Bruxelles, 05/05/2011 (Agence Europe) - Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé à l'unanimité, jeudi 5 mai à Helsinki, de maintenir « inchangés » ses principaux taux d'intérêt (1,25% pour les opérations principales de refinancement, 2% pour la facilité de prêt marginal et 0,5% pour la facilité de dépôt), après la première hausse depuis 2008 décidée en avril dernier (EUROPE n°10354). L'occasion pour lui d'accueillir « très chaleureusement » Jens Weidmann, le nouveau gouverneur de la Bundesbank allemande qui succède à Axel Weber, selon les propres mots de Jean-Claude Trichet.
Le président de la BCE a reconnu que les risques sur l'inflation étaient à la hausse, notamment en raison de l'augmentation des prix des matières premières, surtout énergétiques, et des tensions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Selon lui, « les taux d'inflation vont probablement rester clairement au-dessus de 2% dans les mois à venir ». Il a assuré que la BCE continuerait à suivre de très près les évolutions dans ce domaine et prendrait toutes les décisions appropriées pour mener à bien sa mission de maintenir l'inflation à un niveau en-dessous, mais proche, de 2%. Selon Eurostat, l'inflation annuelle a été de 2,8% en avril dans l'Eurozone, après 2,7% en mars. M. Trichet a renouvelé sa mise en garde contre les 'effets de second tour': refléter la hausse marquée des prix, par exemple dans les salaires, aurait pour effet d'alimenter encore l'inflation. La BCE est la première des principales banques centrales à avoir augmenté ses taux, a-t-il souligné, en réponse à une question selon laquelle la position de l'institution européenne en matière d'inflation tendrait à s'assouplir. M. Trichet a aussi réfuté l'argument consistant à dire que la BCE maintenait ses taux en raison des difficultés rencontrées dans des pays périphériques de la zone euro. Les pays qui connaissent aujourd'hui une croissance très encourageante sont ceux qui, il y a 4 ou 5 cinq ans, avaient de gros problèmes, a-t-il noté.
Constatant un affermissement de la reprise économique au niveau de la zone marquée notamment par l'augmentation graduelle de l'octroi de crédits aux opérateurs économiques, M. Trichet a incité le secteur bancaire à poursuivre l'assainissement financier. Sont maintenues jusqu'à nouvel ordre les mesures extraordinaires de refinancement qui permettent aux banques en difficulté de trouver des liquidités bon marché.
La BCE a par ailleurs sonné l'alarme concernant la consolidation des finances publiques nationales. Le risque existe que, dans certains pays, les équilibres budgétaires ne respectent pas les objectifs fixés par le Conseil ÉCOFIN en matière de correction des déficits excessifs, a constaté M. Trichet. Il est « essentiel », a-t-il martelé, que les engagements pris soient tenus, si besoin au moyen de « mesures correctives additionnelles ». Une affirmation qui concerne « la Grèce, bien sûr, parmi d'autres ». Interrogé sur une possible restructuration de la dette grecque, il a réitéré qu'Athènes disposait d'un programme d'ajustement économique en échange d'une aide financière. « Nous appelons à la mise en œuvre du programme. Point à la ligne », a-t-il souligné, les pertes que pourraient subir la BCE en cas de restructuration de la dette souveraine hellénique ne constituant, à ses yeux, « pas le problème ». Quant aux reproches de l'ex-ministre irlandais des Finances M. Lenihan selon lequel l'attitude de certains membres du Conseil des gouverneurs aurait contribué à obliger Dublin à demander une aide financière en 2010, M. Trichet a estimé que « le niveau d'implication de l'Eurosystème vis-à-vis de l'Irlande n'(avait) absolument aucun précédent » (EUROPE n°10365) (voir autre nouvelle sur la position de la BCE relative à l'accord marqué sur l'assistance financière au Portugal).
Enfin, la BCE a renouvelé son appel en faveur de règles « plus strictes » en matière de gouvernance économique. Cela passe, selon lui, par une plus grande automaticité des procédures décisionnelles pouvant mener à la prise de sanction et une focalisation « plus claire » sur les pays les moins compétitifs. (M.B.)