès ; en une dizaine d'années, il est devenu la deuxième monnaie d'usage mondial. On entend dire que l'euro est en danger. C'est une affirmation totalement dépourvue de sens. C'est, pour parler simplement, une ânerie. Les déficits publics de la zone euro sont en moyenne inférieurs à ceux des États-Unis, de la Grande-Bretagne ou du Japon. Affirmer que l'euro est menacé, c'est entretenir délibérément le jeu de la spéculation ». Certes, il faut faire face au problème de la Grèce, mais la dénonciation d'un risque de contagion est artificielle: « À regarder de près, cet argument est avancé par ceux, fonds spéculatifs ou banques, qui se sont lancés, à leurs risques et périls, à acquérir des bons de la dette grecque.» L'UE va encore aider Athènes, mais tout doit maintenant changer en Grèce par des «réformes structurelles qui seront longues, car il s'agit d'un changement de mentalité ». Aux Grecs de choisir.

Je pourrais poursuivre les citations, mais je me limite à rappeler que: a) une cinquantaine de top managers allemands et français, à la tête de colosses tels que Siemens, Michelin, Deutsche Bank et autres, ont acheté des pages entières de journaux pour appeler l'UE à sauver la monnaie commune ; b) Mme Merkel a invité à créer une alternative européenne aux trois agences de notation qui actuellement ouvrent la voie à la spéculation contre l'euro, guidées par Wall Street et par la City de Londres.

On espère que le Sommet de ce jeudi abordera les problèmes dans l'esprit indiqué par Jacques Delors et Giscard d'Estaing. Ce sera alors un progrès pour l'Europe.

(F.R.)

 

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