login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10393
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Afrique: orientations positives, points d'interrogation, difficultés

L'Afrique est-elle un ensemble compact ? Les relations entre l'UE et l'Afrique vont-elles être relancées et leur coopération prendra-t-elle un nouvel élan ? La réunion conjointe de la semaine dernière entre la Commission européenne et la Commission de l'Union africaine (voir notre bulletin n° 10391) a clairement affirmé la volonté commune de resserrer les liens ; mais sur le terrain les difficultés et les divergences subsistent ; elles ne sont pas négligeables, loin de là ; et s'y ajoutent les complications institutionnelles.

Commençons par l'aspect positif représenté par la rencontre entre les deux Commissions. Elles n'ont pas le même poids, car les degrés d'intégration de l'Union européenne (UE) et de l'Union africaine (UA) ne sont pas comparables. Les institutions de l'UE disposent de pouvoirs supranationaux effectifs ; de l'autre côté, on peut même se demander jusqu'à quel point l'Afrique dans son ensemble aspire à évoluer vers une unité véritable. Les pays africains du rivage méditerranéen recherchent avec l'Europe des liens spécifiques ; ils font partie, à une exception près, d'un autre groupement avec l'UE: l'Union pour la Méditerranée (UpM), dont font aussi partie des pays asiatiques et les pays européens qui n'ont pas encore adhéré à l'UE mais qui y aspirent. Il est vrai que cette UpM a raté ses objectifs (le premier était la création d'une zone de libre-échange commune, impossible à concrétiser aussi longtemps que les barrières subsistent entre les pays de la rive Sud), et son existence est à présent plutôt théorique ; ce n'est pas une réalité mais une façade. Mais l'Afrique du Nord recherche quand même des liens spécifiques avec l'UE, à l'exception de la Libye, qui avait choisi de resserrer plutôt les liens avec l'Afrique noire ; ce choix pourrait évoluer.

Ces perplexités sur la volonté réelle de l'Afrique de représenter un ensemble unique n'enlèvent rien au fait significatif qu'elle s'est donné un organisme qui, en s'inspirant de l'institution européenne la plus supranationale, ne dépend pas directement des gouvernements et s'exprime au nom de tout le continent. La Commission de l'Unité africaine dispose d'un président, d'un vice-président, de huit commissaires, d'un personnel composé de 1.500 personnes et d'un siège propre (à Addis-Abeba). Ses objectifs constituent, pour le moment, une liste de bonnes intentions: unité et solidarité du continent africain, intégration politique et économique, diffusion des principes et institutions démocratiques, développement durable. Ces ambitions sont loin d'être réalisées, mais elles existent ; et l'Union africaine est jeune: elle a été créée en 2002 et compte actuellement 53 États membres.

Nous avons là évoqué le volet « bonne volonté et bonnes intentions » de la coopération UE/Afrique.

Aspects moins reluisants. Il ne servirait à rien de faire semblant d'ignorer les aspects moins reluisants: conflits ethniques, chefs d'État qui n'acceptent pas le résultat des élections, dictatures prolongées, corruption, richesses publiques qui deviennent privées… L'impression est que certains régimes d'Afrique noire ne sont pas très différents de ceux qui ont été balayés sur une partie du rivage méditerranéen par le Printemps arabe. Et certains crimes, comme le piratage exercé par des bandes somaliennes et les séquestrations de citoyens européens, sont intolérables. On n'en parle pas dans les cérémonies solennelles, comme la réunion des deux Commissions la semaine dernière ; il ne revient d'ailleurs pas à l'UE d'intervenir dans les affaires internes de pays souverains, ni de donner des leçons ; mais quelques questions se posent.

Financements sous condition ? L'Europe pourrait-elle reprendre, dans ses relations avec l'Afrique noire, le critère que la Commission européenne a inséré dans le nouveau projet de Politique de voisinage de l'UE ? Je me réfère à l'idée de subordonner les financements européens aux progrès réels des bénéficiaires vers la liberté et la démocratie. Ce serait peut-être excessif d'en faire une règle, car les pays du voisinage aspirent à des liens très étroits avec l'UE, allant dans plusieurs cas jusqu'à l'adhésion, et un régime spécial se justifie. Mais un certain degré de conditionnalité pourrait quand même être envisagé, au-delà de ce qui existe déjà pour des situations clairement inadmissibles. Certes, l'Europe ne peut pas s'arroger le droit de juger au cas par cas les régimes politiques des pays africains, leur degré éventuel de corruption et ainsi de suite ; mais elle ne devrait pas financer des responsables politiques qui alimentent des conflits armés, et elle devrait aussi tenir compte d'exigences telles que les répercussions sur la nature des projets qu'elle finance. Le Parlement européen va d'ailleurs dans ce sens. Cette tendance pourrait-elle se heurter à l'autonomie politique des pays africains associés ? C'est une question délicate sur laquelle cette rubrique reviendra demain, ainsi que sur d'autres aspects des relations entre l'UE et l'Afrique. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES