Bruxelles, 28/06/2011 (Agence Europe) - Dialogue de sourds entre l'UE et l'OPEP lundi 27 juin à Vienne, où la délégation ministérielle européenne emmenée par le commissaire Oettinger et le président du Conseil Énergie, le Hongrois Tamas Fellegi, a fait part de sa déception quant à la décision du cartel de ne pas mettre plus de pétrole sur le marché, tandis que l'AIE a annoncé la semaine dernière la libération de réserves d'urgence. De son côté, l'OPEP, en proie à des dissensions internes, motive sa décision par l'anticipation d'une croissance économique modérée après la reprise, qui conduira à une demande en pétrole plus faible dans les mois à venir.
L'Iran, qui assure jusque fin 2011 la présidence tournante de l'organisation des pays exportateurs de pétrole, a maintenu lundi à Vienne, à la réunion annuelle du dialogue UE/OPEP, qu'il n'est pas nécessaire d'accroître les stocks de brut sur le marché, et critiqué l'initiative prise en ce sens la semaine dernière par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) de libérer des réserves stratégiques (60 millions de barils pendant un mois, soit 2 millions de barils par jour) devant le refus du cartel d'augmenter sa production pour compenser la défection de la production libyenne. « Le marché est dans des conditions normales. Il n'est pas nécessaire d'augmenter l'offre », a insisté le ministre iranien du Pétrole Mohammed Aliabadi, insistant sur la nécessité que les prix soient déterminés par le marché lui-même, et s'interrogeant sur le non respect par les grands pays consommateurs des principes de libre-échange dont ils font l'apologie. L'Iran, l'Algérie, l'Angola, l'Équateur, la Libye et le Venezuela ont bloqué le 8 juin une proposition de hausse de la production défendue par l'Arabie saoudite. La décision prise par les pays occidentaux de puiser dans leurs réserves d'urgence pour compenser le manque libyen n'est pas vu d'un bon œil par la plupart des pays du cartel. Pour Téhéran, il s'agit clairement d'une opération visant à faire baisser artificiellement les prix du pétrole.
De son côté, la délégation européenne s'est efforcée d'apaiser les tensions. « La libération des stocks de brut voulue par l'AIE doit être exceptionnelle et limitée dans le temps », a plaidé le président du Conseil Énergie, Tamas Fellegi. « Il est dans l'intérêt des deux parties de chercher des réponses aux déséquilibres, de garantir la stabilité de l'offre et de la demande », a commenté de son côté le commissaire à l'Énergie Günther Oettinger. « Toute action entreprise par chacune des parties doit être conduite avec prudence », a ajouté le ministre hongrois, insistant sur la transparence et la coopération. MM. Fellegi et Oettinger ont salué après la rencontre des discussions « constructives », en dépit de divergences sur les prix et leur volatilité.
Validées par la partie européenne, les conclusions conjointes de la réunion de lundi indiquent que l'OPEP « s'attend à une croissance économique modérée, due au fardeau de l'endettement, en particulier dans l'UE, à des pressions inflationnistes dans les économies majeures et un chômage prolongé, ce qui fait courir des risques pour le niveau de la demande de pétrole dans un avenir proche ». « Du côté de l'offre, le marché physique continue à être soutenu par une croissance de la production supérieure à la moyenne dans les pays producteurs majeurs et par des niveaux de stocks suffisants. L'OPEP continue à offrir un niveau adéquat de la capacité disponible au profit de tous », ajoutent les conclusions. (E.H.)