Strasbourg, 08/06/2011 (Agence Europe) - Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble s'est prononcé pour « un partage équitable du fardeau financier entre les contribuables et les investisseurs privés » dans le cadre d'une rallonge financière qui serait attribuée à la Grèce, dans une lettre adressée lundi 6 juin à ses homologues de la zone euro, la BCE, à la Commission européenne et au FMI et divulguée par la presse allemande (EUROPE n°10392). Tout accord sur cette question qui pourrait être marqué lors de la réunion de l'Eurogroupe du lundi 20 juin devrait conduire à « une contribution substantielle et quantifiée des détenteurs d'obligations souveraines », a-t-il ajouté. Selon lui, « le meilleur moyen d'arriver à un tel résultat serait un échange d'obligations conduisant à un allongement de sept ans (de la maturité) des obligations d'État grecques en circulation donnant à la Grèce le temps de mettre en œuvre pleinement les réformes nécessaires et de regagner la confiance du marché ». Endetté à hauteur de 150 % de son PIB, le pays serait exposé à un « risque réel de défaut » s'il n'obtient pas le versement de la 5ème tranche d'aide de 12 milliards d'euros prévue dans son programme d'austérité.
La solution avancée par l'Allemagne aboutirait-elle à une décote de la valeur faciale des titres de dette grecs et, partant, équivaudrait-elle à un défaut partiel de la Grèce ? La BCE a plusieurs fois mis en garde contre un tel risque qui aurait des conséquences imprévisibles pour le système bancaire grec en mal de liquidités et, par effet de contagion, pour les banques européennes (surtout allemandes et françaises) détentrices de titres grecs. Elle privilégie l'opération selon laquelle les détenteurs d'obligations grecques acquièrent volontairement de nouveaux titres, de même maturité et aux mêmes conditions, au moment où ceux en leur possession arrivent à maturité (principe du 'roll-over'). 65 milliards d'euros de titres de dette grecs arriveront à maturité d'ici 2013. Les principales agences de rating pourraient considérer la solution allemande, si elle était retenue, comme un défaut et partant provoquer une onde de choc sur les marchés financiers.
Le porte-parole du gouvernement français François Baroin a réaffirmé, mercredi 8 juin, l'opposition de la France à toute restructuration de la dette grecque « quelle que soit la façon dont cela serait formulé ». Les ministres européens des Finances pourraient se réunir, mardi 14 juin, pour évoquer le dossier de la gouvernance économique et faire le point sur le patient grec.
Pression. Les Européens continuent par ailleurs à faire pression sur la classe politique grecque afin qu'elle s'accorde sur les grandes lignes des mesures d'austérité prévues pour se conformer au programme grec. En recevant mercredi Antonis Samaras, le leader du principal parti grec d'opposition Nea Dimokratia, les présidents de la Commission M. Barroso et du Conseil européen M. Rompuy lui ont transmis le même message: un consensus politique national est requis pour affronter les défis auxquels la Grèce est confrontée. « J'ai pressé M. Samaras de se montrer coopératif », a déclaré M. Van Rompuy dans un communiqué.
Le Premier ministre socialiste Georges Papandréou envisage de soumettre son nouveau plan d'austérité à un référendum si le parlement national ne lui accorde pas, fin juin, une large majorité. Une frange de députés de son parti réclame un débat sur les mesures annoncées, notamment dans le domaine des privatisations censées rapporter 50 milliards d'euros d'ici 2015. Les manifestations en Grèce se multiplient, la troisième grève générale de l'année étant programmée pour mercredi 15 juin. (M.B.)