Isla Terceira, 07/06/2011 (Agence Europe) - Est-ce que les pays de l'UE doivent sauver l'un des leurs lorsqu'il est en difficulté financière, comment aider la transition démocratique au sud de la Méditerranée et apporter des réponses au problème de l'immigration illégale: la solidarité est au cœur des événements qui secouent l'Europe, a constaté vendredi 3 juin aux Açores le président de la Conférence des régions périphériques maritimes d'Europe (CRPM), Jean-Yves Le Drian. Le bureau politique de la CRPM a organisé un débat sur la solidarité européenne, notamment territoriale, qui est parfois contestée, alors que cela fait partie du Traité de Lisbonne.
Les régions grecques, portugaises et irlandaises sont aux premières loges des conséquences des plans d'austérité, plusieurs régions maritimes (Sicile, Canaries, Malte) sont confrontées à la gestion quotidienne des migrants venus d'Afrique et d'autres régions sont visées par la question de la fermeture des contrôles aux frontières. La CRPM se trouve « au cœur d'un ensemble d'événements nouveaux et d'interrogations fortes sur l'avenir de l'UE. C'est une responsabilité nouvelle que nous devons assumer. La référence à la solidarité européenne devrait être notre étoile du berger dans des périodes de tempête», a déclaré Jean-Yves Le Drian.
Mario Soares, ancien président de la République portugaise, s'est dit contrarié par le fait que le principe de solidarité soit remis en cause. Il a déclaré: « En tant qu'européiste convaincu, je pense que la solidarité est l'un des principes de base de l'Union européenne et qu'elle est fondamentale pour faire progresser l'Europe ». Or, selon lui, ce principe de solidarité entre les pays est en train d'être « remis en cause par les pays les plus forts ». L'Allemagne fait comme si elle commandait l'Europe, a critiqué M. Soares.
Jérôme Vignon, le directeur de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale et de l'Observatoire de la précarité (en France), a préconisé la création d'un Pacte européen d'investissement social (création d'emplois, logements sociaux, garde d'enfants) qui accompagnerait le Pacte de stabilité et de croissance. En outre, il a suggéré que le Pacte de stabilité et de croissance exempte du calcul des déficits publics ce qui est dédié à l'investissement social. Enfin, il a jugé « très prometteur » les douze chantiers pour le marché unique de 2012 lancés par Michel Barnier, le commissaire européen au Marché intérieur. Il a noté par ailleurs que dans le domaine énergétique et environnemental, il y a très peu de projets communs. Il a jugé que la mise en place de véritables ressources propres pour le budget de l'UE « irait certainement dans le bon sens, surtout s'il s'agit d'une taxation de certains flux financiers qui sont liés à un bien commun européen, à savoir la libre circulation des capitaux ».
Si la solidarité territoriale ne peut être remise en question dans la mesure où elle participe à l'effort de compétitivité commun, il est cependant légitime, notamment dans une période de contrainte budgétaire, de s'interroger sur les contreparties que les régions doivent être prêtes à mettre sur la table en échange de la solidarité européenne, estime la CRPM dans une note. Elle cite « une certaine conditionnalité ex-ante », dont le principe de partenariat doit faire partie intégrante (mise en place des pactes territoriaux promus par la CRPM), mais pas de conditionnalité macro-économique. Cette conditionnalité dite aussi externe revient à créer un lien entre Pacte de stabilité et de croissance et politique de cohésion (EUROPE n° 10392 sur le débat de la CRPM sur la conditionnalité). (L.C.)